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  DEVENIR 12


10 raisons de se révolter…

MANIPULATIONS : On nous aurait menti ?


Déontologie contre technologie

L'explosion technologique de cette fin de siècle, combinée à l'offensive généralisée du " politiquement-correct ", a ouvert grand les portes des dérapages, des intox et autres manipulations d'envergure. Toute information lâchée par les agences de presse fait l'objet d'une soigneuse analyse journalistique ; les rédacteurs en chef, attachés de cabinet, conseillers en communication ou autres portes-parole officiels décortiquent l'information, la retravaillent et la régurgitent habilement prémachée pour le télévore moyen. Tout en n'existant théoriquement pas, la censure est omniprésente et la forme des messages, même au prix d'une surveillance et de menaces de poursuites pénales à l'encontre des " providers " internet, est configurée de façon telle à ce que l'opinion soit parfaitement conditionnée à la doctrine " droit l'homo égalitariste " du système. Aucune information n'est neutre, les propagandistes zélés de la démocratie occidentale triomphante ne chôment jamais et quand ils leur arrivent -rarement- de reconnaître leurs erreurs, les éventuelles rectifications ne pèsent pas bien lourd face à l'armada médiatique destructrice d'esprit critique. Contrôlant l'information en amont, la diffusant extrêmement rapidement après " examen démocratique ", les cellules dirigeantes liées aux grands organes de presse internationaux, tuent la déontologie journalistique et éliminent l'indispensable devoir de discernement qui devrait théoriquement habiter tout journaliste objectif. Le besoin boulimique d'infos qui a été artificiellement créé (car enfin, a-t-on réellement besoin d'être surinformé ?) par les magnats de la presse, implique la nécessité de travailler sans filet, sans recul.

Quant au journaliste dit d'investigation, son obsession du " politiquement-correct ", sa phobie paranoïaque du retour de la bête immonde (qui monte, qui monte , …) et sa volonté du " scoop à tout- prix " rendent toutes ses thèses sujettes à caution. Les tribunaux belges ont enfin commencé à s'en rendre compte. A quand une responsabilisation personnelle et la prononciation d'interdiction d'exercer la profession ?

 

Belgique, terre de manipulations

Les dernières années ont démontré à suffisance que la Belgique était une terre d'élections pour les manipulations en tout genre. Le désintéressement général de l'opinion publique par rapport aux problèmes communautaires, véritables écrans de fumée par rapport aux défis fondamentaux que vit actuellement notre société, et les crises politiques que ceux-ci suscitent est un exemple de désinformation et de manipulation permanente au profit du système.

Il est plus intéressant pour des politiciens en mal de solutions d'abreuver les citoyens avec des circulaires linguistiques, des budgets sans cesse partagés en fonction de critères communautaires boiteux ou encore d'exciter les esprits simples à l'aide de déclarations fracassantes que de rechercher les causes réelles et profondes de la décadence permanente qui ronge nos civilisations.

En dehors de cela, la Belgique a connu au cours des années 80 quelques manipulations d'envergure qui n'ont peut-être pas fini de faire couler beaucoup d'encre. Que l'on se souvienne des massacres attribués aux fameux " Tueurs du Brabant Wallon ", du simulacre de groupe terroriste " CCC ", de l'infiltration du groupe d'extrême droite " Westland New Post " par la sûreté de l'État ou encore de la découverte de caches d'armes du réseau anticommuniste " Gladio ". Toutes ces affaires, qui ont finalement été étouffées ou récupérées par le système, prouvent à suffisance que notre pays n'a rien à envier aux pires barbouzes dans le domaine de la manipulation d'État.

Enfin pour en finir sur la Belgique, sujet suffisamment vaste pour rédiger un ouvrage entier, je citerais encore deux types de manipulation de l'opinion publique " typiquement de chez nous ". Tout d'abord, la fantastique opération de marketing promotionnel en faveur de la famille royale (décès de Baudouin, mise en avant à tout prix de l'harmonie de la famille royale et enfin bien entendu le délire hystérique qui a accompagné le mariage du princier et qui sera probablement suivi d'autres délires dus à la future progéniture du couple) et ensuite, plus sérieusement, le vote électronique. Entendons-nous bien, je ne dis pas que le vote électronique est une manipulation d'État mais bien que cette procédure ouvre les portes à toutes les manipulations possibles au cas où l'État en ressentirait la nécessité. A l'ère de l'électronique surpuissante, il est idiot de penser qu'il ne serait pas possible d'inventer des systèmes pouvant tronquer les décisions électorales. Qui plus est, les contrôleurs de ce type de procédure sont bien évidemment aussi manipulables… . Nous savions que la démocratie réelle était une utopie gardée par les censeurs de la pensée unique ; nous voyons aujourd'hui que ces censeurs verrouillent les portes à double tour et prennent leurs précautions pour ne pas laisser s'envoler la poule aux œufs d'or.

 

Les États-Unis, prophètes de la mauvaise foi et manipulations à gogo

Mais le paradis de la manipulation politique ou économique demeure évidemment les États-Unis. Au pays de l'Oncle Sam, on connaît depuis longtemps l'art de la manipulation militaire. En prenant mille et une précautions, le mensuel Historia, lié au grand hebdomadaire " Le Point " et dont Anne-Marie Finkelstein est directrice de publication, révèle dans son numéro 635 de novembre 1999 que les États-Unis ont, à trois reprises au cours du XXème siècle, joué le rôle " d'agressé " alors qu'ils savaient que la guerre était inévitable. La raison en est simple : les États-Unis sont une nation démocratique, garante de la paix mondiale, avec une opinion publique stupide mais sensible. Il s'agit donc en cas de guerre de provoquer une légitimation totale de l'intervention soit en diabolisant l'adversaire soit en se prétendant agressé. L'article d'Historia, écrit par un spécialiste de l'Histoire militaire qui pour des raisons professionnelles préfère garde l'anonymat (ah ! Liberté d'expression quand tu nous tiens !), détaille avec précision les prémices de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor. De nombreuses preuves démontrent que Roosvelt a préféré laisser massacrer quelques milliers de marins américains plutôt que de prendre le risque de heurter l'opinion publique en déclarant une guerre qu'il avait tout fait pu rendre inévitable. De même, les États-Unis prétextèrent l'explosion (accidentelle) d'un cuirassier en rade de La Havane en 1898 pour déclarer la guerre à l'Espagne et annexer Cuba, les Philippines et Guam. Et enfin, en 1963, une provocation fut montée de toutes pièces (attaque d'une vedette torpille dans le golfe du Tonkin) afin de justifier l'implication directe des USA dans la guerre du Vietnam (conflit dans lequel les Américains étaient déjà engagés via leur soutien en armes et en conseillers militaires). Au niveau économique, les grandes entreprises ne sont évidemment pas en reste et les exemples sont nombreux dans les secteurs pétrolier, aéronautique, pharmaceutique et alimentaire pour prouver que la guerre de la désinformation est sans merci1.

 

La guerre du droit, nouveau cheval de bataille de la manipulation

Il nous faudrait tout un numéro pour aborder de façon un tant soit peu complète les interactions entre " manipulation " et " guerres du droit ". La " guerre du droit " est le nouveau concept moderne manichéen et moraliste qui permet de faire opposer le " Bien " au " Mal " et de justifier toute exaction vis-à-vis d'un peuple visé. Du cormoran mazouté en Irak au faux charnier de Timisoara en Roumanie lors de la révolution de 1989 en passant par l'exagération des victimes des conflits rwandais, serbo-albanais ou tchétchène, la manipulation médiatique a pris une place plus que prépondérante dans tous les conflits modernes. Dans un article de Michael Wiesberg², relayé par " Synergies Européennes ", l'on apprend que les Américains ont créé en 1996 une agence " National Imagery and Mapping Agency " (NIMA) qui occupe près de 10.000 personnes et qui a pour mission de " centraliser toutes les photographies prises par satellites militaires et de créer un ensemble de critères pour les travailler sur ordinateur ". Le directeur de la NIMA est, selon un document du Ministère américain de la défense daté du 10 novembre 1996, appelé à soutenir les efforts de l'état-major général de l'US Army ainsi que certaines autres instances gouvernementales, dans l'exploitation et l'utilisation de ces images en provenance des satellites. La manipulation des opinions publiques est devenue une réalité institutionnalisée et incontournable dans tous les conflits modernes. Seules les analyses " après-coup " et les enquêtes que l'on permet parfois de tenir démontrent l'exagération et les mensonges employés au profit principal des américains et de leurs amis masochistes de l'OTAN.

 

Un devoir, l'esprit critique

Se révolter contre la désinformation permanente et la manipulation des esprits est un exercice de style. Une approche purement intellectuelle. On ne peut contrer efficacement la machinerie médiatique surpuissante qui nous inonde tous les jours. Les gens se gavent d'infos et lutter contre l'influence de la télévision est une entreprise hautement difficile. La solution passe par le développement de l'esprit critique ; il faut inviter les gens à réfléchir, à discerner la propagande de l'information, à penser " à qui profite le crime ? ". Le combat de tous les jours se résume en la diffusion d'une subtile alchimie de questions et d'interrogations, pas trop choquantes, qui doivent inviter nos compatriotes à penser, à leur inspirer le doute, à se poser des questions. Vaste programme !

Charles Marly

Pour en savoir plus : 1 L'arme de la désinformation, les multinationales américaines en guerre contre l'Europe, Rémi Kauffer, Grasset ² Le rôle de la NIMA dans la guerre du Kosovo, Michael Wiesberg, Synergies Européennes