CULTURE
: DE LA RÉSISTANCE Á la reconquête
LA
CULTURE ENRACINÉE ? Une bonne raison de sortir le revolver
!
Une
culture ne meurt que de sa propre faiblesse (A. Malraux)
Un
titre provocateur, certes, mais à raison ! La défense de notre
culture mérite un appel aux armes ; la guerre culturelle a
commencé depuis longtemps, elle est même en passe d'être perdue…
La décomposition nous menace, l'influence américano-britannique
s'est étendue aux trois quarts du monde, a conquis les élites
dirigeantes, les secteurs tertiaires, les couches moyennes
et surtout les classes populaires. Sonnons le tocsin, courrons
aux remparts, faisons chauffer l'huile et affûtons les couteaux…
Sur le geste, Baldur von Schirach avait raison, il faut sortir
le revolver quand on entend le mot culture mais sur le fond,
les choses ont changées ; il ne s'agit plus de flinguer "
l'art dégénéré " mais bien de faire payer cher le vol de notre
culture identitaire et se préparer à la renaissance ou au
néant !
Qu'est-ce
que la culture ?
Le
" Petit Robert " définit la culture comme " l'ensemble des
aspects intellectuels d'une civilisation ". L'être humain
ne s'accomplit que s'il appartient à une communauté qui lui
donne la possibilité de naître, de se développer, d'être élevé,
d'apprendre un langage, de vivre sa culture natale. Chaque
culture est une conception du monde autonome qui ne s'autorise
que d'elle-même et qui peut posséder par définition des critères
différents. A travers les âges, les hommes ont construit le
milieu ambiant de leur développement et se sont battus pour
préserver un mode de vie qui leur semblait le mieux adapté
à leur bonheur. De nos jours, une nouvelle donne doit être
prise en compte : l'économie. Deux tendances semblent de plus
en plus s'affronter, ceux qui veulent compter leur or et ceux
qui aiment conter leur rêve. A côté de cela, le discours officiel
présente la culture comme un lieu magique d'harmonie et de
réconciliation des peuples ; un des responsables du projet
culturel européen " Bruxelles 2000 ", visant à promouvoir
la capitale belge en tant que phare culturel du nouveau siècle,
ne déclarait-il pas au journal " Le Soir " que la jouvence
était dans le métissage.
Aujourd'hui,
les facteurs historiques, géographiques, politiques et sociaux
qui ont inspiré notre évolution et conduit à l'aboutissement
culturel actuel, sont laissés de côté au profit d'une vision
progressiste et utopiste de l'avenir. Magie des mots et tour
de passe-passe de nos élites, les aspects propres à nos civilisations
disparaissent face à la gestion du présent et l'idéologie
intégrationniste devient une valeur culturelle.
Au
cours de l'Histoire, nous avons vécu trois effondrements majeurs
; l'effondrement théologique du monde antique dû à la poussée
du christianisme, l'effondrement politique des régimes monarchistes
dits de " droit divin " suite aux idées philosophiques des
" Lumières " et des révolutions française et américaine, fortement
influencées par la pensée maçonnique et enfin, plus récemment,
l'effondrement des économies nationales (ou nationalisées)
au profit des sociétés multinationales. Le défi des dix prochaines
années est la résistance à un quatrième effondrement, l'effondrement
culturel, c'est-à-dire, la transformation de nos valeurs en
marchandises et en dollars, la subordination de la politique
à l'économie, à l'argent et de par la-même, le sacrifice au
Veau d'Or de l'esprit et de l'essence de nos peuples.
Trois
façons de voir la culture
Pierre
Bérard, dans la revue " Terre et Peuple ", n°3 opposait l'idée
de culture à trois antonymes afin de donner un corps plus
précis à une notion qui nous paraît souvent insaisissable.
Il oppose d'abord la culture à l'inculture. Cette analyse
oppose la culture comme bagage de connaissances, comme maîtrise
des savoirs à quelque chose qui serait l'analphabétisme, l'illétrisme.
Cette notion introduit à l'idée de haute culture reliée à
des institutions de pouvoir… Celle-ci implique un mépris de
la culture populaire. Cette référence va s'atténuer à la fin
du XIXème siècle avec le développement de l'ethnologie comme
science majeure. Ceci constitue une réhabilitation de la culture
populaire, une redécouverte qui implique un message de type
idéologique. En effet, la haute culture est aujourd'hui soumise
à la crise de l'enseignement. L'école n'est plus en mesure
de transmettre correctement le savoir… Vient ensuite, l'opposition
de la notion de culture à celle de barbarie. Ce concept est
inauguré dans la Grèce ancienne, trouve son prolongement lors
de la christiannisation sous l'empire romain et, bien plus
tard, sous la Réforme lors de l'opposition entre les élites
européennes détentrices d'un christiannisme intellectuel et
le peuple qui pratique un culte pagano-chrétien plus basé
sur des rites apparentés à la superstition qu'à une véritable
soumission au dogme officiel. Aujourd'hui, la notion de barbarie
est posée comme évidence par rapport au contenu des tables
informelles de la loi occidentale : droit de l'Homme, démocratie,
économie de marché. La deuxième guerre mondiale constitue
l'inauguration de la nouvelle lutte de la culture contre la
barbarie. Mais quelle est cette nouvelle culture ? Une culture
fondée sur l'idéologie des " Lumières ", rationaliste et égalitariste,
se positionnant, de façon mondiale, contre tout ce que le
monstre habite. Une culture qui se bat contre les " ismes
", fascisme, racisme, nationalisme, intégrisme, totalitarisme
; les manifestations innombrables de la part diabolique de
l'homme. Une culture dogmatique dont la seule remise en cause
est passible d'emprisonnement. La dernière façon de voir la
culture consiste à l'observer par rapport au concept de nature.
Du point de vue de la nature, il n'existe qu'une seule espèce
d'homme tandis que du point de vue des cultures, il existe
un grand nombre de cultures différentes. En clair, si l'on
peut défendre qu'il n'existe qu'une espèce humaine sur le
plan biologique, il paraît incontestable qu'il n'y a pas d'universalité
au plan culturel ; par conséquent, ce qui sépare fondamentalement
les hommes, ce n'est pas leur nature mais leur culture. À
contrario, l'instauration universelle d'un modèle identique
d'homme-consommateur passe par l'édification d'une (sous)-culture
planétaire et, évidemment, par la destruction des cultures
enracinées. Pour être encore plus simpliste, on peut dire
que le mode de vie propre à chaque culture détermine une différenciation
totale entre les êtres : la façon de manger, de boire, de
vivre, de s'habiller, d'aimer, d'apprendre, de penser, en
tant qu'impératifs commerciaux des sociétés multinationales,
implique la création d'un marché homogène, d'une clientèle
aussi peu diversifiée que possible afin de pouvoir vendre
la même bouteille d'Heineken, le même Jean's Levi's, de regarder
le même feuilleton américain et de lire les mêmes magazines.
La
destruction culturelle est en cours
Comment
perdons-nous nos cultures ? L'homme moderne est soumis à un
travail épuisant et, trop souvent, peu épanouissant ; le temps
consacré aux transports réduit de façon importante son temps
libre (entre une heure et nonante minutes de trajet journalier,
selon la moyenne belge) ; les loisirs sont conditionnés par
un système aculturant et abrutissant (télévision, cinéma,
jeux vidéos, lecture endoctrinante) ; l'argent durement gagné
est gaspillé en dépenses futiles générées par la civilisation
de consommation du " tout-à-jeter ", le crédit facile dérègle
complètement sa gestion budgétaire et l'enchaîne à son employeur
et à l'exploitation capitaliste … Abruti, fatigué, endoctriné,
endetté … l'homme moderne est content et dit " merci " en
se croyant libre et vote pour un système qui le conforte dans
son rôle d'insecte consommateur. S'il n'est pas content, les
paradis artificiels sont là pour canaliser les dérives : drogue,
alcoolisme, dépendance aux médicaments, … Le pire est là,
le règne de l'avoir l'emporte sur l'être … nous ne voulons
plus du beau, du grand, du bien, du vrai, du fort, plus de
sagesse, de santé, de sacré … il faut du fric, du plaisir,
de l'extase à bon marché, de l'évasion à tout prix. Payer
le prix fort pour son quotidien morose afin d'avoir le droit
d'acheter encore plus cher son paradis bon-marché. Beau projet
de société !
La
gueule de l'ennemi sur nos écrans est un cauchemar quotidien1
La
guerre culturelle se joue à coup de propagande. Le matraquage
publicitaire et le formidable flux financier qu'ils génèrent
sont les armes absolues visant à la déculturation totale.
Quelles sont les dix marques au pouvoir les plus évocatrices
sur la planète ? Par ordre décroissant : Mc Donald's, Coca-Cola,
Disney, Kodak, Sony, Gillette, Mercedes-Benz, Levi's, Microsoft
et Marlboro. Huit marques américaines pour une européenne
et une japonaise. Comment universalise t-on une culture ?
Quelles sont les principes fondamentaux de Marketing pour
arriver à l'état de consommateur parfait ? Mais la langue,
pardi ! La victoire commerciale passe d'abord par l'acculturation
sémantique. " Walkman ", " Wargame ", " Teenagers ", " Fast-food
", " Management ", " Benchmarking ", " Self-banking ", … les
Américains imposent leur vocabulaire. Face à cette profusion,
combien les Japonais peuvent-ils revendiquer de termes d'envergure
mondiale ? Aucun, à part " Karaoke ", et les Européens, zéro.
Cette guerre du vocabulaire a même des côtés désespérément
pathétiques et, anormalement acceptés suite à l'abrutissement
généralisé de la population. Le Marketing de l'armée US se
fait au travers des noms de leurs armes de pointe : hélicoptère
" Apache ", missile " Tomahawk ", hélicoptère " Commanche
" … et tout le monde trouve cela normal… Mais quelle serait
la réaction bien-pensante face à un char français " Cathare
", à un missile allemand " Auschwitz " ou au nouveau pistolet
russe " Katyn ". Et pourtant, tous ces termes ne sont-ils
pas liés peu ou prou à la notion de martyr et d'actes barbares
ou présumés tels ?
Après
la guerre des mots, celles des images. Les séries américaines
visent à " vendre " l'âme américaine, à populariser un mode
de consommation. Quoi de plus commercialement porteur que
la télévision ? Cet inégalable vecteur de communication permet
aux Américains de mettre au service de leur stratégie économique,
l'image que l'on attend du rêve US : jeunesse, dynamisme,
décontraction, professionnalisme, technicité… Le cinéma et
les dessins animés sont l'avant-garde d'une propagande ("
merchandising " pour être dans le coup) éhontée … la pub donne
le coup de grâce.
Combinaison
suprême et pleine d'avenir, Internet … Le Web permet toutes
les outrances, toutes les manipulations, dépasse les barrières
culturelles, s'impose comme le référentiel commercial universel.
De par son origine, il impose l'usage de l'anglais et met
le consommateur le plus éloigné à portée de n'importe quelle
société organisée. Si Internet a indéniablement des avantages
au niveau de la communication, il contribue à transformer
le monde en ZOA (zone d'occupation américaine) soumise aux
seuls impératifs du système cosmo-capitaliste.
La
nécessaire primauté du combat culturel sur le combat politique
et l'indispensable primauté du combat politique sur la logique
économique
Notre
culture enracinée, notre identité culturelle, celle qui nous
vient de nos ancêtres, de nos civilisations, du plus profond
de nos âmes et de nos tripes subit une triple colonisation.
Elle est attaquée d'en haut par l'argent et par la volonté
hégémonique des multinationales, elle est attaquée d'en bas
par l'importation massive d'une main d'œuvre bon marché et
par les peuples attirés par le mirage du Veau d'Or et enfin
elle est attaquée par le milieu, par la société de consommation
qui ronge notre manière d'être. En outre, elle est attaquée
spirituellement par l'islamisation accélérée des populations
immigrées, mais ceci fait partie d'un autre débat. Face à
cela, la résistance culturelle doit emprunter trois voies
:
·
La résistance à tout prix à la mondialisation du commerce
et la régulation nécessaire de l'économique par le politique.
·
L'encouragement à la redécouverte individuelle des sensibilités
culturelles populaires au travers des sciences et loisirs
de proximité (histoire, archéologie, gastronomie, littérature,
dessin, œnologie).
·
L'arrêt radical des supports privés et -surtout- publics au
développement des cultures extra-européennes. Entendons-nous
bien, ceci ne signifie nullement le bannissement de l'apprentissage
des cultures étrangères. Mon propos concerne la promotion
et l'encouragement de cultures étrangères visant non pas un
élargissement des connaissances mais bien une volonté masquée
de remplacement de l'une par l'autre ou, plus régulièrement,
une volonté forcenée d'assimilation et d'intégration culturelle.
Tout au contraire, il faut dans un premier temps plaider pour
la notion d'exception culturelle, telle que développée par
certains cinéastes français, afin de sauver notre patrimoine
et, à l'instar des Américains d'ailleurs, ne tolérer qu'un
pourcentage marginal de productions extra-européennes (moins
de 3 % de productions européennes paraissent aux États-Unis).
Ceci implique bien évidemment une totale refonte de support
étatique au développement culturel et un soutien beaucoup
plus marqué à nos propres productions. Cette dernière démarche
implique la création d'une sous-culture uniformisée, métissée
et internationale qui rejoint complètement la politique d'homogénéisation
commerciale voulue par les multinationales. Au bout du processus,
il y a la mort culturelle de nos peuples, la fin de nos identités
et au bout du voyage, la mort tout court.
Que
peut le politique dans ce processus ? Le politique n'a d'avenir
que s'il est à la fois soutenu et au service du " culturel
". Henri Gobard² résumait parfaitement cela en deux phrases
: " La guerre, c'est la politique par d'autres moyens, si
la politique c'est la culture d'abord. La politique, c'est
la guerre par d'autres moyens, si la guerre c'est la culture
d'abord. ".
L'évolution
politique a montré, encore récemment, ses limites. L'homme
européen ne se sauvera pas de manière électorale. Et quand
bien même, à quoi cela servirait-il si ce succès électoral
démocratique s'appuierait sur un peuple " désertifié culturellement
" et à la merci du moindre retour de balancier engendré par
le plus petit des démagogues habiles. En outre, la logique
économique mondiale et les pressions d'organismes supra-étatiques
rendent cette voie de plus en plus aléatoire. En face de cela,
il y a le triste constat culturel que nous venons d'esquisser
et les enjeux qui nous attendent. Là se trouve le nœud du
problème : connaître et survivre ou acheter et mourir. Le
temps est venu de choisir !
Charles
Marly
1
Paroles du groupe Île de France (" Cassez vos télévisions ").
² Une grande partie de mes réflexions ont été inspirées par
un ouvrage d'Henri Gobard, " La guerre culturelle ", paru aux
éditions " Copernic ", 1979 A lire aussi l'article de Pierre
Bérard, dans " Terre & Peuple ", n°3
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