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Une
tragédie gardée bien discrète : Le massacre de l'USS Liberty
*
" Mon Dieu, protégez-moi
de mes amis ; mes ennemis, je m'en charge ".
Cette
maxime s'applique à merveille aux événements
qui se sont déroulés le 8 juin 1967 au large
des côtes israéliennes.
L'USS
Liberty est un des nombreux bateaux-espions de la marine américaine.
Bardés de matériel d'écoute et de surveillance
électronique, ces bateaux sont les oreilles du Big
Brother américain.
En
ce mois de juin 67, l'USS Liberty a reçu l'ordre de
naviguer dans les eaux proches des pays les plus impliqués
dans le conflit moyen-oriental. Une violente crise a éclaté
entre Israël et les pays arabes et on se dirige droit
vers un conflit armé que toutes les grandes puissances
jugent inévitable.
Les
Américains, tant pour leur propre information que pour
prévenir toute attaque surprise contre leur allié
israélien accordent un intérêt tout particulier
à la recherche du renseignement.
C'est
dans ce cadre que depuis quelques jours, l'USS Liberty écoute
et épie toutes les communications radios de la région.
Pour ce faire, il reste prudemment dans les eaux internationales.
L'attaque
surprise ne viendra pas des arabes mais bien de la part de
l'état hébreu qui lance une offensive éclair
le 5 juin 1967 à la fois contre l'Égypte, la
Syrie et la Jordanie. Le premier jour, l'aviation israélienne
réussit à détruire une grande partie
des forces aériennes arabes, s'assurant par-là,
une maîtrise du ciel qui sera primordiale pour le restant
de l'offensive.
A
bord de l'USS Liberty, le début de la guerre ne changea
pas les mentalités. On voyait mal l'aviation arabe
attaquer des bateaux américains navigant, de plus est,
dans les eaux internationales.
De
plus, la présence à proximité des porte-avions
de la VIème Flotte finissait de rassurer l'équipage
du Liberty. Il fut néanmoins décidé de
placer un énorme drapeau américain afin d'éviter
toute méprise. Le Liberty étant désarmé,
il était incapable de se défendre.
Le
8 juin, alors que ce qui sera plus tard appelé la "Guerre
des six jours" bat son plein, le Liberty se trouve en
mer Méditerranée à proximité de
la Péninsule du Sinaï, théâtre à
ce moment d'intenses combats entre l'armée israélienne
et égyptienne.
L'équipage
remarque alors que des avions israéliens sont en train
d'effectuer des repérages photographiques visant directement
leur navire. Le commandant ne s'en inquiète guère,
s'agissant d'avions israéliens, donc d'un pays allié
des USA.
Ce
n'est que quelques heures après que l'incroyable va
se dérouler. Trois vagues successives d'appareils et
de navires israéliens vont attaquer le navire américain.
Et
à l'issue de l'attaque, on dénombrera 34 morts
parmi les marins américains, 171 d'entre eux auront
été blessés.
Curieusement,
cette affaire a été assez vite occultée
et la version rapportée au public américain
est celle d'une malheureuse confusion avec un bateau de guerre
égyptien, d'une attaque qui a duré 5 minutes
au plus et d'une unique torpille tirée avant que, se
rendant compte de la bavure, les forces armées israéliennes
ne cessent l'attaque. Le gouvernement israélien se
confondant en excuses, l'affaire fut enterrée.
Elle
est heureusement sortie de l'oubli grâce à un
livre publié par un membre de l'équipage du
Liberty, visiblement pas satisfait de l'explication officielle.
Ce livre (Assault on the Liberty by James M.Ennes) dénonce
les mensonges et les oublis de la version officielle ainsi
que l'apparente complicité du gouvernement américain
dans cette meurtrière attaque.
Ainsi
concernant la durée de l'attaque. Elle a duré
en fait 75 minutes. C'est à dire longtemps assez pour
que les pilotes israéliens se rendent compte de la
méprise (pour rappel, il y avait un énorme drapeau
US accroché au navire qui de plus ne ressemblait pas
du tout aux navires de type soviétiques qui équipaient
la marine égyptienne).
De
plus, les reconnaissances photographiques israéliennes
sur le Liberty ont duré au total 6 heures. Certains
passages se faisant à peine à 200 pieds au-dessus
du navire. Ce jour là, la mer était calme et
la visibilité excellente. Il était donc impossible
que les Israéliens n'aient pas clairement identifié
le Liberty comme un bateau ami.
Autre
élément qui pèse dans l'idée d'une
attaque en connaissance de cause, c'est le type de munitions
utilisées et qui semblent viser spécialement
un bateau d'espionnage électronique comme l'était
le Liberty.
Ainsi
la première vague composée d'avions à
réaction modernes va tirer des munitions destinées
à détruire les nombreuses antennes, paraboliques
ou non, que transporte le Liberty.
La seconde sera composée d'avions plus lents et plus
maniables munis de bombes au napalm.
Enfin, l'assaut se terminera par le tir de torpilles qui causèrent
les plus graves dégâts et le plus grand nombre
de victimes.
Enfin,
la légende d'une attaque rapidement stoppée
ne tient pas lorsqu'on sait que l'on comptera plus de 821
impacts de projectiles divers dans la carcasse du navire.
L'attitude
de la flotte US elle-même démontre le caractère
planifié de cette attaque. En effet, dès les
premiers tirs israéliens, le Liberty appellera au secours
les navires de la VIème flotte US qui croisent dans
les parages, très attentifs à la guerre en cours.
Parmi ces navires, plusieurs porte-avions dont les chasseurs
auraient pu très vite secourir le Liberty.
Ces
avions seront d'ailleurs lancés dans un premier temps
avant d'être rappelés sur ordre direct de Washington.
C'est l'officier de marine David E. Lewis qui raconte que
c'est l'amiral Geis (chef de l'aviation embarquée de
la VIème flotte) qui lui a dit en personne qu'il avait,
à deux reprises, reçu l'ordre de rappel directement
du secrétaire d'état à la défense
de l'époque Mc Namara. Lorsque l'amiral Geis demanda
une troisième fois confirmation, suite aux appels de
détresse répétés du Liberty, il
s'entendit confirmer qu'il s'agissait de l'ordre direct du
président Lyndon Johnson.
Si
au vu de ces quelques éléments, pris parmi beaucoup
d'autres, il apparaît qu'il est certain que l'attaque
de l'aviation sioniste contre le bateau américain était
voulue et même préparée ; il n'en reste
pas moins que l'on peut se demander pourquoi une telle action
a eu lieu ? Les USA ayant toujours été le soutien
le plus fidèle et le plus zélé de l'état
hébreu, on voit mal les raisons d'un tel acte de guerre.
Deux
explications reviennent le plus souvent. La première
est que les Israéliens ont eu peur que le Liberty n'intercepte
leurs communications radios démontrant l'imminence
de l'invasion du plateau du Golan en Syrie. Les Israéliens
pouvaient craindre que la diplomatie américaine, hostile
à cette opération, ne prévienne les Syriens
afin de la faire échouer et de ne pas plus compliquer
les futures négociations de paix. Ce qui, connaissant
le sens de l'efficacité brute et rapide de certains
chefs militaires israéliens, aurait pu expliquer l'attaque.
L'autre
explication serait plus embêtante encore pour Tsahal
(nom hébreu de l'armée israélienne).
En effet, il apparaît aujourd'hui que l'armée
sioniste, pourtant présentée jusque-là,
comme un modèle de vertu morale et démocratique,
aurait assassiné dans le Sinaï des centaines de
prisonniers de guerre égyptiens.
L'historien
Gabby Bron raconte dans le journal israélien Yediot
Ahronot qu'il aurait été témoin, le 8
juin 67 au matin, de l'assassinat de plusieurs prisonniers
égyptiens dans la ville de El Arish dans le Sinaï.
Or,
le Liberty patrouillait à 13 miles à peine au
large de cette ville. Il aurait donc pu soit observer les
exécutions par ses moyens modernes d'observation (les
conditions d'observation étaient optimales ce jour-là)
ou intercepter des communications radios israéliennes
qui les évoquaient. Raisons qui ont pu justifier l'attaque
du Liberty pour un état-major israélien qui
ne voulait pas que soient rendus publics les crimes de guerre
commis par certains de ses soldats.
Aujourd'hui,
les survivants du Liberty se sont constitués en association
dont l'activité principale est d'essayer de trouver
la vérité. Ils veulent savoir pourquoi 34 de
leurs camarades ont été assassinés par
une armée dite alliée. Ils veulent savoir pourquoi
ils ont été abandonnés par leur propre
flotte. Ils veulent savoir pourquoi a été fournie
au public une version officielle aussi ouvertement tronquée.
Ils veulent savoir pourquoi la justice américaine refuse
de poursuivre Israël pour violation des conventions de
Genêve1.
Tous
les 4 ans, un candidat à la présidence vient
leur promettre plus de clarté sur cette affaire avant
d'oublier sa promesse lorsqu'il est élu. D'autres lobbies,
bien plus puissants, le rappelant sans doute à l'ordre.
"L'incident"
du USS Liberty est, et doit rester, définitivement
classé.
Hervé
Van Laethem
1
même s'il s'était vraiment agi d'un bateau ennemi,
les Israéliens ne pouvaient, comme ils l'ont fait:
mitrailler les canots de sauvetage mis à l'eau, brouiller
les fréquences internationales de détresse,
utiliser des avions sans marque de reconnaissance, refuser
(comme l'on fait les commandants des navires israéliens)
de prêter assistance à un ennemi hors de combat
et en détresse alors que l'exigent les lois de la guerre.
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