MUNICIPALES FRANCAISES 2001: CHRONIQUE GAULOISE
Un demi-million d'élus. Non, ce n'est pas ce qui pourrait rester d'une secte messianique après la fin des temps, mais tout simplement le verdict du scrutin des élections municipales qui ont eu lieu les 11 et 18 Mars derniers. De la simple bourgade de quelques dizaines d'âmes à Paris et ses deux millions d'habitants, ce sont les 36.551 communes qui ont renouvelé leur équipe dirigeante. L'occasion de voir côte à côte l'habituel cirque électoral, dans les grandes villes, et la campagne dans les campagnes, où potentats locaux et notables terriens tentent de garder à tout prix une fonction quasi-bénévole.
Pêcheurs à la ligne? Pas toujours…
Comme tous les six ans, donc, le peuple de France, rural ou urbain, bourgeois ou laborieux, met ses habits du Dimanche et s'en va voter. Il y va d'ailleurs de moins en moins, parfois parce que ce serait trop bête de rater Drucker ou Téléfoot pour si peu, mais aussi souvent parce qu'il reste sourd aux sirènes de la démocratie qui tentent de le persuader que son modeste bulletin de vote peut à lui seul changer la face du monde. On ne saurait d'ailleurs l'en blâmer, puisqu'on lui assure à grands coups de sondages que le résultat est à peu de choses près, déjà acquis. C'est là toute la magie du système: l'avis de quelques centaines de personnes, choisies selon des critères plus ou moins obscurs (ami lecteur, te souviens-tu t'être fait une seule fois interrogé dans la rue ou par téléphone, à propos d'un des nombreux "baromètres" politiques?) devient par miracle l'expression de la Nation: 40 % des Français pensent ceci, 35 % votent cela, etc... Le tour est joué, pourquoi se déplacer pour apporter son suffrage à un candidat battu d'avance? Et puis, imaginez la surprise en arrivant au bureau de vote, d'avoir à choisir parmi 5 à 10 bulletins, alors que le sondage ne vous laissait le choix qu'entre deux ou trois prétendants?
Néanmoins, les Municipales restent, après la Présidentielle, le scrutin préféré des Français, et c'est encore une moyenne de sept électeurs sur dix qui se sont rendus aux urnes cette fois-ci. C'est une manière d'amortir ses impôts, les municipales de 1995 ayant coûté 100 millions d'euros à l'Etat. Cet engouement tient sans doute au fait que les trois-quarts des communes, plus de 28.000, comportent moins de 1.000 habitants, et que le maire et son conseil municipal sont des gens que l'on croise tous les jours, à mille lieues de l'inaccessible politicien au sourire publicitaire qu'on ne rencontre que sur les affiches. Cela explique aussi la "prime au sortant", un bon nombre de réélections dès le premier tour quand la gestion a été jugée correcte, mais aussi que les parachutages sont presque systématiquement des échecs (bien entendu, ces sentiments se diluent au fur et à mesure qu'on prend des villes de plus grande taille). C'est sans doute cette proximité qui a permis au Front National de remporter une petite ville de 4.500 habitants en Saône et Loire, loin de tout problème périurbain, comme on dit pudiquement. La loi électorale sur les communes de moins de 3.500 habitants permet aussi quelques facéties qui concourent à la vivacité de notre ferment national: la querelle de clocher. Les listes de candidats peuvent ne pas être complètes, et les candidatures isolées y sont même admises (pour les communes jusqu'à 2.500 habitants), ce qui arrive assez fréquemment quand un citoyen a quelques griefs contre un maire. On peut aussi rayer des noms sur une liste (par exemple un voisin qui ne vous dit plus bonjour), en rajouter ou glisser deux bulletins (ou plus!) dans l'enveloppe, sous réserve que le total des noms non rayés soit égal ou inférieur au nombre d'éligibles! Les électeurs ne s'en privent d'ailleurs pas et, outre des comptes et recomptes de voix à faire pâlir de jalousie une élection américaine, on assiste souvent à des grincements de dents, certaines têtes de listes se retrouvant avec beaucoup moins de voix qu'un de leurs colistiers. Comble de raffinement, on peut aussi voter pour quelqu'un... qui n'est pas candidat: c'est la "mésaventure" arrivée à un journaliste de France 3, élu à Rocamadour (Lot) alors qu'il ne s'était pas présenté, et avait déclaré par avance que son emploi du temps ne lui permettait pas de le faire. La presse régionale fait bien sûr à chaque fois ses choux gras de toutes ces situations clochemerlesques, nous nous limiterons à citer le cas du frère du Premier Ministre, se présentant sur une liste alternative, concurrente de celle du parti socialiste. Ambiance!
Rat des villes, rat des champs, rats noirs
Mais si les joutes électorales de la France profonde et leur côté délicieusement rétro ont leurs charmes, la bataille électorale dans les villes de plus grande importance nous ramènent à une politique nettement plus classique. La propagande électorale, le terme est judicieusement choisi, consiste à vendre tout et n'importe quoi en échange d'un fauteuil. On pourrait regarder de biais ces V.R.P. de la tchatche et, paraphrasant Coluche, considérer qu'ils viennent nous vendre de la démocratie, mais qu'il n'ont pas le moindre échantillon sur eux ! La nouveauté du scrutin était la parité hommes-femmes. Quelques machos prétendaient qu'il n'y aurait plus seulement que des incompétents en politique, mais maintenant quelques incompétentes. Ce qui ne signifiait nullement la parité entre élu(e)s, car la loi prévoit que dans chaque liste, par tranche de six candidats, on devait trouver trois hommes et trois femmes; devinez où on a le plus souvent retrouvé nos douces compagnes? En dessous (sans aucune arrière-pensée)... Un autre intérêt de ce vote concernait la "grande honte" du scrutin précédent, les quatre "verrues" du sud-est, Marignane, Orange, Toulon, auxquelles s'était jointe Vitrolles deux ans plus tard. Ces villes qui avaient eu le toupet de porter au pouvoir un maire se réclamant du nationalisme et dont il avait été fait procès en sorcellerie, avec moult "observatoires de la démocratie", "comités de vigilance", et autres fariboles aussi vite retombées dans l'oubli qu'elles avaient été propulsées sur le devant de la scène, grâce à la versatilité des media bien pensants qui s'étaient vite rendu compte qu'ils n'auraient pas à relater l'installation d'une Kommandantur ou quelque pogrom mené "avé l'assent" (nos amis belges se souviendront sans doute d'un article de Télémoustique intitulé "voyage à Naziland", gravement insultant pour des dizaines de milliers d'électeurs; merci à tous de boycotter ce torchon). Il semble même que la gestion des maires (à l'époque) F.N. ait contenté une large partie des habitants, puisque Jacques BOMPARD a été réélu dès le premier tour avec 60% des suffrages, et que Catherine MéGRET et Daniel SIMONPIéRI, maintenant sous la bannière du M.N.R., sont repassés, respectivement à Vitrolles et Marignane. Seule ombre au tableau, le maire sortant de Toulon, Jean-Marie LE CHEVALLIER, balayé au premier tour avec moins de 8% des voix, paye sans doute à la fois une gestion chaotique, des dissensions internes et de nombreuses défections au conseil municipal, ainsi que le sillage de sulfureuses affaires... extra-politiques.
Les folles et les cocos
Cette élection fut aussi l'occasion de s'apercevoir que l'euphorie de la majorité gouvernementale n'était que figure de style d'un microcosme élitiste, pendant qu'une quarantaine de villes se déclaraient lassées d'une gestion de gauche, éjectant des cadors et non des moindres, comme Jack LANG à Blois, dont les habitants n'ont sans doute pas apprécié la gestion aussi dispendieuse que tape-à-l'oeil. Cette bascule est passée inaperçue du fait que Paris et Lyon en profitaient pour faire le chemin inverse, passant aux socialistes après plusieurs décennies de gestion de droite. Comme toujours, intrigues, atermoiements et couleuvres à avaler furent le lot des protagonistes, la droite lyonnaise préférant se saborder plutôt que de faire passer Charles MILLON, coupable à vie d'avoir été élu avec les voix du F.N. lors des régionales de 1998, et son homologue parisienne ayant descendu sans sommation le maire sortant, au profit d'un parachuté vosgien, avant de s'apercevoir qu'il était quand même bien implanté et incontournable pour le second tour. Pendant ce temps, Verts et Roses faisaient alliance dès le soir de la première manche, pour permettre à Bertrand DELANOË (dont Roselyne BACHELOT, députée RPR jamais en manque d'un bon mot, dit qu'elle ne le trouve "pas follement gai") de s'installer à la tête de la mairie de Paris. La ville-lumière est donc pour la première fois depuis un siècle à gauche, et les écolos, jamais à court d'une provocation démagogique, sont venus à la première réunion du conseil municipal... à vélo. Attendons que les médias remballent leurs outils pour sortir les voitures de fonction! Mais deux semaines après les élections, le torchon brûle déjà entre les nouveaux pacsés de la politique urbaine... Loin de cette pâle lune de miel, le parti communiste voyait s'envoler une grande partie de son déjà maigre butin, certaines villes "historiques" se donnant carrément à droite, la "ceinture rouge" autour de Paris devenant franchement squelettique. Grandeur et décadence du Parti qui, en un demi-siècle de paradoxes, sera passé de la défense de l'ouvrier français à celui de l'oisif allogène, et aura chaleureusement accueilli le civil tiers-mondiste après avoir repoussé violemment le militaire teuton. C'est la chute finale...
Y'a pas d'arrangement…
A Toulouse, la gauche comptait bien prendre la ville après 30 années de gestion BAUDIS, père puis fils; la droite parachutait alors Philippe DOUSTE-BLAZY, maire de Lourdes, pour conserver la mairie. L'attraction était constituée par la liste "Motivé(e)s", impulsée par un groupe-de-jeunes-des-quartiers, qui fait du bruit sur des disques, en proposant de "tomber la chemise". Liste présentée comme un mouvement de citoyens désireux de s'impliquer, de s'intégrer, ceci-cela et... ne faisant pas confiance à la gauche plurielle pour s'occuper des affaires municipales (c'est sans doute pourquoi ils feront alliance au lendemain du premier tour...). Eu égard à la notoriété du groupe la soutenant, cette liste, sorte de pêle-mêle ultra anar, extrême gauche, et ethniquement peu occitane, a pu bénéficier d'une publicité monstre des médias, ses têtes de liste faisant leur propagande à plusieurs reprises dans les journaux télévisés et dans certaines émissions phares. Créditée de plus de 12 % au 1er tour, ce qui permettait aux socialistes, si le report s'effectuait correctement, de gagner la mairie, la liste fut bassement courtisée, par les deux candidats restants. Hélas! Les électeurs du premier tour avaient-ils compris qu'une des bases du programme était reniée? Les votants de droite étaient ils plus... motivés? Ayant fort peu goûté aux charmes de la défaite, les apprentis démocrates nous refirent le coup de la bavure policière. Au moindre prétexte, on tape et on casse! Quelques dizaines de "jeunes", en "difficulté", venant des "quartiers sensibles" (tout le monde aura compris) semèrent la haine et la désolation place du Capitole; un partisan de la droite fut arraché de sa voiture, et Philippe DOUSTE-BLAZY lui même dut se réfugier au fond du café où il avait prévu de parler à la presse, avant de s'enfuir "comme un voleur", selon la choquante expression du présentateur du J.T. de France 2, légitimant la barbarie par rapport au Droit. Les forces de l'ordre reprirent le dessus fermement, même si on peut déplorer une manière plus molle que contre des pompiers lillois. Condamnés moralement par leurs encenseurs médiatiques de la veille, ses dirigeants n'ont même pas daignés exprimer le moindre regret sur ces débordements; au contraire, on était prié de comprendre que c'était une saine réaction d'honneur face au mépris bien entendu xénophobe des bourgeois gaulois qui auraient clamé dans l'entre-deux tours quelque chose comme "pas de mollahs au Capitole". Ceci préfigure en tout cas assez bien ce que Guillaume FAYE nous prédit, à savoir la constitution de listes ethniques et ses conséquences sur la société. Pour une première, c'est sans commentaires ! Y'a(ura) pas d'arrangement, non y'en a pas, y'en a pas...
Réflexions électorales nationales
Dans de nombreuses villes moyennes, aucune liste (devant obligatoirement être complète) n'ayant été présentée par le F.N. ou le M.N.R. car il est très difficile de mobiliser quelques dizaines de personnes (par exemple, 33 pour une ville de 10 à 20.000 habitants, ou 53 pour 80 à 100.000 habitants), ces mouvements n'enregistrent bien évidemment aucune voix, alors qu'il peuvent y représenter une frange non-négligeable de la population. Même si les chiffres électoraux concernant les mouvements nationalistes donnent donc une fausse idée de notre représentation sur tout le territoire, il faut tout de même reconnaître un léger tassement de l'électorat nationaliste. Une lassitude de plus en plus grande des gens vis-à-vis de la platitude et du conformisme de la politique, l'incompréhension ou l'écoeurement après la scission du F.N., ou certaines prises de position qui semblent peu identitaires sont peut-être à l'origine de cette érosion. Certaines personnes, dont le but semble être de susciter dix courants intégristes de pensée dans une réunion de cinq personnes, ont aussi cru intelligent de désigner comme ennemi principal le candidat à la flamme ou à la feuille de chêne, l'ami d'hier, soudain promu paria, jouant ainsi les porteurs de valises de la Gauche plurielle et de la Droite singulière, qui n'en demandaient pas tant... Il est à noter que si la Gauche, comme à son habitude, diabolise la Droite si elle augmente son score du premier tour en l'étiquetant "alliance avec les fachos", c'est surtout le candidat centriste-libéral qui s'est réjoui publiquement du tassement de l'électorat nationaliste, comme à Tourcoing, par exemple. On ne trouve pas ce genre de problème chez sa voisine Roubaix, où l'élu de 1995, sous une étiquette de droite, n'a pas critiqué l'élu de 2001, candidat socialiste, puisqu'il s'agit d'une seule et même personne!
Il s'agit maintenant à nos quelques 497.000 élus de se retrousser les manches et d'oeuvrer pour le bien de leur commune. Trois d'entre eux, pourtant, iront sans doute à leur premier conseil municipal comme des gamins contents d'avoir fait une farce. A Honfleur (Calvados), patrie d'Alphonse ALLAIS, l'auteur de On n'est pas des boeufs, qui culmina dans l'art de l'humour par l'absurde, l'unique tour du scrutin a permis à l'une des deux listes d'obtenir 17,5 % des voix, en ayant comme proposition dans son programme, entre autres, l'abaissement de la vitesse de la lumière dans le centre ville... Ne te décourage pas, jeune militant qui passe inlassablement tes nuits à coller des affiches et tes dimanches à convaincre le badaud sur les marchés: il est long, le chemin qui mène à la victoire....
Edmond Blacadeur
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