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  DEVENIR 15


ET DES SYMBOLES POUR DEMAIN


Nous sommes des oies - pas celles du Capitole - qu'on gave depuis des lustres d'une histoire dans laquelle il nous est impossible de se reconnaître. Les faits, les personnages mis en scène, leur façon de penser le monde ou d'agir, tout cela nous est étranger. Comme une tablette d'argile mésopotamienne. Notre mémoire devient bouffie de trop absorber la panade de fausses nouvelles, de désinformation érigée en système d'asservissement. Quelque part, sous la graisse des sornettes, tente de s'extirper notre âme réelle, celle qui nourrit (ou devrait nourrir) les moindres fibres de notre être. Mais combien il est dur de résister à l'oubli de sa propre histoire sous le matraquage des autres.
Prendre conscience d'un substrat
ethno-culturel

Chacun d'entre nous est assurément porteur d'une expérience personnelle. Un parcours n'est pas un autre. Enfance et éducation divergent. Mais tous, nous savons radicalement que nous avons été privés de quelque chose d'essentiel. De notre vraie mémoire. Quand j'écris"nous", je fais bien sûr allusion à notre confrérie dont les rangs gonflent chaque jour. Les autres - hélas la majorité - n'ont même plus conscience qu'il y a eu une Europe ethniquement soudée, identifiable, avant l'ère américano-sioniste. Si l'un d'entre vous se souvient d'un cour d'histoire où ont été évoqués nos ancêtres celto-germaniques, c'est qu'il a eu la chance d'être enseigné par un professeur honnête et soucieux de la transmission d'une identité. Encore faut-il que cette évocation ne serve point d'appendice gênant ou de faire-valoir de la culture romaine. Non pas que cette dernière ne nous est pas essentielle en tant qu'Européens, avec le génie grec, mais les Gaulois ont trop souvent été traités comme un peuple-enfant sous tutelle de la Rome civilisatrice. Cette condescendance à l'égard de l'Europe celtique et germanique a été longtemps une véritable infection dans les milieux intellectuels et/ou chargés de l'éducation. Mon deuxième cerveau, scellé et bâillonné, profite de ce que j'aborde cette question pour me rappeler que sous l'ère fasciste allemande, la symbiose helléno-germanique était une des grandes aspirations des autorités.

Bref, pour un adolescent d'aujourd'hui - et d'il y a 20 ans - prendre conscience via l'école de l'existence d'un substrat ethno-culturel commun aux populations européennes relève du prodige. Est-il à même, cet adolescent, de comprendre la signification des croix celtiques dont nous nous réclamons ? C'est à nous désormais de le leur faire comprendre afin que cela devienne intuitif à la génération suivante… Ironie du présent : les meilleurs pédagogues "es nationalisme" de l'an 2000 - après nous - ce sont les chasseurs de nazis appointés par le système. En effet, à force de multiplier les émissions, les livres, les commémorations sensées exorciser les heures les plus sombres de notre histoire, des milliers de jeunes Européens franchissent le Styx chaque année et rejoignent les rangs de ceux qu'ils regroupent sous le vocable animalier de "bête immonde".

L'apport des peuples anté-chrétiens

Il aura fallu des lustres pour que le commun des mortels - c'est-à-dire les quelques "cervelés" qui s'intéressent à nos origines - apprennent qu'il y eut une vie avant les villas romaines et les églises et que peut-être il était nécessaire de regarder vers la période celtique pour repérer non seulement les origines des principales villes européennes mais aussi celles de l'essentiel de nos us et coutumes. Grâce notamment au romantisme, d'aucuns ont commencé à prendre conscience de l'apport fondamental des peuples antéchrétiens autochtones à l'Europe. On a reconnu progressivement que sans le paganisme celto-germanique le christianisme n'aurait pu s'enraciner chez nous et lui est redevable de l'inspiration de beaucoup de ses courants artistiques - architecture, peinture, littérature. Mais cette reconnaissance n'a pas beaucoup transpiré des milieux intellectuels et scientifiques vers le peuple. Si une frange de ce peuple sait par tradition transmise de générations en générations, la majorité écrasante, elle, se contente de folklorer en sacrifiant aux rituels de la société de consommation. Le christianisme lui-même, lorsque sa pratique a survécu, n'est plus qu'une mascarade moralisante et humanitariste qui ferait ricaner un chef gaulois.

L'européanisation
du christianisme

Au fond, durant deux mille ans, nos compatriotes ethniques ont frémi en écoutant des histoires abracadabrantes de traversée du désert, de bons samaritains, d'anti-héros tourmentés par une divinité vengeresse absolutisée à partir d'un panthéon local et enserrés dans un fouilli d'interdits plus bizarres les uns que les autres. Ne voilà-t-il pas qu'on leur a bourré le crâne avec des tribulations, certes intéressantes, mais si lointaines par la distance et la nature, de leur personnalité et de leur patrie. On ne dénoncera jamais assez cette imposture. L'européanisation, plus ou moins réussie et plus ou moins persistante, du christianisme par le paganisme, est dès lors sans doute le premier acte de résistance des peuples européens face à un envahisseur d'ordre spirituel. On doit à cette alchimie là notamment la formidable épopée du Graal, traduction surtout littéraire d'un état d'esprit, d'une vision du monde où se marient les deux spiritualités pour le meilleur. C'est là que le christianisme prend une nouvelle dimension grâce à l'authenticité fécondante des dieux indo-européens.

Le hasard salvateur

16 ans ! Peux-t-on imaginer que c'est à cet âge que j'ai commencé à découvrir que cet être de chair et de sang dont j'étais constitué n'était pas qu'une simple créature du règne animal interchangeable au sein d'une espèce humaine mais bien une personne membre à part entière d'une communauté de sang et d'esprit façonnée patiemment par plusieurs millénaires. Le déclic aura été la remise en question de l'héritage monolithique judéo-chrétien qui entravait dogmatiquement toute possibilité de réminiscence par la découverte du vrai passé de l'Europe et de sa dimension gréco-romaine, suivie dans la foulée par celle de l'héritage celto-germanique du Belge. Tout ça est dit pompeusement mais ça a le mérite d'être vrai. Le plus inacceptable, c'est que cette prise de conscience n'est finalement due qu'au hasard de rencontres ou de lectures suffisamment révélatrices pour déclencher le processus de redécouverte. Avoir assisté à de nombreux carnavals ou avoir entendu des contes enfantins sans en apprécier les multiples dimensions par faute de connaissance intuitive, par faute d'un environnement scolaire et familial ignorant de l'au-delà de l'apparence chrétienne, c'est une frustration qui rétrospectivement me pèse encore. Derrière le carnaval il y a les visages terrifiants et merveilleux de dieux ouraniens ou telluriques et de héros prométhéens confrontés aux forces obscures. Derrière les personnages des contes de Grimm ou des récits appartenant au folklore local également… Derrières les Saints les plus aseptisés se cachent des tueurs de dragons ou même des dieux et déesses dominant la vie et la mort.

Réactiver
les mythes anciens

C'est pourquoi, alors que j'ai pu renaître, que nous avons pu renaître grâce au jeu suprahumain mené par le fatum, jamais nous n'accepterons que cette victoire sur nous-mêmes et sur les mutilations de notre mémoire ne soit remise en cause par les dévôts de la marchandise. Qu'une majorité d'habitants européens se fichent éperdument de leurs propres racines, succombent à la mode des autres spiritualités ou tout simplement sont convaincus que l'homme est programmé pour consommer n'infléchit pas la voie que nous nous sommes tracés. Celle visant en particulier à réactiver les mythes anciens et à faire apparaître leur actualité éternelle en les ancrant dans le monde du XXIème siècle que nous voulons, mélange de techno-science et d'archétypes inoxydables.

Autour de la croix
celtique

Notre conquête des esprits et des cœurs ne pourra se faire qu'en puisant dans une symbolique qui sera évidente tant pour nous-mêmes que pour nos ennemis. Sans tomber dans le fétichisme nostalgique, le choix de la croix celtique s'impose à tout nationaliste. Même s'il n'est pas le seul, ce symbole balise notre passé comme l'histoire récente des formations identitaires. Elle est parlante pour l'ensemble de l'Europe, au-delà même de l'aire spécifiquement celtique. Qu'elle affole la bourgeoisie, pétrifie les gnomes gauchistes ou fait se cabrer le nationaliste de salon, peu nous importe. Au contraire tant mieux ! En ces heures joyeuses où les parodies de formations identitaires de Belgique francophone se sont ramassées et dissoutes dans l'acide des élections communales, quoi de plus sain que de marcher derrière une croix solaire, de feu et de fer, annonciatrice d'un nouveau destin.

Ferg