LES
PRECURSEURS DU NATIONALISME
Ce
n'est pas limiter le mérite des esprits supérieurs qui ont
précédé la pensée nationaliste actuelle, que de les tenir
pour des précurseurs.
C'est montrer, au contraire, la somme admirable de connaissances
qu'ils ont accumulées et sans laquelle nous ne serions rien.
Dans
le formidable bouleversement du 19ème siècle, obscurci par
un nouvel essor des vieilles métaphysiques déréalisantes barbouillées
de matérialisme, ils ont retrouvé les réalités permanentes
exprimées deux milles cinq cents ans auparavant par leurs
ancêtres.
Que leurs vues aient été partielles, incomplètes, marquées
par l'influence de leur époque, ne retire rien a la puissance
de leur apport.
Il
faut toujours beaucoup de peines, de temps, d'essais infructueux
pour que, dans l'adversité, se dégage et se clarifie une pensée
nouvelle.
Ils
ont légué un inestimable acquis. Ils ont découvert, un par
un, tous les matériaux qui forment l'édifice nationaliste
dont ils nous ont donné la perception et qu'il nous appartient
d'expliquer et de réaliser.
Il
est possible de dégager parmi eux trois courants principaux
qui parfois se superposent dans le temps et bien sûr s'interpénètrent:
les socialistes, les traditionalistes, et les scientifiques.
Cette étude n'est pas exhaustive.
Elle
entend replacer chacun des principaux précurseurs par rapport
à la synthèse nationaliste, c'est -à-dire par rapport aux
données fondamentales de la pensée européenne.
Le
courant socialiste
Pierre
- Joseph Proudhon
(1809 - 1865 )
Pendant tout le 19ème siècle, l'Europe est ébranlée par la
révolte d'hommes qui refusent de laisser disparaître leur
individualité dans le chaos produit par la démocratie capitaliste.
Une figure se détache plus particulièrement en France, celle
de Proudhon.
On interprète souvent dans un sens restrictif l'invective
fameuse de Proudhon: "quoique très ami de l'ordre, je
suis un anarchiste" sans comprendre qu'il exprime la
vieille révolte ancestrale de l'homme européen devant ce qui
menace sa liberté, son originalité.
Cette révolte qui inspire toute son uvre, trouve un
profond écho chez ceux qui subissent le joug capitaliste.
Elle sera la charnière du syndicalisme français, avant que
celui-ci ne soit colonisé par les marxistes.
On comprend que ces derniers, Marx en tête, aient combattu
avec acharnement cette pensée qui entendait transformer la
société, non pour en faire un néant uniformisé, mais pour
que la personnalité de chaque homme puisse s'y épanouir grâce
au travail, non pas considéré comme une "aliénation",
mais comme la base des rapports humains et la source d'une
dignité conquise par l'effort.
Georges
Sorel (1847-1922)
Même révolte de Georges Sorel contre la bourgeoisie capitaliste.
Peu de temps avant sa mort, il écrivait : "Puissé-je
voir humilier les orgueilleuses démocraties bourgeoises, aujourd'hui
cyniquement triomphantes". Il constate la réalité de
la lutte de classe provoquée par le capitalisme.
Cependant, non content de refuser le déterminisme utopique
de Karl Marx, il assigne une valeur éthique aux luttes sociales
de son temps : "La violence prolétarienne exercée comme
une manifestation pure et simple du sentiment de lutte de
classe, apparaît comme une chose très belle et très héroïque"
(1)
C'est en songeant aux hommes nouveaux qui, se forgent dans
la violence des luttes sociales qu'il écrit : "Je ne
suis pas de ceux qui regardent le type achéen, chanté par
Homère, le héros indompté, confiant dans sa force et se plaçant
au-dessus des règles, comme devant disparaître dans l'avenir"
(1). Il ajoute : "Le syndicalisme révolutionnaire serait
impossible si le monde ouvrier devait avoir une morale de
faible"(1).
C'est bien la pensée européenne de toujours, dans le langage
de la guerre sociale.
Le
courant
traditionaliste
Edouard
Drumont (1844-1917)
Ecrivain et sociologue, Edouard Drumont observe d'un il
critique l'affaiblissement interne de la société française
à la fin du 19eme siècle.
Il en explique les causes : l'action du libéralisme qui, après
avoir anéanti les corps sociaux ne les a pas remplacés, l'influence
grandissante du cosmopolitisme destructeur de l'âme populaire.
Il
constate la sujétion où sont tombés ses contemporains : "Le
malheur, aussi est que notre pauvre France ne puisse plus
penser par elle-même ; elle est comme un ballon captif ; on
la fait monter puis on tire la ficelle et elle redescend.
Il n'y a plus de nation et il ne peut en exister une sans
le sentiment de la race, sans institution fixes, sans traditions.
Les Français au fond ne savent s'ils veulent la guerre ou
la paix.
Tout dépend du courant d'idées que la presse organise.
Ils flottent comme une poussière impalpable dans l'atmosphère
; un coup de vent les soulève ; ils tourbillonnent vers le
ciel; le vent s'arrête, ils roulent à terre, la pluie tombe,
ils forment une boue stagnante.
La suggestion journalistique s'opère sous nos yeux sans que
personne ne s'en aperçoive" (2)
Disparition de la liberté et de la responsabilité de l'individu
dans la masse informe et malléable, voilà ce qu'observe Drumont,
voilà ce contre quoi il s'élève.
Son but : éclairer ses compatriotes, expliquer, dénoncer l'action
pernicieuse des cosmopolites et de la bourgeoisie affairiste,
car il ne croit pas à la fatalité.
Il est convenu que ce qui a été fait dans un sens pernicieux
par une minorité intelligente et active, peut être réalisé
en sens inverse.
De ses efforts et du mouvement de révolte populaire qu'il
a suscité, naîtra le nationalisme.
Maurice
Barrès (1862-1923)
Maurice
Barrès a été profondément influencé dans sa jeunesse par la
pensée de l'Allemand Stirner, théoricien de l'anarchie, qui
n'accepte pas l'anéantissement de son originalité dans une
société où la masse prend le pas sur l'individu : "Nul
n'est mon semblable"affirme-t-il.
A 20 ans Barrès répond par son "Culte du moi ".
Il dépasse par la suite la simple révolte individualiste.
Il sent et comprend qu'il ne pourra être complètement lui-même
que s'il se situe dans la lignée qui lui a transmis la vie.
Son
intuition de littérateur lui fait découvrir le déterminisme
de l'hérédité exprimé par l'antiquité gréco-latine et que
confirme les données de la science.
Nos ancêtres" pensent et parlent en nous. Toute la suite
des descendants ne fait qu'un seul être ".
Le sentir c'est éprouver"tout un vertige où l'individu
s'abîme pour se retrouver dans la famille, dans la race, dans
la nation".
Il
en tire cette conclusion logique : "Le problème n'est
point pour l'individu et pour la nation de se créer tels qu'ils
voudraient être (oh ! L'impossible besogne !) mais de se conserver
tels que les siècles les prédestinèrent ".
D'où cette définition : "Nationalisme est acceptation
d'un déterminisme ".
Le
courant scientifique
Vacher
de Lapouge (1854 - 1936)
A quelques années près, les uvres de Karl Marx et de
Vacher de Lapouge sont contemporaines.
Ils disposaient des mêmes connaissances et observaient la
même société.
L'un et l'autre prétendaient fonder une méthode de connaissance
grâce à laquelle ils firent un certain nombre de projections
sur l'avenir.
La stricte objectivité conduit à constater que Karl Marx s'est
trompé dans toutes ses prévisions tandis que Vacher de Lapouge
apparaît d'une clairvoyance qui donne à réfléchir sur la valeur
comparée des deux méthodes.
Alors qu'à la fin du siècle dernier, un antagonisme irréductible
semblait opposer l'Eglise et la démocratie rationaliste, il
prévoit la réconciliation sinon la complicité : "L'avenir
montrera à nos fils ce curieux spectacle, les théoriciens
de la fausse démocratie moderne contraints de se renfermer
dans la citadelle du cléricalisme"(3)
Vacher de Lapouge sait qu'un jour viendra où la réalité pèsera
d'un poids tel qu'elle fera sauter la gangue des superstitions
et des dogmes métaphysiques dont Marx n'est qu'un représentant
attardé : "Demain, il y aura deux camps en présence :
celui des écoles métaphysiques religieuses ou anticléricales,
et celui des écoles scientifiques, dont le sélectionnisme
(4) est l'expression la plus adéquate. La phase métaphysique
est finie, les fantaisies ne sont plus de mise. L'économie
avance, l'histoire comparée des institutions progresse, l'anthropologie
appliquée commence à jeter un peu de lumière sur les causes
naturelles des échecs politiques des deux derniers siècles.
En vain l'on pourra multiplier les chaires et les sophistes
pour la défense des préjugés de l'autre siècle. Le passé est
passé, ce qui est mort est mort"
Mis sur la voie par les observations de Darwin sur la transformation
des espèces par la sélection, Vacher de Lapouge tente une
explication de l'histoire par la réalité biologique. Cet éclair
de génie vint prématurément.
Les travaux de Mendel ne lui étaient pas connus, pas plus
que les observations de Devries , ni celles de Ripley et Fischer
qui lui sont postérieures et permettent de fonder le réalisme
biologique.
Alexis
Carrel (1873-1944)
Biologiste
rendu célèbre par ses recherches sur la culture des tissus
et la détermination du temps biologique.
Alexis Carrel se refuse à tout apriorisme.
Esprit scientifique, il se fie aux seuls moyens de l'observation
et de l'expérience.
Constamment, dans ses réflexions, il dénoncera l'intrusion
des concepts métaphysiques dans la science, l'intrusion de
l'irréel dans le réel, erreur qui conduit aux grands déséquilibres
des sociétés contemporaines, société où l'homme est inconnu:
"Nous étions encore ignorants des lois de notre nature
quand nous possédions déjà la maîtrise du monde matériel.
Nous avons donc modifié les conditions de notre existence
au hasard des inventions, de nos appétits, de nos illusions,
sans aucun égard pour notre esprit et notre corps"(5)
C'est
pourquoi "Il faut reconstruire les hommes suivant les
lois naturelles et leur donner un milieu auquel ils puissent
s'adapter sans dégénérer" (6)
Voici
que Carrel, à son tour met le doigt sur la plaie : l'homme
est envisagé "Non pas suivant l'esprit de la science,
mais suivant des concepts métaphysiques" (5)
Pour
reconstruire l'homme, il faut donc quitter le terrain du rêve
et l'observer dans la réalité.
Deux milles cinq cents ans après Héraclite, la science confirme
l'intuition de l'Europe antique : "L'homme est un tout
indivisible, composé de tissus, de liquides organiques et
de conscience, chaque individu est une histoire qui n'est
semblable à aucune autre. Il est un objet unique dans l'univers"
(5)
Et,
traçant la route à suivre par ceux qui continueront son uvre,
il précise : "La solution des grands problèmes de la
civilisation dépend de la connaissance de l'homme tout entier
en tant qu'individu inséré dans un groupe, une nation, une
race", réagissant suivant ses qualités ancestrales spécifiques,
c'est-à-dire suivant son type biologique".
Ce
que propose Alexis Carrel ce n'est pas un système, il propose
une méthode suivant la formule qu'il affectionne : "Je
suis un créateur de technique, c'est aux autres de s'en servir".
Sa méthode, c'est la recherche dynamique et perpétuelle des
lois de l'existence dont la connaissance doit permettre l'élévation
et l'amélioration des hommes : "Le moment est venu d'employer
la science à notre progrès propre ; de modeler le milieu matériel
en vue de ce progrès".
Ainsi, pierre par pierre, de la révolte instinctive de l'individu
jusqu'aux propositions scientifiques permettant de situer
l'homme à sa place dans l'évolution, les bases de la pensée
nationaliste, expression politique de la pensée européenne,
ont été établies.
Au-delà des notions contingentes qui ont parfois dénaturé
la pensée des précurseurs du Nationalisme, la réduisant à
des projections politiques étriquées, il importe de voir que
tous ont retrouvé et affirmé les réalités européennes, condition
de la vie de l'amélioration des peuples blancs et, par conséquent
de l'humanité.
Jean Charles Van Zee
Notes
1) "Réflexion sur la violence"Georges Sorel - édition
Rvière
2) "La fin du monde"
3) "L'aryen son rôle social"
4) autrement dit l'eugénisme
5) conférence prononcée en 1937 à Darmouth collège (USA)
6) "L'homme cet inconnu "Alexis Carrel - éd. Plon
Les 10 devoirs
d'un mouvement
nationaliste
On nous accuse parfois de ne pas avoir de projet de société,
de ne mener qu'un combat d'arrière-garde ou même encore bien
pire, d'être les valets réactionnaires de la classe bourgeoise
et capitaliste. Rien n'est plus faux, nous luttons pour un
monde meilleur et plus juste. L'avenir du nationalisme passe
par un combat en 10 points. Pour la rédaction de Devenir,
tout mouvement nationaliste digne de ce nom doit impérativement
y souscrire. Sans cela, il ne mérite pas notre soutien.
o
Préserver l'identité européenne et l'enracinement millénaire
des peuples européens
o
Proposer, agir et construire dans un unique but : le développement
harmonieux des peuples européens
o
Lutter pour une plus grande justice sociale
o
Privilégier notre culture européenne en tant que patrimoine
vital, substrat du futur
o
Combattre les intégrismes religieux
o
Lutter pour une véritable unification des nationalismes européens
o
Redonner à nos citoyens le droit d'expression directe
o
Soumettre l'économie au politique
o
Affirmer l'état de droit, partout sur nos territoires
o
Sauver notre patrimoine écologique
Les
Etats des peuples et l'empire
de la nation
Il existe une confusion permanente entre le mot "nation"
qui désigne une association contractuelle de personnes liées
à une constitution et la notion de "peuple" qui
renvoie à une identité, c'est-à-dire un fait donné, une appréhension
de soi résultant de l'histoire. Le peuple est donc le produit
du déterminisme - nous ne décidons pas de notre appartenance
-, tandis que la nation est le résultat volontaire d'un choix
- nous élisons notre citoyenneté .
Peuples et Nation
Le
peuple est un produit de l'histoire dont les membres ont le
sentiment de partager un passé et des valeurs communes. Pour
le définir, on utilise généralement quatre critères principaux
: la langue, la culture, le territoire, les relations économiques.
Isolé, aucun de ces critères ne semble suffisant. Si l'on
octroyait le rôle principal à la langue, il faudrait en conséquence
accepter que les Français, les Suisses romans, les Québécois
ainsi que les francophones de Belgique et d'Afrique forment
un peuple. Pareillement, les Flamands et les Néerlandais ne
se sentent-ils pas de culture différente ? Dans la culture,
nous intégrons la religion qui en est un des aspects. De plus,
la culture influe sur la manière de vivre la religion : les
Albanais et les Arabes saoudites ont des visions très différentes
de la foi musulmane. La plupart des peuples occupent un territoire
plus ou moins cohérent; il est en effet difficile de maintenir
des liens sans proximité. Il faut toutefois noter quelques
exceptions telles que les Juifs avant la création d'Israël
ou les tribus nomades. De même, les populations immigrées
maintiennent un communauté et conservent des liens étroits
avec leur patrie d'origine. Enfin, l'existence d'un peuple
suppose des relations économiques privilégiées entre ses membres.
L'ensemble de ces traits devrait permettre d'esquisser les
linéaments de l'idiosyncrasie (1) d'un peuple; pourtant, son
image apparaît souvent floue, parce que les critères utilisés
pour en préciser les contours ne sont pas assez formels. En
réalité, un sujet qui a une histoire ne peut se définir, puisqu'il
se modifie sans cesse.
Quant à la nation, selon la définition de SIEYES, (2) elle
est une communauté légale qui possède la souveraineté. Si
l'expression"la nation est une et indivisible"signifie
que l'ensemble de ses membres détient la souveraineté et que
chacun se soumet aux mêmes lois, elle n'implique toutefois
pas nécessairement que les citoyens habitent dans un territoire
circonscrit ou aient des relations économiques. Les étrangers
qui n'adoptent pas la citoyenneté de leurs pays d'accueil
ne sont pas des citoyens à part entière, même s'ils jouissent
d'une partie des droits civiques. Une communauté de langue
et de culture n'induit pas non plus une citoyenneté partagée.
Enfin, la nation a conscience de son existence et puise dans
son histoire les éléments symboliques qui renforcent sa cohésion,
expliquent ses avatars et justifient l'intégration d'individus
ou de peuples étrangers.
Deux
conceptions du nationalisme
Par
conséquent, le terme nationalisme possède deux acceptions
contradictoires selon qu'il se réfère à l'idée de peuple ou
à la notion de nation. Dans le premier cas, il fait appel
au sang, au sol, aux ancêtres, au passé , c'est un nationalisme
de l'héritage qui se réduit souvent à un fallacieux sentiment
de supériorité sur les autres et qui, de plus, porte sur un
objet de taille limitée. Par ailleurs, peu de choses distinguent
le nationalisme du régionalisme qui désigne un sentiment semblable
projeté sur un objet plus restreint. Dans le second cas, il
transcende l'individu et l'arrache au déterminisme de son
milieu. On adhère de manière volontariste à la nation pour
réaliser un projet en commun, mais on appartient au peuple
de ses parents. Au contraire, la nation possède une faculté
d'extension illimitée, car elle peut toujours accueillir de
nouveaux membres en dehors des considérations de naissance.
Notons enfin que ces deux formes de nationalisme peuvent plus
ou moins se recouper et se renforcer au sein d'un même Etat.
Etat
et Empire
Pour
accéder à la souveraineté, le(s) peuple(s) doive(nt) constituer
une nation et se donner une structure : l'Etat qui arbitre
les intérêts contradictoires des citoyens, assure leur sécurité
et rationalise le devenir de la société. Dans l'histoire,
nous rencontrons deux grands types d'Etats; d'une part, ceux
issus d'un peuple qui avait une conscience subjective de sa
réalité et qui se sont dotés d'une structure objective - l'Etat
français par exemple -; d'autre part, les nations forgées
au départ de peuples épars, tel que l'Autriche-Hongrie, qui
portent souvent le nom d'Empire. Dans les deux situations,
il faut à l'origine une volonté agrégative qui peut être incarnée
par un monarque, une institution ou un peuple fédérateur.
En
réalité, jamais l'Etat-nation n'a coïncidé dès son origine
avec une exacte communauté de langue et de culture. Le préalable
n'est pas l'unité culturelle; au contraire, c'est la nation
qui unit le(s) peuple(s) et non l'inverse. L'Etat, par l'action
de son administration centralisée et de son enseignement,
harmonise les idiomes et les comportements sociaux. L'existence
d'un territoire unifié sous une même autorité facilite aussi
les déplacements et donc les mélanges de populations hétérogènes.
Des affinités culturelles peuvent inciter les hommes à se
regrouper au sein d'une nation, mais cette dernière entreprend
à son tour l'élaboration d'une nouvelle"identité nationale
". Surtout, l'histoire n'a jamais vu une nation se former
sur base d'intérêts économiques, c'est pourquoi nous pensons
que l'Union européenne emprunte un mauvais chemin.
L'Etat-nation,
dont la France est l 'archétype, désire l'égalité, l'uniformité,
la centralisation; il établit une loi unique sur l'ensemble
de son territoire. Il ne reconnaît pas la diversité des coutumes
et tend à la suppression des différences locales. Il suppose
que tous les peuples sous son empire adoptent les mêmes moeurs
et s'expriment dans sa langue administrative.
Au contraire, l'Empire doit compter avec les différents peuples
qui le composent et tolère une relative diversité législative
en son sein. De même, il ne jouira pas nécessairement d'une
autorité égale sur chacune de ses provinces. Certaines d'entre-elles
peuvent presque indépendantes (comme par exemple les principautés
tributaires de l'Empire ottoman), tandis que d'autres sont
totalement soumises au gouvernement central. Parfois, l'on
vit même des peuples érigés en Nation cohabiter dans le même
Empire (vers sa fin, l'Empire austro-hongrois comprenait une
nation "hongroise", une nation "allemande"
et divers peuples slaves).
Notons
enfin que, de notre point de vue, il n'existe pas de souverain
européen, mais bien des institutions européennes qui agissent
avec le consentement de plusieurs nations.
Droit
de vote ou citoyenneté
Par
ailleurs, se pose aujourd'hui la question du droit de vote
des étrangers. Nos dirigeants se disputent pour savoir si
nous octroierons le droit de vote aux seuls Européens, et
sous quelles conditions, ou si nous l'étendrons aux ressortissants
non-européens. A notre avis, le problème est mal posé. En
effet, le droit de vote, réduit aux communales qui plus est,
n'est jamais qu'une part de l'indivisible citoyenneté, qu'on
la dissèque ainsi en créant des sous-catégories dans la société
nous semble malsain, car cela nuit à l'unité de la nation
en dégradant le principe d'égalité des citoyens devant la
Loi. De plus, la citoyenneté implique aussi des devoirs dont
le respect garantit nos droits. Dans le débat, d'aucuns proposent
d'accorder la citoyenneté belge plutôt que le droit de vote.
Sans hésiter, nous allons plus loin en soutenant un projet
de citoyenneté européenne. Dans cette entreprise, nous nous
appuyons; d'une part, sur l'oeuvre majeure (3) d'un grand
penseur politique, Otto BAUER, le chef de file de l'école
austro-marxiste; d'autre part, sur un précédent historique
: le concept de double citoyenneté dans l'Empire romain.
Otto
BAUER articulait sa thèse autour du concept de "communauté
de destin" grâce auquel il donna une nouvelle définition
de la Nation. Selon lui, la culture et la psychologie permettent
de distinguer un peuple d'un autre, mais ces caractères sont
eux-mêmes déterminés par l'Histoire. Suivant ses vues, le
peuple ne se définit plus par une appartenance ethnique, une
communauté de langue, l'occupation d'un territoire ou en termes
de liens économiques, mais bien comme un groupe d'hommes historiquement
liés par le sort. Dès lors, dans cet esprit, les habitants
d'une cité cosmopolite, issus d'origines diverses mais vivant
ensemble, peuvent fort bien, dans certaines circonstances
historiques, former une nation. Evidemment, il existe une
interaction permanente entre le"caractère"et le
destin d'un peuple, puisque le premier conditionne la manière
de réagir aux événements extérieurs, aussi la nation est-elle
en perpétuel devenir.
Ainsi,
BAUER justifiait le maintien d'un Etat austro-hongrois par
la communauté de destin qui liait ses peuples depuis des siècles.
Une législation fédérale aurait protégé les différentes minorités
et garanti l'égalité absolue des citoyens devant la Loi qu'il
considérait comme la condition sine qua non de la bonne intelligence
des peuples au sein de l'Etat.
Dans cette perspective, la conscience du passé partagé n'exclut
pas le désir d'un avenir commun. Pour notre part, nous aspirons
à une nation européenne dans laquelle fusionneraient les peuples
européens.
Certaines
formes d'Etats, comme les Empires, exigent une relative unité
légale, mais admettent la diversité des coutumes locales qui
règlent le droit privé. Dans l'Empire romain, il existait
même un principe de double citoyenneté. Jusqu'à l'édit de
CARACALLA (212 ap. J.C.), la citoyenneté romaine se surimposait
à l'origo, l'appartenance à son peuple. Evidemment la première
conservait l'éminence sur la seconde. Néanmoins, le Romain
pouvait recourir, selon les circonstances, soit au droit romain
soit aux lois locales. Lorsque l'empereur CARACALLA donna
la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'Empire,
ceux-ci conservèrent néanmoins leur origo (4). Aussi pensons-nous,
qu'il serait possible de créer une citoyenneté européenne
qui, durant une période transitoire, coexisterait avec les
citoyennetés des Etats membres. En effet, l'homme n'appartient
qu'à un seul peuple, mais il peut élire deux nations, du moins
dans la mesure où leurs lois ne se contredisent point et à
la condition qu'on établît une hiérarchie entre ses deux citoyennetés
et que l'on donnât la prééminence à l'européenne.
Frédéric
KISTERS
(1)
Idiosyncrasie : tempérament personnel
Sur l'abbé SIEYES cfr BREDIN (Jean-Denis),
(2)
SIEYES, La clé de la révolution française, Paris, 1988, 604
p.
(3)
BAUER (Otto), Die Nationalitätfrage und die Sozialdemokratie,
Vienne, 1924, (1er éd. 1907), XXX-576 p. (Marx Studien, IV).
Edition française : ID. , La question des nationalités et
la social-démocratie, Paris-Montréal, 1987, 2 tomes, 594 p.
(4)
JACQUES (François) et SCHEID (John), Rome et l'intégration
de l'empire (44 av. J.C. - 260 ap. J.C.), tome 1 Les structures
de l'empire romain, Paris, 2e éd. 1992 (1er : 1990), p. 209-219
et 272-289 (Nouvelle Clio. L'Histoire et ses problèmes).
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