CARNET DE VACANCES: DEVENIR AU PAYS DE L'OR NOIR
Les fortunes de la vie ont poussés les pas de l'un de nos rédacteurs au pays de l'or noir. Plus précisément aux Emirats Arabes. De toute expérience, il faut en retirer la substantifique moelle, et donc, nous allons vous conter les édifiantes constatations qu'il y a lieu de faire après la visite de ces contrées éloignées.
No alcohol?
Avant le départ, nous savions que les Emirats (Dubai étant le lieu principal de résidence durant notre périple) étaient considérés comme un pays islamique "tolérant". Sachant que le pays était aussi l'un des bailleurs de fonds du régime des Taliban, je n'étais pas tout à fait convaincu.
Les premières impressions à l'aéroport devaient pourtant confirmer cette information; en effet, en dehors d'un luxe annonciateur de la toute-puissance financière des magnats pétroliers, la première chose qui capta mon attention fut un énorme pub appelé "Irish Village" débitant de la bonne vieille Guinness en provenance directe de la verte Erin. Ici, pour les touristes non-musulmans, la possibilité de boire de l'alcool existe. Bien entendu, elle est limitée aux hôtels et autres lieux publics strictement contrôlés. Mais faut pas se plaindre!
Deuxième impression: le nombre d'étrangers est impressionnant et ceci s'explique par le mode de fonctionnement très particulier du paradis de l'oisiveté autochtone.
Une démocratie très particulière...
Il est des moments où il est bon d'être dépaysé... dans le car climatisé (dehors la chaleur tourne autour des 45 degrés), notre guide explique très sérieusement que les Emirats constituent une démocratie. C'est un point de vue qui ne manquera pas de vous arracher un sourire quand vous apprendrez que cette fédération est constituée de sept principautés dont les principales sont celles d'Abu Dhabi et de Dubai. Chaque Sheikh dirigeant dispose du droit de vote pour élire, parmi eux, le Sheikh chargé de représenter les Emirats dans les différentes instances internationales (et principalement l'Organisation des Pays Producteurs de Pétrole). La Fédération existe depuis 1972 et c'est toujours Son Altesse Sheikh Zayed Bin Sultan Al Nahyan qui dirige le patelin. Et y a aucune raison que ça change...
Vive la préférence nationale!
Notons que les autochtones ne souffrent pas trop de cette absence de démocratie qui ne frustre même pas Louis Michel. Sachant qu'ils sont exonérés d'impôt, logés dans une maison (à côté de laquelle la villa d'Albert Frère fait figure de taudis du Borinage) payée par l'Etat et qu'ils reçoivent une voiture (et pas une Toyota Yaris...) à leur mariage, les revendications sociales et autres grèves spontanées sont rares.
De toute façon, malgré l'application tolérante de la charriah (loi islamique), il ne vaut mieux pas faire le c... A force de lever la main, on pourrait bien la perdre! Il va de soi que la criminalité est inexistante, la décapitation impliquant un taux de récidive faible.
Un Etat social et national...
Pour rester dans le social, soulignons encore que la rare minorité d'autochtones qui travaillent exerce un "dur labeur" dans les instances étatiques (travail de 10 à 14h...). Même les plus trotskistes de la LCR n'oseraient y penser... la semaine des 20h et l'absence d'impôts, c'est possible...je l'ai vu! Et ce n'est pas tout, les trusts étrangers font l'objet de mesures draconiennes. Chaque société désirant s'établir sur le territoire du pays pour profiter de l'argent qui coule à flot et bosser à la place des "natives" se voient imposer un autochtone comme actionnaire; celui-ci doit nécessairement posséder 51% des actions de la société et vivra aisément des dividendes. Ce qui explique aussi qu'il y a peu de couillons qui bossent 20h par semaine...
Sans actionnariat local, pas d'investissement étranger. Même Fidel n'y avait pas songé...
...qui fonctionne grâce à l'immigration!
Mais qui donc fait tourner l'industrie pétrolière, les commerces et les hôtels puisque personne ne travaille dans ce pays? Mais les immigrés pardi! En effet, à la seule condition d'être musulman, l'immigré bénéficie ici d'une place en or (noir). Et les noirs, parlons-en. Leur mimétisme avec la principale source de revenus du coin leur donne le droit de travailler, par des chaleurs avoisinant régulièrement les 50 degrés, sur les puits de pétrole. Ils sont dirigés par des contremaîtres indiens ou sri-lankais.
De même, l'ensemble du commerce et des emplois dans l'hôtellerie ou la domesticité sont aux mains des Pakistanais. Les taximens et autres chauffeurs sont souvent iraniens. Les nurses n'étant jamais Arabes, les enfants en perdent la notion de la langue maternelle et son usage se perd.
Inutile de dire que les enfants suivent des cours privés et sont, dès leur plus jeune âge, envoyés dans les meilleurs collèges anglais.
Tout ceci donne le chiffre d'une population composée à...85% d'étrangers. De quoi se plaint-on?
Et qu'y a t-il à voir?
En fait pas grand-chose... Les hôtels parmi les plus luxueux du monde (4700 dollars pour une nuit dans celui qui est considéré comme le plus cher du monde, pour les éventuels vainqueurs de la loterie qui fleurissent chez nos lecteurs), une multitude de buildings flambants neufs sortis de terre comme des champignons depuis une petite quarantaine d'années (au bout de trente ans, ils sont considérés comme trop vieux, on les abat et on en reconstruit un nouveau à la place...authentique), et le désert, chaud et sableux.
A titre d'anecdote, notez que le gratte-ciel hébergeant la banque nationale locale à Abu Dhabi est plaqué or 18 carats...
L'unique musée du pays retrace avec fierté l'explosion de richesses dues au pétrole qui a transformé un peuple de bédouins orgueilleux en multimilliardaires. Ceci dit, la richesse n'aveugle pas nécessairement puisque la reconversion est en cours. Dans l'Emirat de Dubai, le pétrole se tarira dans une quinzaine d'années...on parle d'une centaine d'années à Abu Dhabi...mais les investissements énormes permettent une vue à long terme et assurera encore aux habitants de nombreux jours heureux. Grand bien leur fasse.
Une impression amère
Lorsque l'on parcourt l'un des journaux locaux paraissant en anglais, "The Gulf Today", on y constate que les habitants sont parfaitement informés de l'actualité internationale (j'y ai même vu un article traitant de l'Alleanza Nationale de Fini) et donc, par définition, de la problématique israélo-palestinnienne. On ne peut manquer de ressentir une impression désagréable de voir un pays disposant d'énormes revenus financiers, complètement liés économiquement aux trusts anglo-américains, laisser ses frères (n'oublions pas aussi l'impact religieux, fondamental dans la dynamique de pensée locale) se faire asphyxier par le colonialisme juif.
Alors que certains se pavanent dans des limousines fabuleuses, d'autres, à quelques kilomètres de là, croupissent dans des bidonvilles de tôle ondulée sous l'oeil vigilant de Tsahal (armée israélienne). Il y a là une aberration fondamentale qui ne s'explique que trop facilement.
La fierté nationale ne passe pas par l'argent; rien ne sert à un pays de posséder des revenus fabuleux s'il agit comme un nain docile au niveau international. Encore une fois, nous pouvons ici constater que le vrai pouvoir n'est que trop rarement aux mains des nations et trop souvent géré par les trusts et lobbies qui gangrènent la société mondiale. Sinistre constat!
Julien Dragoulle
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