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  DEVENIR 14


LA NOUVELLE CULTURE POLITIQUE : VERNIS MARKETING DU SYSTEME

" Les démocrates ne peuvent pas plus se passer d'être hypocrites que les dictateurs d'être cyniques " (Georges Bernanos)


 

" Nouvelle culture politique ", " annales de la démocratie ", " faire de la politi-que autrement ", " citoyenniser la démocratie ", " valeurs citoyennes " : toutes ces expressions que l'on retrouve de plus en plus souvent dans la bouche de nos po-liticiens forment le nouveau vocabulaire d'une caste qui a entrepris une grande en-treprise de rénovation de son image … à tout prix, et au détriment de la réalité des choses.


Le vent du boulet

On l'a souvent dit, la Belgique a connu au cours des dernières années un certain nombre de crises qui ont affaibli son image intérieure et extérieure (affaire Dutroux, dossiers criminels non élucidés, crises alimentaires, fraudes bancaires, gestion désastreuse de notre politique africaine, etc.). La conséquence électorale fut le dégagement d'une nouvelle majorité, excluant les sociaux-chrétiens aux affaires sans interruption depuis l'après-guerre, et rassemblant les autres partis dits démocratiques. Elle fut baptisée, au grand désespoir de son Premier ministre, " coalition arc-en-ciel ". Verhofstadt ne cache pas qu'il n'aime pas ce label, synonyme de coexistence de cou-leurs et non point d'harmonie; il est vrai que les discours écolos, libéraux et socialistes sont loin d'être toujours unanimes. Quoiqu'il en soit, reconnaissons que cette majorité amena quelques nouvelles têtes et le gouverne-ment profita de la vague de fraîcheur et d'optimisme d'après-élection pour étayer les fondements d'un régime qui en avait bien besoin.
La marche blanche, le ras-le-bol social populaire concrétisé par les conflits de Clabecq et de Vilvorde, l'incapacité de l'Etat à juguler la corruption du plus grand pilier financier de l'appareil catholico-flamand, les commissions parlementaires " tueurs du Brabant " ou " Rwanda " sans lendemain …. le Belge en avait marre. Concrètement, au Nord du pays, cela se traduit par une pérennité de la croissance du vote nationaliste et au Sud, seule l'incapacité congénitale de ceux qui se croient être dirigeants de formations nationales permet au système de ne point connaître un phénomène identique qu'en Flandre.
Bref, il n'est pas absurde de penser que différentes analyses, combinées avec la fragile santé de notre souverain, devaient donner quelques sueurs froides à nos chers politiciens belgicains et qu'il était grand temps de se pen-cher sur le lit du malade avant que de vilaines âmes ne songent un peu trop à l'euthanasie.

L'offensive Marketing

L'heure venue, les libéraux salivent et savourent leur victoire. Après plus d'une décennie d'opposition, Louis Michel ne se tient plus, il s'est agité depuis trois ans et veut enfin jouir des fruits de ce pouvoir trop longtemps insaisissable. Premier écueil : les écolos (les socialistes ne posent aucune difficulté, trop heureux de pouvoir servir de troupe d'appoint) qui ont aussi profité du ras-le-bol et de l'effet " dioxine "; la coalition se fera, non sans quelques grincements de dents, condescendance d'anciens vis-à-vis des nouveaux et sans un mépris goguenard (hypocritement caché face aux caméras) de bon ton chez les " bleus ".
Verhofstadt va jouer à fond la carte " quadra new look "; conscient de l'état du pays et soucieux de surfer sur la vague des wonderboys politiques tels que Blair, Jospin et autres Schröder, il choisit avant tout de s'associer les talents d'une équipe de " communicateurs ". Alain de Gerlache, ancien journaliste politique à la rédaction du journal de la RTBF, en sera la patron pour les francophones; une équipe similaire est mise sur pied pour la Flan-dre. De Gerlache, lors d'une conférence à propos de la nouvelle culture politique, ne cachait pas que, même s'il ne se sentait pas philosophiquement à 100 % aux côtés du Premier ministre, c'est l'aspect " communication de la politique " qui le passionnait. Mieux faire passer un message, le moderniser et rapprocher le citoyen du politique, tel était l'enjeu proposé par Verhofstadt trois jours après sa nomination par le Roi … le contenu suivrait et on verrait bien. L'enveloppe avant la lettre en quelque sorte.
Naturellement, les choses ne pouvaient que s'améliorer au vu de l'extrême rudesse et de la maladresse légen-daire de Jean-Luc Dehaene vis-à-vis des médias. Dès l'été, la politique de communication se mettait en place, il fallait maintenant travailler à " redonner confiance au citoyen ". Tout un programme !

Mathilde, Jorg, Augusto, Laurent-Désiré, Robert …
les bons amis de Gros Louis

" Redresser l'image de la Belgique ", premier des enjeux. Il faut redonner au Belge sa fierté et surtout l'alimenter en nouvelles tapageuses donnant l'impression que notre gouvernement moderne est dorénavant à la pointe du combat démocratique.
Et donc, comme par enchantement, tout va mieux. Cet indécrottable empoté de Philippe trouve une princesse charmante, les Diables Rouges trouvent un entraîneur wallon et - un peu - bilingue, la crise économique est pas-sée … on trouve même des marges bénéficiaires (mais que va-t-on faire de tout cet argent ?) et surtout, Gros Louis enfourche le fier destrier de la tolérance face au mufle hideux de la bête … Il y a les bons et les mauvais et tout le monde est content. Habile politicien, polyglotte reconnu, Louis Michel, tout en gardant la haute main sur son parti, a pris en main notre politique extérieure et s'est imposé sur la scène internationale. Tant pis pour Jorg et Augusto, ils vont apprendre à connaître la diplomatie belge. Dictées uniquement par des raisons politiciennes intérieures et extérieures, les prises de position du Gros Louis ont fini par agacer bon nombre de nos partenaires européens (à part les Français qui pratiquent une politique similaire) et semblent rencontrer un succès plus que relatif auprès de la population (principalement flamande). Le nombre de vacanciers belges en Autriche, l'indifférence vis-à-vis de Pinochet et le couac retentissant de l'inculpation du ministre congolais des Affaires Etrangères Yerodia, quelques jours après une visite officielle, achèvent de tourner l'entreprise Marketing de Louis Michel en ridicule. L'état de grâce n'aura pas duré. La nouvelle culture politique montre ici ses limites.

Le pays brade ses entreprises et on demande au citoyen s'il est tout à fait d'accord à ce qu'un service fédéral donne des garanties de qualités pour la fourniture de services !

En août 1999, le Nouvel Observateur publiait un article intitulé : " Comment la Belgique s'est fait bouffer ". Selon l'auteur, Didier Pavy : " aucun membre de l'Union européenne n'a vécu une telle razzia. Dans aucun pays, une part aussi énorme de l'activité économique n'est réalisée par des entreprises appartenant à des multinationales étrangères. La Belgique s'est vendue par pans entiers. Les principaux prédateurs ont été les sociétés néerlan-daises et françaises ; les centres de décision et les cadres quittent le pays ". La Société Générale de Belgique, Tractebel, Côte d'Or, Cockerill-Sambre, Royale Belge, Fina; autant d'entreprises lâchées par nos gouvernants, sans aucun combat, si ce n'est celui de plier devant l'implacable logique capitaliste du plus fort. Tout au con-traire, les entreprises néerlandaises et françaises, convenablement appuyées par les gouvernements en place, ont pleinement réussi leur expansion au cours des dernières années. L'incurie de nos gestionnaires publics et le refus de nos patrons d'ouvrir le capital des entreprises aux investisseurs privés ou institutionnels ont achevé de tuer la compétitivité des sociétés belges. Le gouvernement cherche à éluder ce constat dramatique et mettant en avant sa " nouvelle politique ". Une réforme indispensable comme celle de l'administration publique est présen-tée, au travers d'un plan Copernic, comme une opération " à l'écoute du citoyen " visant à créer une organisation efficace, conviviale, contemporaine et un employeur séduisant. Excusez du peu et admirez la logorrhée Marke-ting mais entre-temps, le secteur privé se barre …
Si l'on ne peut que saluer cette initiative Copernic, il importe tout de même de s'étonner du soin que le gouver-nement met à la vendre. Quelques phrases épinglées au hasard : " l'appareil administratif bureaucratique, dé-passé, doit devenir à terme une machine moderne (…) qui soutient la comparaison avec les pays voisins " (beau constat de faillite) ou encore : " Dans l'autorité fédérale de demain, c'est au centre que sera le citoyen, en tant que membre de la société ". Phraséologie creuse et démagogique destinée à rassurer le bon citoyen politique-ment correct mais qui n'apporte rien au débat. Le questionnaire qui accompagne l'explication du plan Copernic est également un concentré d'absurdités démagogiques. En voici une démonstration; question : " A quoi atta-chez-vous le plus d'importance dans l'attitude des fonctionnaires ? " ; réponse à classer de 1 à 4 : " convivialité, écoute, traitement égal pour tous et respect de la vie privée ". Et alors ? Si je préfère que l'on respecte ma vie privée, cela justifie-t-il que le fonctionnaire soit antipathique ou ne m'écoute point ? Ridicule. L'objectif d'une telle opération n'est pas la satisfaction du citoyen mais bien une opération de charme visant à lui faire croire que l'on se préoccupe de son avis. Telle est l'essence de cette nouvelle culture politique visant plus à magnifier le para-ître plutôt qu'à résoudre les réalités épineuses.

Jean Cornil, le superflic de la nouvelle culture politique

Ce bruxellois de 41 ans, directeur-adjoint du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, in-carne le côté coercitif de la nouvelle culture politique. Son centre, dont les subventions ont récemment encore été accrues, se charge de la croisade contre ceux qui ne veulent pas suivre la nouvelle idéologie dominante. Le plus choquant dans ces pratiques est la dérive d'idées a priori justes. Personne ne contestera que tous les hommes doivent naître égaux en droits et rares sont les individus qui s'accrochent encore à l'idée de race supé-rieure mais cela veut-il dire par ailleurs que toutes les circonstances périphériques ne peuvent être évoquées et dénoncées (immigration clandestine, exploitation économique, différences de scolarisation en fonction des com-munautés, etc.). Pour illustrer cela par un autre exemple, prenons le cas des homosexuels. L'évolution des mœurs a fait que chacun est libre d'assumer sa sexualité et donc les pratiques non-hétérosexuelles ne consti-tuent plus un tabou, ni a fortiori un délit. C'est comme ça et il sera difficile de remettre en cause cet état de fait. Mais faut-il pour autant assurer la promotion d'un phénomène marginal et invoquer l'égalité des chances et la non-discrimination pour accepter une manifestation aussi indécente que la " gay-pride " ?

La dérive de la nouvelle culture politique consiste à présenter une idéologie de pensée unique sous un vernis citoyen, à la promouvoir par les médias, à en assurer la protection par un organisme spécifique et à marginaliser ceux qui ne s'y conforment pas. Ceux-ci seront présentés comme des anti-démocrates, insulte suprême, suffi-sant à se faire mettre à jamais au ban d'une société qui court à la ruine et au chaos. Après tout, est-ce un mal ?

Charles Marly