L'aventure des Corps-francs, c'est avant tout la révolte des nationalistes
et la lutte armée entreprise pour redonner au peuple "le sens de sa
destinée". Né en 1902, Ernst von Salomon n'a que 16 ans à
la fin de la Grande Guerre mais, en tant qu'officier aspirant, formé
à la dure école prussienne, il est écœuré par
le mépris témoigné par la populace rouge à l'égard
des soldats du front et par l'occupation de son pays par les troupes -souvent
coloniales- alliées.
Il rejoint les organisations nationalistes et s'engage à défendre
la patrie menacée. Il participera à toutes les aventures guerrières
de l'après-guerre; contre les Spartakistes à Berlin, sur la
Baltique contre les bolcheviques, avec les russes blancs de Bermondt, lors
de la tentative de coup d'Etat (où il sera prisonnier des gardes rouges).
Avec l'échec du putsch nationaliste, c'est la fin d'une époque…
celle de la guerre pour le Reich, pour le calme et l'ordre. Malgré
le fait que les Corps-francs agirent plus souvent en guerriers qu'en soldats
-chaque compagnie marchant derrière son étendard-, ces hommes
furent les derniers gardiens des marches orientales de l'Allemagne prussienne
face à la menace communiste. Face au recul de la république
de Weimar, aux ordres des vainqueurs du diktat de Versailles, les purs choisirent
la mutinerie (alors que les hobereaux prussiens restaient aux ordres) et
la lutte pour la patrie, pour le Heimat, et contre l'Etat. Le temps des conjurés
avait sonné.
En pleine période de désarmement, les fusils et les mitrailleuses
sont cachés, des groupes sont constitués, des traîtres
sont éliminés (la Sainte Vehme châtie les traîtres)
… l'année 1921 voit la résistance à l'occupation française
grandir et se structurer. Des coups d'éclat sont tentés (et
parfois réussis) pour libérer les camarades emprisonnés.
Ernst von Salomon participa encore aux combats de la Haute-Silésie
contre les Polonais qui voulaient confisquer ce territoire allemand (forts
du droit de Versailles). De chaque coin du Reich, des nationalistes (étudiants,
paysans, colons, soldats, ouvriers … soutenus par des Suédois, des
Finlandais, des Baltes) accourent spontanément pour mettre leur vie
au service de la patrie contre la volonté de l'Etat. Le sang jeune
du peuple se substitue à la servilité sclérosée
de ses chefs. Le combat sera beau, intense et vain… les fruits n'en tomberont
que plus tard.
Le retour à la vie civile impliqua une transformation de la guérilla
en lutte armée clandestine. Les séparatistes rhénans
et bavarois sont traqués et une sourde colère gronde contre
le gouvernement de Weimar. Walter Rathenau, ministre juif de ce gouvernement,
va en faire les frais. Malgré son jeune âge, von Salomon va
contribuer à faire l'Histoire et sera mêlé à l'assassinat,
le 24 juin 1922, de ce symbole de la république allemande de Weimar.
Il en payera le prix fort. Il relate, sans emphase et d'une façon
poignante, les cinq années de prison qui marqueront sa jeunesse.
Loin de soulever le pays comme espéré, l'acte suscita une
répression féroce du régime et les condamnations pleuvèrent.
Le putsch manqué du 9 novembre 1923 à Munich renforça
encore la répression. Le temps des moissons n'était pas encore
venu mais le blé avait été semé.
Ernst von Salomon sacrifia sa jeunesse à un idéal annonciateur
de temps nouveaux. Il fut un exemple et un précurseur.
Charles Marly
Les réprouvés, Ernst von Salomon, collection
Livre de Poche, n°2553