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  DEVENIR 16


L’engagement politique d'Ernst Jünger (1925-1933)



A trente ans, Ernst JÜNGER avait derrière lui une vie déjà bien remplie. Héros de la guerre, il s’était engagé comme volontaire dès le 1er août 1914. Toujours à la pointe du combat, il collectionna un nombre impressionnant de blessures dont il dressa l'étrange inventaire à la fin d’"Orages d’acier": blessé sept fois, quatorze impacts pour vingt cicatrices (plusieurs projectiles l’avaient transpercé). Il était un des seuls capitaines qui avait obtenu l’"Ordre pour le Mérite". Ensuite, engagé dans la Reichwehr, il avait acquit une notoriété littéraire, en écrivant plusieurs récits de guerre dont la vente lui assura des revenus suffisants pour qu’il démissionne de l’armée en 1923. Ce que beaucoup d’hommes ne parviennent pas à réaliser durant leur existence, JÜNGER l’avait accompli en trois décennies.

Jusqu’à présent, il ne s’était guère engagé dans la politique active. En 1923, il avait bien fréquenté quelque temps le cercle des Corps-francs de ROSSBACH, un anti-communiste acharné qui avait tenté de l’attirer dans son orbite, afin qu’il représentât son organisation. Mais Ernst JÜNGER n’estimait aucunement les personnages peu recommandables et intéressés qui gravitaient dans la nébuleuse des Corps-francs; en conséquence, il quitta l’organisation. Pourtant, il avait conscience de vivre une période cruciale de l’histoire, ainsi que ses textes contemporains l’attestent.
A la même époque, il écrivit un article intitulé "Revolution und Idee" pour le "Völkischer Beobachter", journal du parti national-socialiste, dans lequel il prêchait pour un nationalisme-révolutionnaire et la nécessité de la dictature. A ce moment, le parti national-socialiste n’était qu’un groupuscule parmi d’autres. Il l’abandonna vite pour se diriger vers la principale ligue d’anciens combattants, le Stahlhelm (= casque d’acier).
Le fait n’a rien d’étonnant dans une période où tous les mouvements politiques se croisaient, à la recherche d’une nouvelle stabilité. La République de Weimar était, selon l’expression de PALMIER, un "effroyable imbroglio idéologique". Les notions de gauche et droite n’ont plus guère de sens lorsqu’il s’agit de classer la multitude de mouvements qui agitaient la République. Dans le cercle littéraire berlinois qu’animait l’éditeur ROWOHLT, fréquenté par JÜNGER à partir de 1927, on rencontrait aussi bien l’auteur de théâtre marxiste Bertold BRECHT,  le théoricien du politique Carl SCHMITT, l’historien Eduard MEYER ou le futur ministre de la propagande nazie GOEBBELS. Le fait que des personnages aussi divers fréquentassent le même cercle, montre à quel point les courants d’idées se mêlaient sous la république de Weimar. Les tenants de tous les courants politiques se côtoyaient, discutaient et parfois épousaient les idées de leurs "adversaires".
C’est en septembre 1925 qu’il franchit le premier pas. L’ancien chef de Corps-francs, Helmuth FRANKE créa la revue "Die Standarte" (= L’étendard), un supplément à l’hebdomadaire "Der Stahlhelm" (= Le casque d’acier), l’organe de la ligue d’anciens combattants du même nom, qui compta jusqu’à un million d’adhérents. La ligue avait été interdite en 1922-1923, puis avait adopté une attitude légaliste que n’acceptaient pas les jeunes radicaux. Pour les apaiser, la direction créa un supplément à sa revue, dans lequel ils pouvaient s’exprimer. JÜNGER fut associé à la direction avec Franz SCHAUWECKER, un autre écrivain issu du front. Ernst JÜNGER publia d’ailleurs la première version de "Feuer und Blut" aux éditions du Stalhelm. La revue se démarqua très vite du nationalisme soldatique classique, en refusant tout recours aux élections, en critiquant la thèse du "coup de poignard dans le dos" ou en soulignant que certains militants de gauche avaient bien combattu durant la Première Guerre mondiale. De tels propos n’eurent pas l’heur de plaire à la direction du Stalhelm, qui se débarrassa de l’encombrante équipe dont la revue cessa de paraître en mars 1926. JÜNGER, SCHAUWECKER, FRANKE et KLEINAU fondèrent un autre périodique intitulé "Standarte" (sans l’article) qui était toujours imprimé par la Frundsberg Verlag, la maison d’édition du Stalhelm, dirigée par SELDTE. Dans les colonnes de la nouvelle revue, JÜNGER appela les anciens combattants à s’unir pour fonder une "république nationaliste des travailleurs". Dès le mois d’août, le gouvernement interdit la publication du périodique pour trois mois, parce qu’il avait publié un article favorable aux assassins d’ERZEBERG et RATHENAU. SELDTE profita de l’occasion pour donner son congé à FRANKE. Sur ces entrefaites, JÜNGER remit sa démission. En novembre 1926, JÜNGER et FRANKE s’associèrent à Wilhelm WEISS pour coéditer la revue "Arminius".
A partir de 1925, ses récits de guerre prirent un tour plus politique. Le "Boqueteau 125" et "Feuer und Blut" furent rédigés pour mettre l’expérience de la guerre au service d’un nationalisme révolutionnaire et technicien qui culminera dans "Le Travailleur". Il retravailla la troisième version d’"Orages d’acier" dans le même sens. Dans les éditions ultérieures, il retirera les passages trop marqués par le pathos nationaliste.
En compagnie de son frère Friedrich GEORG, il fréquenta de manière assidue la mouvance national-bolchevique groupée autour d’Ernst NIEKISCH et de sa revue "Widerstand" (= Résistance), à laquelle Ernst JÜNGER collabora régulièrement jusqu’en septembre 1933. Il se lia d’amitié avec l’illustrateur A. Paul WEBER. D’autre part, il rencontra le jeune Werner LASS (°1902) qui avait fondé avec l’ancien chef des Corps-francs, ROSSBACH, la Schilljugend, un mouvement de jeunesse qui tentait à la fois de renouer avec l’esprit romantique et aventureux des Wandervögel, dont il avait été membre avant guerre, et de se doter d’une organisation communautaire, hiérarchisée à l’instar d’une armée. En 1927, LASS rompit avec ROSSBACH et créa son propre mouvement de jeunesse, la Freischar Schill, dont JÜNGER devint bientôt le parrain. En outre, JÜNGER et LASS s’associèrent avec un autre ancien des Corps-francss, le capitaine EHRHARDT, pour coéditer la revue "Der Vormarsch" (= La marche en avant) d’octobre 1927 à mars 1928.
Par la suite, JÜNGER et Werner LASS prirent la direction de la revue "Die Kommenden" (= ceux qui reviennent), un hebdomadaire créé en 1923, qui exerçait une influence grandissante sur la mouvance de la jeunesse bündisch attirée par le national-bolchevisme. Les deux camarades quittèrent la direction de "Die Kommenden" en juillet 1931.
Durant toute cette période, Friedrich Georg JÜNGER écrira pratiquement dans les mêmes revues que son frère et il rédigea des articles pour "Widerstand", jusqu’à la censure de la revue par les nazis, en décembre 1934. Ernst JÜNGER recueillit et protégea la mère et le fils de NIEKISCH après son arrestation en mars 1937.
Après 1929, Ernst JÜNGER délaissa la politique active. En cinq ans, il avait écrit environ 150 articles polémiques, mais il lui semblait que ses appels étaient restés sans guère d’échos. Il avait conservé son indépendance d’esprit et il déclara plus tard que "les revues, c’est comme les autobus: on les utilise quand on en a besoin, puis on en descend". Il en était venu à considérer que tous les mouvements nationalistes, qu’ils s’agissent des conservateurs, des nationaux-révolutionnaires ou des nationaux-socialistes, sont "bourgeois" et "libéraux", puisqu’ils sont tournés vers le passé. Dès lors, il se consacra principalement à la rédaction de nouveaux livres. Néanmoins, il continua à fournir des articles à la revue "Widerstand" jusqu’en septembre 1933. Du combat politique en communauté, il passait à une quête intérieure et solitaire. Ainsi qu’il nous le confie dans son "Coeur aventureux": "Aujourd’hui, on ne peut pas travailler en société pour l’Allemagne, il faut le faire dans la solitude", en espérant toutefois que d’autres isolés oeuvrent dans le même sens.
Toutefois, JÜNGER poursuivait la lutte sur un plan intellectuel. Dans la "Mobilisation totale" ( = die totale Mobilmachung), JÜNGER reprit une série de thèmes qu’il avait abordés dans ses derniers articles. L’essai portait sur les mutations de l’Europe après la Première Guerre mondiale. L’idée d’un lien entre la technique et certaines formes contemporaines de nihilisme, qu’il approfondira dans "Le Travailleur", apparaît déjà dans ce texte.
JÜNGER discernait les conséquences du progrès technique qui avait engendré la guerre de matériel et permis la naissance des premiers Etats totalitaires. De la convergence de ces deux nouveaux phénomènes naîtrait la guerre civile mondiale.
Les Etats étaient passés de la guerre de cabinets à la guerre populaire. La première, typique des monarchies, ne mobilise qu’une partie des hommes et des moyens, en vue d’objectifs limités; autrement dit, c’est une forme de guerre limitée et raisonnée. Au contraire, les guerres de masses sont des luttes à mort, d’une violence sans frein,  dont la fin est l’élimination de l’ennemi. Pour mobiliser leurs peuples, les gouvernements font appel aux affects, aux bas instincts, à la morale. Abstraction et cruauté croissent corrélativement.
A l’époque, JÜNGER admirait la planification soviétique, ce modèle de mobilisation totale des énergies d’un peuple vers un but déterminé. Il voyait dans le bolchevisme, un communisme ascétique, au contraire du marxisme qui est à son sens hédoniste, puisqu’il vise plus le bien-être matériel que la volonté de puissance.
Dans son essai "Der Arbeiter" JÜNGER part d’un constat irrécusable: la technique envahit le monde, il est inutile de la refuser. Au contraire, il faut faciliter son processus de développement pour que, du chaos qu’elle engendre, surgisse un monde nouveau. Dans les temps contemporains, rien n’existe en dehors du travail, tout existe par la technique. JÜNGER considérait le machinisme comme un phénomène de la Vie, à l’inverse de la plupart des néo-conservateurs qui voient en la technique une force létale.
La figure du Travailleur surgit dans un contexte nihiliste. Le Travailleur ignore la morale, mais il possède une éthique fondée sur le sacrifice de soi. En effet, la technique n’apporte pas le confort matériel, mais la puissance. Sa satisfaction réside dans le travail. Il ne prétend pas à la liberté mais bien au labeur. Son bonheur s’accomplit dans le sacrifice à la guerre ou au travail - et le travail devient lui-même une guerre contre la matière.
Le Travailleur a renoncé au bonheur. Il s’agit d’un Titan qui exploite la planète et soumet la matière à sa volonté. Maître de la technique, il entretient néanmoins un lien avec les forces élémentaires qui lui confèrent sa puissance. En lui, s’abolit la traditionnelle opposition nature versus culture.
La vision de JÜNGER débouche sur un empire universel technocratique, sans classes mais inégalitaire. Dans cette société, seule est garantie le droit au travail, le reste est à conquérir. Le Travailleur n’a aucun rapport avec le prolétaire marxiste; sa révolution ne vise pas la propriété privée, mais bien la culture bourgeoise basée sur la raison, la morale et l’individualisme. En outre, la pensée de JÜNGER nie la notion de "progrès", qui est le moteur tant du libéralisme que du marxisme. Lorsque la technique fait son irruption dans le monde, elle ne subit aucun processus évolutif, elle atteint presque aussitôt son niveau de perfection.
Le premier tirage de 5000 exemplaires du "Travailleur" fut vite épuisé. Trois autres éditions suivirent. L’essai se trouvait encore en librairie au début de la guerre.
Peu après la parution du "Travailleur", Thilo von TROTHA l’attaqua violemment dans les colonnes du "Völkischer Beobachter", l’organe du NSDAP. Il dénonçait l’intellectualisme abstrait de JÜNGER, qui s’éloignait des faits essentiels, à savoir le sang et le sol. Il allait jusqu’à écrire qu’Ernst JÜNGER s’approchait "de la zone des balles dans la tête". Au contraire, Ernst NIEKISCH voyait dans "Le Travailleur" un livre national-bolchevique et il ne tarissait pas d’éloge.
Après guerre, d’aucuns ont reproché à JÜNGER une soi-disant sympathie pour le national-socialisme ou du moins le fait qu’il leur aurait fourni des éléments idéologiques. Des journalistes souligneront qu’il avait dédicacé un exemplaire de "Feuer und Blut" à HITLER en 1926. Dans l’édition du 18 novembre 1993 de "DIE WOCHE", le journaliste Victor FARIAS, fort connu en Allemagne pour ses diatribes contre HEIDEGGER, accusait Ernst JÜNGER d’avoir écrit un article antisémite, dans les Années ‘30. Le folliculaire affirmait que JÜNGER ne s’était jamais départi de ses sympathies nazies et avait même souhaité le génocide des Juifs !  En réalité, il s’agissait d’un article que Ernst JÜNGER avait publié dans les "Suddeutschen Monats Heften" en 1930, dans le cadre d’un dossier qui traitait du problème de la judaïté. La plupart des autres rédacteurs étaient d’ailleurs juifs. De façon insidieuse, FARIAS n’avait pas précisé dans quelle revue ni dans quelles circonstances l’article de JÜNGER avait été publié, ce qui laissait le lecteur supposer qu’il s’agissait d’un périodique nazi ou antisémite. Dans sa contribution, JÜNGER se prononçait pour l’assimilation des Juifs d’Allemagne et concluait qu’ils devaient " être juifs en Allemagne ou ne pas être", formule qui, même interprétée avec beaucoup de mauvaise foi, ne signifiait aucunement qu’il désirait l’extermination des Juifs, mais plutôt leur intégration !
Selon la thèse de Louis DUPEUX, trois traits distinguent les nationaux-bolcheviques des nationaux-socialistes:
- une orientation protestante qui entraîne un civisme rigoureux;
- le dédain de l’idéologie de masse par esprit élitiste;
- la volonté de rompre avec l’esprit bourgeois.
Il faudrait aussi ajouter le refus du racisme et plus particulièrement de l’antisémitisme.
Bien que Louis DUPEUX ne le considère pas comme un national-bolchevique à part entière, nous retrouvons ces caractéristiques chez Ernst JÜNGER. Sans appartenir à la mouvance, il y participait par ses écrits, son travail de coéditeur et aussi... par la connivence intellectuelle qui le liait à Ernst NIEKISCH.
JÜNGER professait dans ses articles un nationalisme socialisant. Au début de son engagement, il souhaitait l’union des partis nationalistes. A ce moment, il n’excluait pas les nationaux-socialistes. Mais, dès 1926, il refusait qu’Adolf HITLER devînt le guide de l’Allemagne. Ne distinguant aucun "grand homme" qui pût diriger l’Allemagne, il proposait que l’on instaurât un comité provisoire, qui comprendrait au moins un chef d’Etat-major, pour surveiller la pureté et la rigueur du mouvement.
Son attitude personnelle envers le national-socialisme n’était pas équivoque. En réalité, HITLER lui paraissait aussi exécrable que dangereux et il abhorrait la brutalité des nazis de base. Il n’a d’ailleurs jamais rencontré le dictateur et parmi les dignitaires nazis, il ne connaissait que GOEBBELS. Un entretien avec HITLER avait bien été prévu, mais il avait été annulé à la dernière minute. En 1927, le NSDAP lui proposa une place éligible pour les élections au Reichtag, mais Ernst JÜNGER refusa de manière catégorique, en précisant qu’il préférait "écrire un seul vers plutôt que de représenter 60.000 crétins au Parlement". Peu après leur accession au pouvoir, les nazis lui proposèrent de devenir membre de l’Académie allemande de poésie, une fois encore Ernst JÜNGER déclina l’offre. La Gestapo perquisitionna son domicile sous prétexte de trouver des lettres de son ami anarchiste MÜHSAM. En 1934, ayant appris que le "Völkischer Beobachter" avait publié, à son insu, un extrait du "Coeur aventureux", il écrivit au journal pour protester, parce qu’il ne voulait pas passer pour un de leurs collaborateurs. Quatre ans plus tard, GOEBBELS l’invita, encore une fois, à rejoindre le NSDAP, mais, à l’instar d’ULYSSE, il résista au chant des sirènes qui voulaient l’attirer vers les récifs. Ayant refusé toute collaboration, fût-elle littéraire, avec le nouveau régime, JÜNGER pouvait s’attendre à des représailles ou du moins à une hostilité de sa part. Son premier véritable roman, "Sur les falaises de marbre" (= Auf den Marmorklippen) dénonçait, de manière détournée, le régime. Nombre d’anciens enrôlés de la Wehrmacht se souviennent qu’ils lisaient, sur le front ou en permission, ce récit intemporel empli d’allusions aux horreurs présentes. La censure nazie ne s’y trompa point ; le Reichsleiter BÜHLER entama une procédure à l’encontre de l’auteur et son éditeur eu maille à partir avec la Gestapo. Heureusement, son aura de héros écrivain le protégea et lui permit de survivre au "Reich millénaire".

Frédéric KISTERS

PRINCIPAUX TRAVAUX CONSULTES

Outre les œuvres de Ernst JÜNGER :
Dossier JÜNGER dans la revue Nouvelle Ecole, 40, 1983, comprenant, entre autres contributions, l’article fondamental d’Alain DE BENOIST, Ernst JÜNGER: la figure du travailleur entre les dieux et les titans, p.11-61
Dossier JÜNGER dans le Magazine littéraire, n° 324, 1994
BANINE (Umm El), Ernst JÜNGER aux faces multiples, Lausanne, 1989, 213 p.
DE BENOIST (Alain), Ernst JÜNGER. Une bio-bibliographie, Paris, 1997, 186 p.
DUPEUX (LOUIS), National-bolchevisme dans l’Allemagne de Weimar (1919-1933), Paris, 1979, VII-743 p. en 2 tomes
HERVIER (Julien), Deux individus contre l’Histoire. DRIEU LA ROCHELLE. Ernst JÜNGER, s.l., 1978, 485 p.
HERVIER (Julien), Nazisme et littérature: les figures du mal dans l’œuvre romanesque de Ernst Jünger dans La Révolution conservatrice dans l’Allemagne de Weimar, dir Louis DUPEUX, Paris, 1992, p. 353-359.
PALMIER (Jean-Michel), Weimar en exil. Le destin de l’émigration intellectuelle allemande antinazie en Europe et aux Etats-Unis, Paris, 1988, 2 tomes