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LA
NOUVELLE CULTURE POLITIQUE : VERNIS MARKETING DU SYSTEME
" Les démocrates ne peuvent
pas plus se passer d'être hypocrites que les dictateurs d'être
cyniques " (Georges Bernanos)
"
Nouvelle culture politique ", " annales de la démocratie
", " faire de la politi-que autrement ", "
citoyenniser la démocratie ", " valeurs citoyennes
" : toutes ces expressions que l'on retrouve de plus
en plus souvent dans la bouche de nos po-liticiens forment
le nouveau vocabulaire d'une caste qui a entrepris une grande
en-treprise de rénovation de son image
à
tout prix, et au détriment de la réalité
des choses.
Le vent du boulet
On
l'a souvent dit, la Belgique a connu au cours des dernières
années un certain nombre de crises qui ont affaibli
son image intérieure et extérieure (affaire
Dutroux, dossiers criminels non élucidés, crises
alimentaires, fraudes bancaires, gestion désastreuse
de notre politique africaine, etc.). La conséquence
électorale fut le dégagement d'une nouvelle
majorité, excluant les sociaux-chrétiens aux
affaires sans interruption depuis l'après-guerre, et
rassemblant les autres partis dits démocratiques. Elle
fut baptisée, au grand désespoir de son Premier
ministre, " coalition arc-en-ciel ". Verhofstadt
ne cache pas qu'il n'aime pas ce label, synonyme de coexistence
de cou-leurs et non point d'harmonie; il est vrai que les
discours écolos, libéraux et socialistes sont
loin d'être toujours unanimes. Quoiqu'il en soit, reconnaissons
que cette majorité amena quelques nouvelles têtes
et le gouverne-ment profita de la vague de fraîcheur
et d'optimisme d'après-élection pour étayer
les fondements d'un régime qui en avait bien besoin.
La marche blanche, le ras-le-bol social populaire concrétisé
par les conflits de Clabecq et de Vilvorde, l'incapacité
de l'Etat à juguler la corruption du plus grand pilier
financier de l'appareil catholico-flamand, les commissions
parlementaires " tueurs du Brabant " ou " Rwanda
" sans lendemain
. le Belge en avait marre. Concrètement,
au Nord du pays, cela se traduit par une pérennité
de la croissance du vote nationaliste et au Sud, seule l'incapacité
congénitale de ceux qui se croient être dirigeants
de formations nationales permet au système de ne point
connaître un phénomène identique qu'en
Flandre.
Bref, il n'est pas absurde de penser que différentes
analyses, combinées avec la fragile santé de
notre souverain, devaient donner quelques sueurs froides à
nos chers politiciens belgicains et qu'il était grand
temps de se pen-cher sur le lit du malade avant que de vilaines
âmes ne songent un peu trop à l'euthanasie.
L'offensive
Marketing
L'heure
venue, les libéraux salivent et savourent leur victoire.
Après plus d'une décennie d'opposition, Louis
Michel ne se tient plus, il s'est agité depuis trois
ans et veut enfin jouir des fruits de ce pouvoir trop longtemps
insaisissable. Premier écueil : les écolos (les
socialistes ne posent aucune difficulté, trop heureux
de pouvoir servir de troupe d'appoint) qui ont aussi profité
du ras-le-bol et de l'effet " dioxine "; la coalition
se fera, non sans quelques grincements de dents, condescendance
d'anciens vis-à-vis des nouveaux et sans un mépris
goguenard (hypocritement caché face aux caméras)
de bon ton chez les " bleus ".
Verhofstadt va jouer à fond la carte " quadra
new look "; conscient de l'état du pays et soucieux
de surfer sur la vague des wonderboys politiques tels que
Blair, Jospin et autres Schröder, il choisit avant tout
de s'associer les talents d'une équipe de " communicateurs
". Alain de Gerlache, ancien journaliste politique à
la rédaction du journal de la RTBF, en sera la patron
pour les francophones; une équipe similaire est mise
sur pied pour la Flan-dre. De Gerlache, lors d'une conférence
à propos de la nouvelle culture politique, ne cachait
pas que, même s'il ne se sentait pas philosophiquement
à 100 % aux côtés du Premier ministre,
c'est l'aspect " communication de la politique "
qui le passionnait. Mieux faire passer un message, le moderniser
et rapprocher le citoyen du politique, tel était l'enjeu
proposé par Verhofstadt trois jours après sa
nomination par le Roi
le contenu suivrait et on verrait
bien. L'enveloppe avant la lettre en quelque sorte.
Naturellement, les choses ne pouvaient que s'améliorer
au vu de l'extrême rudesse et de la maladresse légen-daire
de Jean-Luc Dehaene vis-à-vis des médias. Dès
l'été, la politique de communication se mettait
en place, il fallait maintenant travailler à "
redonner confiance au citoyen ". Tout un programme !
Mathilde,
Jorg, Augusto, Laurent-Désiré, Robert
les bons amis de Gros Louis
"
Redresser l'image de la Belgique ", premier des enjeux.
Il faut redonner au Belge sa fierté et surtout l'alimenter
en nouvelles tapageuses donnant l'impression que notre gouvernement
moderne est dorénavant à la pointe du combat
démocratique.
Et donc, comme par enchantement, tout va mieux. Cet indécrottable
empoté de Philippe trouve une princesse charmante,
les Diables Rouges trouvent un entraîneur wallon et
- un peu - bilingue, la crise économique est pas-sée
on trouve même des marges bénéficiaires
(mais que va-t-on faire de tout cet argent ?) et surtout,
Gros Louis enfourche le fier destrier de la tolérance
face au mufle hideux de la bête
Il y a les bons
et les mauvais et tout le monde est content. Habile politicien,
polyglotte reconnu, Louis Michel, tout en gardant la haute
main sur son parti, a pris en main notre politique extérieure
et s'est imposé sur la scène internationale.
Tant pis pour Jorg et Augusto, ils vont apprendre à
connaître la diplomatie belge. Dictées uniquement
par des raisons politiciennes intérieures et extérieures,
les prises de position du Gros Louis ont fini par agacer bon
nombre de nos partenaires européens (à part
les Français qui pratiquent une politique similaire)
et semblent rencontrer un succès plus que relatif auprès
de la population (principalement flamande). Le nombre de vacanciers
belges en Autriche, l'indifférence vis-à-vis
de Pinochet et le couac retentissant de l'inculpation du ministre
congolais des Affaires Etrangères Yerodia, quelques
jours après une visite officielle, achèvent
de tourner l'entreprise Marketing de Louis Michel en ridicule.
L'état de grâce n'aura pas duré. La nouvelle
culture politique montre ici ses limites.
Le
pays brade ses entreprises et on demande au citoyen s'il est
tout à fait d'accord à ce qu'un service fédéral
donne des garanties de qualités pour la fourniture
de services !
En
août 1999, le Nouvel Observateur publiait un article
intitulé : " Comment la Belgique s'est fait bouffer
". Selon l'auteur, Didier Pavy : " aucun membre
de l'Union européenne n'a vécu une telle razzia.
Dans aucun pays, une part aussi énorme de l'activité
économique n'est réalisée par des entreprises
appartenant à des multinationales étrangères.
La Belgique s'est vendue par pans entiers. Les principaux
prédateurs ont été les sociétés
néerlan-daises et françaises ; les centres de
décision et les cadres quittent le pays ". La
Société Générale de Belgique,
Tractebel, Côte d'Or, Cockerill-Sambre, Royale Belge,
Fina; autant d'entreprises lâchées par nos gouvernants,
sans aucun combat, si ce n'est celui de plier devant l'implacable
logique capitaliste du plus fort. Tout au con-traire, les
entreprises néerlandaises et françaises, convenablement
appuyées par les gouvernements en place, ont pleinement
réussi leur expansion au cours des dernières
années. L'incurie de nos gestionnaires publics et le
refus de nos patrons d'ouvrir le capital des entreprises aux
investisseurs privés ou institutionnels ont achevé
de tuer la compétitivité des sociétés
belges. Le gouvernement cherche à éluder ce
constat dramatique et mettant en avant sa " nouvelle
politique ". Une réforme indispensable comme celle
de l'administration publique est présen-tée,
au travers d'un plan Copernic, comme une opération
" à l'écoute du citoyen " visant à
créer une organisation efficace, conviviale, contemporaine
et un employeur séduisant. Excusez du peu et admirez
la logorrhée Marke-ting mais entre-temps, le secteur
privé se barre
Si l'on ne peut que saluer cette initiative Copernic, il importe
tout de même de s'étonner du soin que le gouver-nement
met à la vendre. Quelques phrases épinglées
au hasard : " l'appareil administratif bureaucratique,
dé-passé, doit devenir à terme une machine
moderne (
) qui soutient la comparaison avec les pays
voisins " (beau constat de faillite) ou encore : "
Dans l'autorité fédérale de demain, c'est
au centre que sera le citoyen, en tant que membre de la société
". Phraséologie creuse et démagogique destinée
à rassurer le bon citoyen politique-ment correct mais
qui n'apporte rien au débat. Le questionnaire qui accompagne
l'explication du plan Copernic est également un concentré
d'absurdités démagogiques. En voici une démonstration;
question : " A quoi atta-chez-vous le plus d'importance
dans l'attitude des fonctionnaires ? " ; réponse
à classer de 1 à 4 : " convivialité,
écoute, traitement égal pour tous et respect
de la vie privée ". Et alors ? Si je préfère
que l'on respecte ma vie privée, cela justifie-t-il
que le fonctionnaire soit antipathique ou ne m'écoute
point ? Ridicule. L'objectif d'une telle opération
n'est pas la satisfaction du citoyen mais bien une opération
de charme visant à lui faire croire que l'on se préoccupe
de son avis. Telle est l'essence de cette nouvelle culture
politique visant plus à magnifier le para-ître
plutôt qu'à résoudre les réalités
épineuses.
Jean
Cornil, le superflic de la nouvelle culture politique
Ce
bruxellois de 41 ans, directeur-adjoint du Centre pour l'égalité
des chances et la lutte contre le racisme, in-carne le côté
coercitif de la nouvelle culture politique. Son centre, dont
les subventions ont récemment encore été
accrues, se charge de la croisade contre ceux qui ne veulent
pas suivre la nouvelle idéologie dominante. Le plus
choquant dans ces pratiques est la dérive d'idées
a priori justes. Personne ne contestera que tous les hommes
doivent naître égaux en droits et rares sont
les individus qui s'accrochent encore à l'idée
de race supé-rieure mais cela veut-il dire par ailleurs
que toutes les circonstances périphériques ne
peuvent être évoquées et dénoncées
(immigration clandestine, exploitation économique,
différences de scolarisation en fonction des com-munautés,
etc.). Pour illustrer cela par un autre exemple, prenons le
cas des homosexuels. L'évolution des murs a fait
que chacun est libre d'assumer sa sexualité et donc
les pratiques non-hétérosexuelles ne consti-tuent
plus un tabou, ni a fortiori un délit. C'est comme
ça et il sera difficile de remettre en cause cet état
de fait. Mais faut-il pour autant assurer la promotion d'un
phénomène marginal et invoquer l'égalité
des chances et la non-discrimination pour accepter une manifestation
aussi indécente que la " gay-pride " ?
La
dérive de la nouvelle culture politique consiste à
présenter une idéologie de pensée unique
sous un vernis citoyen, à la promouvoir par les médias,
à en assurer la protection par un organisme spécifique
et à marginaliser ceux qui ne s'y conforment pas. Ceux-ci
seront présentés comme des anti-démocrates,
insulte suprême, suffi-sant à se faire mettre
à jamais au ban d'une société qui court
à la ruine et au chaos. Après tout, est-ce un
mal ?
Charles
Marly
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