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  DEVENIR 12


 

10 raisons de se révolter…

LA CORRUPTION, UN MAL ENDÉMIQUE EN POLITIQUE ?


Un constat déplorable

La corruption des mœurs politiques est incontestablement l'un des principaux facteurs responsables de la méfiance du citoyen à l'égard des classes dirigeantes. Et comment pourrait-il en être autrement à l'examen des nombreux scandales qui ont égrené l'actualité politique belge, européenne et mondiale ? Pire encore, alors que l'on nous rabat constamment les oreilles avec les " fameux " progrès de la démocratie, le constat d'une aggravation progressive de la corruption paraît de plus en plus alarmant.

Si en 1936, Léon Degrelle faisait du célèbre " Tous pourris " le slogan phare de ses campagnes électorales, au point de reprendre comme symbole un balais destiné à " balayer les ordures politiques ", il semble que la situation de l'époque n'ait rien de comparable avec la formidable décadence d'aujourd'hui. Financements occultes, fraudes diverses, attributions délictueuses de marché public, passe-droits et pistonnage sont devenus le lot courant de la vie politique. A un point tel que le troisième pouvoir, cette Justice que l'on dit pourtant si lente et réactionnaire, se voit obliger de montrer les dents et de sortir parfois de sa réserve. Les commentaires des procureurs, présidents ou autres rapports de la Cour des Comptes sont à cet égard souvent éloquents.

 

Belgique : gabegie à tous les étages

Bien que ne figurant pas parmi les premiers pays européens du classement mondial de la corruption, la Belgique pique un sprint depuis ces dernières années. Sans remonter très loin, tout le monde se souvient des affaires pitoyables qui ont définitivement démoli le faible crédit dont disposaient encore les gestionnaires de la chose publique dans ce pays. Socialistes et libéraux se sont vus reprochés des collusions frauduleuses avec les trusts militaro-industriels, les catholiques flamands ont vu leur liens avec la mafia agroalimentaire mise au grand jour, la politique des contrats de consultance " bidon ", actuellement au centre de l'actualité dans le cadre du scandale de la MNEF en France, fut dévoilée dans le procès INUSOP impliquant -déjà- certains pontes socialistes. Et rares sont les personnalités de premier plan qui sont épargnées ; citons au hasard quelques uns de nos brillants ministres d'État, Van Den Boeynants (fraude fiscale et collusion d'intérêts avec un important promoteur immobilier), Leburton (pratiques financières répréhensibles dans la gestion des mutuelles), Cools (qu'il a fallu faire taire définitivement), Spitaels (laminé dans l'affaire Agusta) sans oublier notre inénarrable pianiste, éphémère secrétaire général de l'OTAN, Willy Claes, lui aussi condamné par la Cour de Cassation dans l'affaire Agusta et qui avait déjà été mis en cause dans l'affaire du gaz d'Algérie.

Qui plus est la Belgique, malgré que les responsables politiques s'en défendent, dispose toujours d'un système de répartition politique de nombreux mandats, de nomination politique de la magistrature et de cooptation quasi-familiale des membres de cabinets ministériels ou autres satellites intercommunaux et parastataux. Autant d'éléments de nature à entretenir un climat insalubre et générateur de tentation.

Quant à la presse, il faudrait presque consacrer un dossier entier à ce problème. En effet, la politique de subsides accordés aux quotidiens laisse au pouvoir une marge de pression intangible, mais bien réelle, masquée derrière le sacro-saint principe d'indépendance journalistique. En réalité, le quatrième pouvoir est aux ordres des annonceurs, à savoir les plus grosses multinationales, et des politiques, gentils dispensateurs d'une manne financière indispensable à la survie. Il s'agit là de pratiques presque indirectement corruptrices et dé-ontologiquement inacceptables. Dis-moi qui te paie et je te dirai ce que tu écris… Bref, une gabegie, c'est-à-dire un désordre résultant d'une mauvaise gestion, érigée en pratique d'État que le gouvernement arc-en-ciel en place ne pourra que très difficilement résoudre tant elle est ancrée au sein même de la vie politique et économique du pays. Et pour changer cela, encore faut-il aussi disposer d'une réelle volonté de rénovation…

 

L'Europe et la Russie minées par la gangrène de la corruption

A l'exception de la Scandinavie, une majorité de pays européens est gagnée par la corruption. En France, tous les partis politiques, y compris le Front national de Jean-Marie Le Pen (et peut-être trouvera-t-on un jour l'une ou l'autre brebis galeuse au MNR de Mégret) ont été éclaboussés par les scandales. Les noms de Tapie, Tiberi, Emmanuelli, Noir, Hue, Strauss-Kahn résonnent comme autant d'affaires et d'inculpations. Là aussi ce ne sont que pots-de-vin, abus de biens sociaux, financements occultes, etc., etc. On en est arrivé à positionner le débat juridique sur la corruption autour de la possibilité d'inculpation du président de la République ! L'Angleterre, avec Tony Blair mêlé aux milieux du tabac et de la formule 1, et même, l'Allemagne, où l'ex-chancelier Kohl est soupçonné de blanchiment d'argent et de pratiques illicites destinées à financer la CDU, n'échappent pas à la tourmente. La Russie, en complète déliquescence, est en passe de détenir le leadership de la corruption puisque la seule institution fonctionnant de façon rentable est la mafia caucasienne. Le clan Eltsine croule sous le scandales et est prêt à tous les artifices pour rester au pouvoir et étouffer les enquêtes indélicates.

 

Une cause principale de sous-développement du tiers-monde

Le président sud-africain, Thabo Mbeki, déclarait récemment 1 : " La corruption est une des causes du sous-développement et des conflits sanglants qui menacent notre continent ". En effet, en Afrique et en Asie, une grande partie de l'aide, recyclée et transférée à l'étranger par les élites, ne parvient jamais à ces destinataires. Aux Philippines, les capitaux en fuite ont représenté 80% de l'encours de la dette de 1962 à 1980. En Afrique, de 10 à 15 % des pots-de-vin prélevés à l'occasion des marchés publics, sont versés directement sur des comptes bancaires privées en Europe ou ailleurs. L'ex-président du Mali, Moussa Traoré, a détourné 2 milliards de $, montant de la dette extérieure. En Algérie, les dessous de table perçus en 10 ans par les responsables du secteur public ont été évalués par un ex Premier-Ministre à 26 milliards de $. L'ensemble des patrimoines occultes des pays en voie de développement était évalué en 1989 à plus de 1000 milliards de $ sans compter l'immobilier, les bijoux, l'or et les œuvres d'art2. La corruption inhérente à ces pays empêche donc toute aide constructive.

 

Se révolter et après ?

La question posée en titre de cet article consistait à savoir si la corruption était endémique en politique, c'est-à-dire indissolublement lié à la chose publique. Comme toujours, la solution réside plus dans le changement de l'homme que dans celui de sa politique. Il serait inexact de dire que la corruption soit inhérente à la démocratie parlementaire, sauf peut-être pour les pays du tiers-monde où un modèle politique occidental n'est pas toujours adapté aux schémas de réflexion locaux, mais elle découle d'une lente dégénérescence des mœurs politiques en raison de l'appropriation de celles-ci par une caste de parvenus. Nietzsche traitait de corrompu " un animal, une espèce, ou un individu qui a perdu ses instincts 3". Encore une fois, le philosophe visionnaire entrevoit la lumière. Faire de la politique n'est pas gérer un fonds de commerce ; il faut y impliquer des gens plus désintéressés, non liés aux mafias, lobbies et pouvoirs en place ; édifier des structures de fonctionnement transparentes et indépendantes. L'homme doit mettre la gestion de l'État, de la chose publique, au firmament de ses valeurs et redonner ses lettres de noblesse à la politique. Voilà pour la morale et la prévention ; pour le reste, la situation actuelle nécessite un durcissement des choses, il faut sévir, condamner lourdement et réformer nos systèmes en profondeur sinon la méfiance grandira. Et si la méfiance appelle la colère, la colère appelle la révolte. A ce moment là, nous recouvrirons nos instincts !

Charles Marly

1 Revue Images (ambassade d'Afrique du Sud), édition spéciale : Décembre 1998. 2 Chiffres provenant du Quid 1995. 3 L'Antéchrist