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  DEVENIR 13


CULTURE : DE LA RÉSISTANCE Á la reconquête


Breker (1900-1991): artiste - gardien de l'image de l'Homme

Les non-artistes de la société moderne occidentale, ceux que j'appellerai les anartistes, ne produisent que des croûtes qui, sous couvert de formes dites nouvelles, mais surtout grâce à la difficultation du langage jusqu'au " rien dire ", créent un substitut à la croyance en la société et modifient la notion d'art. A l'opposé de ces non-artistes, le sculpteur allemand Arno Breker tente par ses œuvres d'atteindre l'essence même de la vie. La notion d'art suppose effectivement la connaissance de l'humanité et de son entourage, et l'art lui-même est en quelque sorte le seul moyen donné à l'homme de connaître le monde autrement que par l'étude et l'accumulation de la science. L'art véritable ne tente pas de copier le monde ni de l'imiter, il le répercute. Ainsi, Breker créait de l'art véritable.

Arno Breker : artiste du XXième

Arno Breker est le symbole même de l'Artiste de la première moitié du XXième. Contrairement à l'artiste dit " engagé " qui s'engage tellement qu'il en oublie de créer, Breker n'avait qu'un engagement, celui de son art, et qu'un seul maître, la quête de la beauté plastique.

Breker est né le 19 juillet 1900 à Elberfeld (Rhénanie). Des souvenirs de sa jeunesse, le jeune Arno a sans doute retenu deux aspects essentiels qui permettent d'expliquer son engagement tout au long de sa carrière : d'une part sa sensibilité aux charmes des paysages, qui se retrouve dans la grâce équilibrée qui est la sienne, et d'autre part la cité prolétarienne et colossale dans laquelle il a passé sa jeunesse.

Arno Breker est né sculpteur. Alors que son père, artisan sculpteur, était mobilisé pendant la première guerre mondiale, Arno Breker dû le remplacer à l'atelier afin de subvenir aux besoins de la famille. La guerre terminée, Arno Breker est parti pour Düsseldorf à l'Académie des Beaux-arts. Là, déception totale : l'anarchie du pays s'est même emparée des Arts ; le cubisme y règne despotiquement et quiconque prétend se référer à la nature est conspué. En 1925, Arno Breker quitte l'Académie, ayant acquis une solide formation classique et une initiation à la science du modèle. Installé alors à Paris, il perfectionne sa technique de sculpteur-né, toujours préoccupé d'établir les plans, les volumes, les surfaces qui accrochent la lumière. En 1930, Arno Breker quitte Paris pour Rome où il s'applique à domestiquer les grands exemples de l'Antiquité et du renouveau des années 20. Après ce séjour, il rentre en Allemagne et remporte plusieurs concours d'Art. Nommé professeur à l'école des Arts Plastiques de Berlin en 1937, il est contacté l'année suivante par Albert Speer pour la décoration de la nouvelle Chancellerie. Il réalisa alors 'le Porte - Glaive' et 'le Porte - Flambeau'.

La réalisation de ces commandes lui valut sa mise à l'écart du monde artistique pour le reste de ses jours.

En 1945 les 3 ateliers berlinois ont été réquisitionnés et leur contenu soit confisqué, soit plutôt détruit. Plus de 80% des œuvres de Breker ont ainsi été détruites à coup de bulldozer américain.

Par la suite, mis à l'écart, il s'est principalement intéressé à réaliser des bustes pour des personnalités et de riches admirateurs (Maillol, Cocteau, Jünger, Dali, Wagner, etc.), ainsi qu'un certain nombre d'œuvres, dont certaines notables telles que Junges Europa (1981).

L'Art selon Breker

L'idéal esthétique d'Arno Breker se situe aux antipodes de sa réputation de démesure et aux antipodes de l'art dégénéré, du non-art superficiel et insignifiant privilégié de nos jours par les trafiquants et les intelectocrates. Au delà des formes, Breker atteint l'essence même de l'œuvre par ses sculptures, il atteint l'alétheia grecque, la vérité. La dimension spirituelle de l'homme passe ainsi par un équilibre des forces antagonistes et par une harmonie des proportions que Breker arrive à transmettre par son art. Breker tente de représenter l'être humain dans sa grandeur cosmique, un être propriétaire de lui-même, libre et intemporel. Cette intériorité reposée donne aux sculptures de Breker cette beauté, cette majesté caractéristique ; ces œuvres sont des icônes de l'homme - Dieu. Déifiées, ils sont des modèles, des archétypes de l'être humain dans son idéal de la perfection. Ces représentations divines sont des modèles à suivre, elles transcendent leur force et leur équilibre. Les statues sont équilibrées et à la recherche d'un accord complet avec elles-mêmes, traduisant ainsi la véritable essence de la perfection humaine.

Ainsi Breker est a-national de par son art qui s'oriente vers l'homme intemporel. Car Breker était un humaniste ; pour lui l'homme est le plus beau des miracles de la nature, le plus grand secret de la création. L'homme dans sa forme la plus idéale et la plus parfaite représente le modèle de ce que Breker tente de diffuser dans ses sculptures. Pourtant, Breker n'est pas vraiment novateur puisque son art se situe au cœur d'une tradition artistique européenne remontant à l'Antiquité. Mais rien n'y fait, il demeura un artiste à bannir pour l'intelligentsia actuelle dite artistique. Or la première des injustices est de discuter de la valeur artistique des œuvres de Breker en faisant appel à des arguments qui n'ont rien à voir avec l'Art.

Mais en vrai, ce qui est visé à travers la condamnation de fait de Breker (car il n'a pas vraiment été inculpé de quoi que ce soit en 1945), c'est la condamnation de la sculpture classique au profit de l'art dégénéré. Pour finir sur une touche positive, on notera toutefois que le simple fait que Breker soit aujourd'hui encore considéré comme un " artiste tabou " tend à démontrer la puissance inégalée de son œuvre.

Monique Alliot-Jacko