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  DEVENIR 16


Saint-Loup et l'Allemagne : esquisse d'un regard


"Je ne dis peut-être pas toute la vérité, car, toute la vérité sur l'Allemagne, cela dépasse mes connaissances et mes facultés, mais je ne dis rien que la vérité… Sous la foi du serment" (Saint-Loup, préface de "J'ai vu l'Allemagne")




Tous les férus d'identité, tous ceux qui se sont intéressés aux patries charnelles, à l'aventure humaine du XXème siècle, à la croisade des soldats européens perdus dans les steppes de Russie, connaissent, ou à tout le moins ont entendu parler, de Saint-Loup.
Ecrivain incontournable qu'il faut lire pour le plaisir et pour l'instruction. Nombreux sont ceux qui ont glosé sur l'écrivain et un grand nombre d'articles1 et d'ouvrages de qualité ont été écrits à son propos. Notre volonté n'est pas de rédiger une énième analyse mais bien de vous inviter à découvrir la vision de l'Allemagne que nous a léguée Saint-Loup.

Premiers contacts

C'est en 1929 que Marc Augier, dit Saint-Loup, rencontra pour la première fois l'Allemagne, à l'occasion d'une randonnée à moto (l'une de ses grandes passions). Il fut invité par des jeunes, soucieux de partager une fête, avec ce Français reconnu grâce à l'immatriculation de sa machine. Il en garda un amour profond, transformé d'abord en pacifisme ardent lors de l'avant-guerre, puis, après avoir choisi le camp de l'anticommunisme, en défenseur de l'Europe des ethnies sous le signe des runes de la victoire.
Saint-Loup fut de ces intellectuels qui mirent leur peau au bout de leurs idées et il partit, parmi les premiers, se battre au sein de la L.V.F. (Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme). Il traita longuement de cette aventure dans sa célèbre trilogie (Les Volontaires, Les Hérétiques, Les Nostalgiques2). L'aventure guerrière lui permit d'accéder, en raison de son statut d'écrivain déjà reconnu à l'époque, à une vision beaucoup plus européenne de l'Allemagne.

Hildesheim

L'expérience du front  fut pour lui une révélation en ce sens qu'il prit résolument position à l'encontre de toute vision pangermaniste du combat: "Nous ne voulons pas plus être germanisés que russifiés. Nous voulons rester nous-mêmes, avec notre héritage national".
Toutefois, dès 1943, il fut affecté à Hildesheim ("le monastère des hommes en noirs"), chargé comme officier des Waffen-SS, de diriger le journal de la division Charlemagne. Un journal au titre évocateur puisqu'il fut appelé… "Devenir". Nous ne renions ni ne revendiquons aucune filiation. Il s'agit de deux époques différentes, de deux vecteurs différents mais il est indéniable que, sans s'étendre sur l'aspect purement militaire de ce "journal de combat de la communauté européenne" (dénomination officielle de cette publication), nous respectons la démarche fédéraliste identitaire promulguée, dès 1944, dans les colonnes de notre homonyme.

La description d'Hildesheim fait certainement partie des "bijoux" qui parsèment l'œuvre de Saint-Loup. Il l'évoque abondamment dans Götterdämmerung3 ("Le crépuscule des Dieux") et ceci nous donne un véritable parfum de ce que nous espérons de l'Allemagne: rigueur, profondeur, calme, romantisme et beauté.
Morceau choisi: "Ces rues gothiques me rajeunissent de neuf siècles (…). Carrefours intimes, rues qui ouvrent leurs tranchées dans le XIIIème siècle, nous arrivons enfin après avoir traversé un dédale de "truies qui filent", de "chats qui pêchent" -oh la belle internationale des auberges sur la route de Compostelle!- de fontaines silencieuses et taries, de portes closes sur des bonheurs inconnus… Etonnante Allemagne où rien n'a changé malgré les Panzer et les Messerschmitt et qui a, par sa volonté de maintenir une continuité entre l'âge teutonique et l'âge hitlérien, établi sa SS-Politik Abteilung dans un ancien couvent!"

Hildesheim, ville d'art millénaire, fut rasée par un bombardement au phosphore. A quel titre les Américains détruisirent-ils cette fantastique cité médiévale? Au nom de quel obscur intérêt stratégique? Nous ne le saurons jamais … Quelques certitudes à tout le moins, si les maisons, joyaux d'art germanique, et le monastère de l'Ordre noir disparurent en fumée, l'esprit qui l'a animé va survivre à l'embrasement. Comme le rappelle Eric Simon-Marienne4: "Marc Augier va devenir Saint-Loup et portera de par le monde le message hérité d'Hildesheim. Les corps ont brûlé. La parole a été frappée d'interdit. Reste le domaine de l'esprit. Saint-Loup explorera toutes les voies, les lieux les plus reculés où souffle l'esprit d'éveil, comme autant d'orientations destinées aux nouvelles générations. Parce qu'il en sera ainsi tant que le sang continuera à couler dans nos veines et fera entendre sa voix, l'exigence de Goethe sera nôtre: "Nous appartenons à la race qui de l'obscurité s'efforce vers la lumière".

Rencontre avec la bête

"J'ai vu l'Allemagne"5 et "Götterdämmerung" ont des similitudes bien qu'ils s'agissent d'ouvrages différents. Le premier est un recueil de textes d'époque reflétant l'esprit qui souffla sur une certaine jeunesse européenne lors de ces années tourmentées alors que le second est un récit de souvenirs où Saint-Loup évoque ses souvenirs sur les derniers mois de la guerre.

Götterdämmerung est donc une véritable photographie de l'Allemagne (et accessoirement de l'Italie) lors de l'écroulement du Reich et, à ce titre, une source d'enseignements intéressante sur la nature humaine et ses avatars.
La bête, pour Saint-Loup, ce sont les barbares venus d'Orient et d'Afrique (après un détour de quelques siècles par l'Outre-atlantique) pour détruire une conception de l'homme possédant deux mille ans de titres de noblesse.

L'Allemagne, avec tous ses errements et ses maladresses, avait choisi de relever le gant et de parier sur le retour aux sources spirituelles et sensorielles de l'Homme. Pari perdu dans le feu et l'acier du crépuscule des Dieux mais ainsi que le disait Pascal: "Il faut parier… Si vous perdez vous ne perdez rien, car n'est-ce pas, perdre notre condition humaine présente ne vaut pas l'ombre d'un regret, si vous gagnez, vous gagnez tout."

Depuis Hildesheim, Saint-Loup, disparu lors du solstice d'Hiver de 1990, disait n'avoir rien oublié … nous non plus, et pour avoir la mémoire longue, il faut relire Saint-Loup. C'est un devoir pour tous!


Charles Marly

1 Le dernier en date, à notre connaissance, est celui de Jérôme Moreau "Le fédéralisme ethnique de Saint-Loup", édité par Synergies Européennes
2 Ces trois ouvrages sont disponibles en livre de poche
3 SAINT-LOUP, Götterdämmerung, Art et Histoire d'Europe, 1986
4 SIMON-MARIENNE (ERIC), Rencontres avec Saint-Loup, "Le monastère des hommes en noir", Les amis de Saint-Loup, Paris 1991
5 SAINT-LOUP, J'ai vu l'Allemagne, Le flambeau, Paris 1991