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  DEVENIR 13


TRADITION


De Maia à Marie

Mai vient du latin maius (mensis) : mois de la déesse Maia. À Rome, Maia, patronne du mois de mai, était une vierge féconde. D'où l'association naturelle de ce mois à l'amour. Mais très rapidement, la sagesse populaire a conseillé de ne pas se marier au mois de mai (ce que déjà le poète Ovide affirmait (Fasti, 487-490)). Sans doute en partie parce que naître au mois de février n'était pas très conseillé au plus fort de l'hiver, mais plus fondamentalement, l'explication réside dans le caractère particulier du mois de mai, frontière entre l'été et l'hiver. Ces deux saisons ne peuvent être en contact. Par extension le masculin et le féminin doivent être dissociés. Les dieux sont seuls autorisés à s'unir en cette période. C'est pourquoi, selon V. Coremans, " c'est dans les bois surtout qu'il fallait bien se garder d'aller troubler les ébats des woudmannen ou bosch-goden (hommes ou dieux des forêts) et de vaerende vrouwen (femmes errantes) " (in L'Année de l'ancienne Belgique, 1844). Sur le plan humain, la rose comme les jeux entre jeunes garçons et filles reflètent l'image de l'amour platonique. L'interdit matrimonial de mai a été officialisé, prolongé par l'Église en faisant de Marie, la patronne de mai. Ce rôle de la déesse printanière, de reine de mai, est repris par la vierge catholique. La rose deviendra son symbole et l'Église perpétuera, sous le signe de Marie, les anciennes fêtes traditionnelles païennes.

Rogations et dragons

Autre tradition marquante de mai : les rogations, ces prière publiques accompagnées de processions qui ont lieu dans la cinquième semaine après Pâques et comprennent grosso modo le dimanche des Rogations et les trois jours précédant l'Ascension. Rituel printanier de fécondité agricole, les Rogations " descendent " des Amburbales romaines où était invoqué le Dieu Mars dans le but de protéger les récoltes et les vendanges. C'est au VIème siècle que les rogations furent instituées par l'Église.

Créature inséparable des rogations et omniprésent dans la mythologie et le folklore celte, le dragon processionnel que les évêques et les saints locaux ont vaincu et dont la représentation, peinte ou sculptée, est portée en cortège. Le thème du dragon tué par un héros (tel Fafnir tué par Sigurd) est généralisé dans l'aire indo-européenne (Hindous, Hittites, Grecs, Gaulois, Arméniens) et on retrouve sa trace dans les comtes et le folklore. En général, le monstre terrorise une contrée, garde une source ou un puit (c'est-à-dire l'eau indispensable à la croissance de la végétation) ou retient prisonnière la lumière, incarnant ainsi l'hiver. Dans l'acception chrétienne, il est plutôt le mal, l'enfer, le péché. Grâce à l'intervention d'un héros (roi de mai), le dragon est mis à mort et la jeune fille (reine de mai) qu'il retient parfois prisonnière est libérée. Le cours normal des rythmes saisonniers reprend ; l'ordre du monde est rétabli. La fête des principaux saints tueurs de dragons - Saint Michel et Saint George - tombait à l'origine au mois de mai. Le deuxième nommé a hérité du cheval, l'un des attributs du dieu celtique Belenos (patron de la fête de Beltaine).

(1) Yggdrasil : arbre cosmique, centre de l'univers. Ses branches soutiennent les neuf mondes scandinaves. Ses racines gigantesques aboutissent à trois lieux distincts : Jotunheim, le pays des géants, Niflheim, là où vit le dragon Nidhogg, et Asgard, demeure des dieux. Odin se pendit à Yggdrasil pendant neuf nuits dans le but d'acquérir la sagesse. Outre son avatar du mois de mai, Yggdrasil est présent à Noël sous la forme du sapin traditionnel.

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