23 mai 1919. La guerre est finie mais devant
Riga occupée par l’armée rouge, des hommes attendent l’ordre
de leur chef, le général comte Rudiger von der Goltz, pour
monter à l’assaut.
Ces hommes, ce sont les membres des Corps-francs Baltikum, les derniers
reîtres de l’histoire, héritiers des chevaliers teutoniques.
Leur victoire n’excédera pas l’été. Trahis par la
république de Weimar, ils jureront de se venger.
Baltikum deviendra, dans l’Allemagne de la défaite, le symbole
des Corps-francs qui luttent pour la loi et l’ordre.
Ce sera le nom donné,
à un groupe d’hommes qui affirme que la Nation est au-dessus de
l’état.
«Les soviets partout» …
Tout a commencé en novembre 1918.
L’Allemagne est entrée dans son cinquante et unième mois
de guerre et son territoire est encore inviolé. Mais le grand état-major
sent que c’est la fin et ne croit plus à la victoire.
En Allemagne même, la situation est catastrophique.
Max de Bade, dont les convictions pacifistes sont connues, a été
élu chancelier le 3 octobre.
La levée de la censure libère dans la presse socialiste
un flot de haine attisé par l’exemple de la toute jeune révolution
bolchevique.
Si, une quarantaine d'années plus tard, la France a perdu les
guerres d’Indochine et d’Algérie à Paris, l’Allemagne n’a
certainement pas été défaite à Berlin, mais
elle y a perdu les chances d’obtenir une paix équitable.
«Il faut en finir avec la folie des Junkers, beugle le matelot
Karl Altelt.
Suivons l’exemple de nos camarades russes. Ils ont créé
des soviets de soldats et d’ouvriers, ils ont donné la paix et du
pain au peuple russe.
A notre tour, camarades ! Pour mettre au pas les officiers, pour abattre
leur morgue, pour faire la paix, constituons un soviet de matelots et d’ouvriers,
le premier soviet d’Allemagne !
Allons délivrer nos camarades injustement emprisonnés»
!
… puis nulle part.
En quelques jours, la révolution gronde dans toute l’Allemagne.
L’empereur est obligé d’abdiquer, la grève générale
paralyse le pays.
Le gouvernement socialiste d’Ebert, dont le parti a soutenu sans défaillance
l’effort de guerre demandé par le grand état-major, essaye
de faire régner l’ordre mais il est débordé par une
bande de dégénérés et d’inadaptés qui au
nom de la révolution, pille et massacre sans pitié. C’est dans
ce pays que rentrent, jours après jours, les régiments venant
du front.
Le désarroi de ces hommes est immense.
Pendant quatre ans, ils se sont battus pour leur patrie et ils sont
accueillis comme des assassins.
C’est l’adjudant Suppe du 2ème régiment de la garde qui,
le premier, va réagir.
Par le canal officiel, il fait passer une dépêche dans
toutes les casernes : «Sous-officiers du front pouvant prouver
leurs états de service doivent prendre contact avec le bureau du
corps des volontaires dans les bâtiments de l’université. Tous
renseignements concernant la solde, la nourriture, la tenue et l’équipement
seront donnés à ce bureau. Signé : Suppe, Fürher»
Ce télégramme provoque évidemment une tempête
au comité central des soviets et le communiste Liebknecht organise
des meetings pour exiger l’arrestation de ces sous-officiers «contre-révolutionnaires».
Qu’importe! Suppe ne se laisse pas impressionner et quelques jours plus
tard, 500 hommes, Suppe en tête, marchent dans Berlin en chantant
leur défi :
«La rue appartient à celui qui y descend.
La rue appartient au drapeau de nos Corps-francs.
Autour de nous, la haine.
Autour, croulent les dogmes qu’on abat.
Foulant la boue sombre, flottent nos étendards.»
En quelques mois, les Corps-francs se multiplient.
Officiellement placés sous les ordres du ministre de la Défense,
Noske, commandant en chef de l’armée, ils nettoient l’Allemagne de
la terreur rouge.
Les spartakistes communistes sont vaincus partout.
Leur chef, Liebknecht, et son égérie, Rosa Luxemburg,
sont exécutés. L’ordre règne à nouveau.
Pour la terre des barons baltes.
1919 : A la demande du gouvernement letton, et avec l’accord des Alliés,
un corps de volontaires allemands est envoyé dans les pays baltes
pour lutter contre le bolchevisme.
Tous les soldats allemands qui auront combattu pendant quatre semaines,
recueilleront, s’ils le désirent, la nationalité lettone.
Mais ce que voulaient par-dessus tout, ces hommes, c’était se
tailler une nouvelle patrie, l’arme à la main, dans cette terre fécondée
depuis des siècles par le génie de leur race.
Pendant un an, les volontaires vont se battre, non pour le gouvernement
letton, mais pour cette terre des barons baltes, qui, depuis le 13ème
siècle a été fertilisée par le génie
allemand.
En 1211 en effet, les chevaliers teutoniques se sont installés
sur les bords de la Vistule.
Maniant la truelle aussi bien que la lance et l’épée,
ces moines guerriers bâtissent des villes forteresses comme
Kronstadt, Königsberg, Vogelsang.
Derrière eux, les colons allemands affluent mais ne seront jamais
assez nombreux.
Pendant des siècles, Slaves et Allemands vont cohabiter, dans
un mélange de mépris, de rancune et de haine que le temps ne
pourra effacer.
L’épopée du «Baltikum» est celle de jeunes
aventuriers qui, en ce début du 20ème siècle, sentent
couler dans leurs veines le sang de ces chevaliers teutoniques qui firent
triompher, par-delà les frontières, le génie européen.
Les Corps-francs : une couveuse révolutionnaire.
Après quelques temps, les Alliés voient l’avance des Corps-francs
d’un très mauvais œil et exigent leur retour immédiat en Allemagne.
Cela ne se fait pas sans difficultés et certaines unités
refusent même d’obéir à Noske et se battront pour l’armée
russe blanche du prince Awaloff Bermondt.
Finalement tous rentreront en Allemagne.
Mais les chefs n’abandonneront jamais. L’épreuve du Baltikum
les a durcis au point d’être totalement inassimilables dans la république
de Weimar.
Sous toutes ses formes, ils ne cesseront de la combattre. Après
une tentative de putsch (13 - 17 mars 1920), les Corps-francs réprimeront
un soulèvement communiste dans la Ruhr et puis seront officiellement
dissous.
Mais, d’eux, naîtront des associations nationalistes et pangermanistes
qui feront finalement l’Allemagne du National-Socialisme.
Si l’épopée
des Corps-francs est d’un grand intérêt historique, elle est
aussi une preuve que le courage et la volonté de quelques hommes
peuvent finir par triompher en toutes circonstances.