TRADITION
De
Maia à Marie
Mai
vient du latin maius (mensis) : mois de la déesse Maia. À
Rome, Maia, patronne du mois de mai, était une vierge féconde.
D'où l'association naturelle de ce mois à l'amour. Mais très
rapidement, la sagesse populaire a conseillé de ne pas se
marier au mois de mai (ce que déjà le poète Ovide affirmait
(Fasti, 487-490)). Sans doute en partie parce que naître au
mois de février n'était pas très conseillé au plus fort de
l'hiver, mais plus fondamentalement, l'explication réside
dans le caractère particulier du mois de mai, frontière entre
l'été et l'hiver. Ces deux saisons ne peuvent être en contact.
Par extension le masculin et le féminin doivent être dissociés.
Les dieux sont seuls autorisés à s'unir en cette période.
C'est pourquoi, selon V. Coremans, " c'est dans les bois surtout
qu'il fallait bien se garder d'aller troubler les ébats des
woudmannen ou bosch-goden (hommes ou dieux des forêts) et
de vaerende vrouwen (femmes errantes) " (in L'Année de l'ancienne
Belgique, 1844). Sur le plan humain, la rose comme les jeux
entre jeunes garçons et filles reflètent l'image de l'amour
platonique. L'interdit matrimonial de mai a été officialisé,
prolongé par l'Église en faisant de Marie, la patronne de
mai. Ce rôle de la déesse printanière, de reine de mai, est
repris par la vierge catholique. La rose deviendra son symbole
et l'Église perpétuera, sous le signe de Marie, les anciennes
fêtes traditionnelles païennes.
Rogations
et dragons
Autre
tradition marquante de mai : les rogations, ces prière publiques
accompagnées de processions qui ont lieu dans la cinquième
semaine après Pâques et comprennent grosso modo le dimanche
des Rogations et les trois jours précédant l'Ascension. Rituel
printanier de fécondité agricole, les Rogations " descendent
" des Amburbales romaines où était invoqué le Dieu Mars dans
le but de protéger les récoltes et les vendanges. C'est au
VIème siècle que les rogations furent instituées par l'Église.
Créature
inséparable des rogations et omniprésent dans la mythologie
et le folklore celte, le dragon processionnel que les évêques
et les saints locaux ont vaincu et dont la représentation,
peinte ou sculptée, est portée en cortège. Le thème du dragon
tué par un héros (tel Fafnir tué par Sigurd) est généralisé
dans l'aire indo-européenne (Hindous, Hittites, Grecs, Gaulois,
Arméniens) et on retrouve sa trace dans les comtes et le folklore.
En général, le monstre terrorise une contrée, garde une source
ou un puit (c'est-à-dire l'eau indispensable à la croissance
de la végétation) ou retient prisonnière la lumière, incarnant
ainsi l'hiver. Dans l'acception chrétienne, il est plutôt
le mal, l'enfer, le péché. Grâce à l'intervention d'un héros
(roi de mai), le dragon est mis à mort et la jeune fille (reine
de mai) qu'il retient parfois prisonnière est libérée. Le
cours normal des rythmes saisonniers reprend ; l'ordre du
monde est rétabli. La fête des principaux saints tueurs de
dragons - Saint Michel et Saint George - tombait à l'origine
au mois de mai. Le deuxième nommé a hérité du cheval, l'un
des attributs du dieu celtique Belenos (patron de la fête
de Beltaine).
(1)
Yggdrasil : arbre cosmique, centre de l'univers. Ses branches
soutiennent les neuf mondes scandinaves. Ses racines gigantesques
aboutissent à trois lieux distincts : Jotunheim, le pays des
géants, Niflheim, là où vit le dragon Nidhogg, et Asgard,
demeure des dieux. Odin se pendit à Yggdrasil pendant neuf
nuits dans le but d'acquérir la sagesse. Outre son avatar
du mois de mai, Yggdrasil est présent à Noël sous la forme
du sapin traditionnel.
FERG
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