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  JEUNE RESISTANCE 21


ENTRETIEN AVEC GUILLAUME LUYT :

J'aspire à un grand coup de balai !

Chef du FNJ, Guillaume Luyt a alors un bel avenir de nunuche-potiche devant lui. Pour rester en accord avec ses convictions et son caractère, il démissionne de ses responsabilités au printemps 2000. Depuis cet ancien militant royaliste a entrepris d'oeuvrer pour la reconciliation des nationalistes. Une reconciliation à la base, malgré les appareils. Et contre s'il le faut ?

 

Pour expliquer ton départ de la direction du FNJ, on a parlé d'ambitions déçues. N'est-ce que cela ? Quelles sont les véritables raisons de ton départ ?

En prenant la direction du FNJ, je n’avais d’autre ambition que de doter le FN d’une structure jeune efficace, irrévérencieuse et soudée. C'est là ma seule ambition déçue. Il est facile pour ceux qui vivent du FN depuis des années de dénoncer l’ambition démesurée du voisin... C'est d’ailleurs là la véritable raison de ma démission : la condamnation pleine et entière de la dérive bourgeoise de la direction du FN. Avec le départ de ses "technos" dont je tiens, au passage, à dire qu’ils ont été incapables de se démarquer sensiblement des moeurs lepénistes, le Front aurait pu, aurait dû, retrouver son essence populaire et militante. Dès le
mois d’août 99, j’exprimais mon sentiment aux membres du Bureau politique par le biais d'un courrier circonstancié. Aucun n’a jugé utile de me répondre sur le fond Et pour cause !
Mais je pensais qu'il était possible de faire bouger les choses puisque cette aspiration à un retour aux sources militantes et contestataires du FN était largement partagée par la base. Jean-Marie Le Pen ayant lui-même
annoncé un « Congrès du Renouveau », j'attendais impatiemment l’arrivée de celui-ci. J’ai été servi !
Tout d’abord, le directeur de cabinet de Le Pen m’a indiqué qu'il n'était pas question de porter à la connaissance des délégués les propositions du
FNJ pour le renouveau ­ pourtant élaborées fin janvier 2000 en Conseil national avec l’accord de Le Pen ! Ensuite, le Congrès s’est déroulé dans un climat stalino-gaulliste de censure larvée et d'autosatisfaction triomphante insupportable pour tout militant nationaliste digne de ce nom. C’est-à-dire qui espère sincèrement prendre demain le pouvoir pour redresser le pays et
pas pantoufler à vie dans les couloirs du Paquebot. Enfin, ce qui m’a décidé, c’est l’inacceptable désignation d'un Beur au sein du Bureau politique. Depuis sa création, le FN aurait pu compter parmi ses dirigeants
un Harki, et cela n'aurait choqué personne. Mais voilà que Le Pen, avec l'accord unanime de son Comité Central ­ à mon exception près ­, choisit de désespé rer un peu plus sa base. Je ne pouvais le laisser passer.

 


Tu apparaissais comme un poulain de Maréchal dont tu avais défendu les thèses sur le multiculturalisme à l'Université d'été que le FN avait tenu à Orange. Comment as-tu pu changer autant et pour quelles raisons ?

Ce que j’ai soutenu à Orange, ce ne sont pas les thèses de Samuel ­ qui les a d’ailleurs démenties peu de temps après dans « Ouest-France » ­, mais l’opportunité d’ouvrir un débat interne afin de clarifier la position du FN sur l'immigration. C'était au moment de ma lettre aux membres du BP où j¹exprimais mon désir de voir la direction du Front se remettre en question.
Néanmoins, il est vrai que je n’avais pas encore, à l’époque, pris conscience de l’impératif ethnique.
Cette prise de conscience s’est faite au fil de mes tournées militantes en province. Hébergé, à chacun de mes déplacements, chez les militants, j'ai eu l’occasion de ressentir à quel point l’immigration n’était pas, pour eux, un sujet d’analyse, mais bien « un cauchemar quotidien ». Nationaliste de conviction, je n’avais pas eu besoin de l’immigration pour venir au Front.
J’ai passé mon bac en 1987, à la campagne et effectué ensuite mes études à Paris IV, c’est-à-dire bien loin des banlieues métissées. Bien sûr, j'étais opposé à l’immigration-invasion. Bien sûr, chaque action militante me donnait l’occasion de me confronter à l’arrogance de la jeunesse allogène, mais Beurs et Zoulous demeuraient pour moi des adversaires politiques de même nature que Reds et Anars. Sans plus. En étant au contact quotidien de la base du Front, j'ai vite compris que j’étais à côté de la plaque. Surtout lorsque, le travail payant, j'ai vu au début de l’année, de nombreux lycéens revenir vers le FNJ. Au contact de cette jeunesse réelle, de cette jeunesse française en voie d’extinction programmée, j’ai laissé tomber mes derniers scrupules chevènementistes. Non, l’immigration-invasion n’est pas soluble dans la France ! Oui, il faut stopper le mortel engrenage du métissage ethnique !

La lecture du livre-clé de Guillaume Faye sur la colonisation de l’Europe par l'Islam a achevé de me convaincre que le temps de discuter du sexe des
anges était passé et que l’heure de la Reconquista avait sonné.
Que ceux qui ont pu me jeter la pierre, en particulier dans ces colonnes, naguère, s'arrêtent un instant sur ceux qui, parmi leurs connaissances, sont réputés plus durs, plus purs que moi, mais qui acceptent aujourd'hui
l’ inacceptable.

 


Quelle est ta situation actuelle vis à vis du FN ? Militant ? Exclu ? En voie de l'être ?

En voie d’exclusion. Mais une exclusion discrète, comme on savait les pratiquer avant la scission. « Tout va très bien M. le Président. Ce qui ne m’empêchera pas de soutenir et de participer aux campagnes municipales de
certains camarades, en particulier sur le littoral méditerranéen où survit encore l'esprit du Front réel, malgré Saint-Cloud.  


As-tu gardé des réseaux au sein du FNJ où la totalité de celui-ci s'est-
il aligné sur la lepenolatrie de l'actuelle équipe dirigeante ?

N'ayant rien à proposer aux militants du FNJ au moment de mon départ, je les ai encouragés à rester afin de ne pas disperser ce que j’avais commencé à unir. Ce que la majorité d’entre-eux ont fait. Si les liens sont rompus
avec les nouveaux dirigeants dont l’amour-propre n’a pas supporté que je parte sans leur demander leur avis, je garde des contacts suivis avec tous les noyaux militants. Contacts que j’espère faire fructifier très
prochainement.

 


Quel avenir vois-tu pour les forces nationales ? un troisième homme ? un troisième parti ?

J’aspire à un grand coup de balai au lendemain des présidentielles. Afin de mettre au rencart aussi bien la génération Le Pen que la génération Mégret-Gollnisch. D'ailleurs, ce coup de balai peut se produire plus tôt,
les 500 signatures de parrainage risquant d’être difficiles à obtenir. Mais ce coup de balai doit se préparer. En remettant à l'honneur le compromis nationaliste et en rappelant que la logique électorale n'est qu'un
moyen de notre combat, certainement pas sa finalité. En bientôt 30 ans, le FN a été incapable d'investir les rouages du pays réel, y compris dans des secteurs pourtant aussi favorables que le petit commerce, le transport routier, la défense de la ruralité, celle des contribuables ou encore la représentation ouvrière. Pour tout nationaliste sincère, il est clair que la conquête du pouvoir ne peut plus se résumer aujourd'hui à la seule conquête des urnes.


Dans un entretien à Fier de l'être tu évoques l'idée que l'avenir de l'Europe pourrait venir de l'est. Mais qu'est-ce à dire ? Poutine ?
Un national-bolchevisme à la russe, des parodies à la Pamiat ou autre chose ?

 

En affirmant que pour nous, nationalistes d’Europe de l’Ouest, l’avenir se lève à l’Est, j’évoque deux réalités complémentaires. La première tient à la seule géopolitique. Historiquement, nous savons qu’il ne peut y avoir de paix et de prospérité durables en Europe sans le pôle d’équilibre que représente une Russie stable. La stabilité du pouvoir politique en Russie est en effet l’une des clés du rayonnement de l’Europe dans le Monde. C’est même, à l’heure actuelle, l’une des conditions indispensables à la survie de la civilisation européenne face à la décadence yankee et à l’expansionnisme musulman. À mes yeux, cette stabilité est aujourd’hui en bonne voie et Vladimir Poutine me semble tout à fait en mesure d’ê tre le chef capable de la garantir.

La seconde réalité tient aux qualités propres au génie des peuples slaves. Aux côtés du Germain et du Latin, le Slave forme le troisième pied principal du socle sur lequel repose l’Homme Européen. Sans le Slave (comme sans l’un des deux autres d’ailleurs), l’Européen est incapable de tenir son rang. L’isolement des Slaves consécutifs à la Révolution bolchévique et à la Première Guerre mondiale coïncide d’ailleurs au déclin de l’Europe. Aujourd’hui, les vertus du génie slave, exaltées par plusieurs décennies de résistance héroïque, sont essentielles à la renaissance de l’Homme Européen. D’autant plus que les qualités du Latin et du Germain sont aujourd’hui passablement émoussées. Pour sortir du complexe dans lequel il a été enfermé depuis la Seconde Guerre mondiale et la Décolonisation, l’Homme Européen doit puiser dans le formidable réservoir d’énergie, d’enthousiasme et de Foi que représente l’ Europe slave.

 


Toujours au sujet des pays de l'est, et de l'Ukraine plus particulièrement, peut-on encourager les nationalismes centripède sans faire le jeu des yankees ?

L’Ukraine est une nation européenne à part entière. J’ai eu l’occasion, à la tête du FNJ, de tisser les premiers liens suivis entre jeunes nationalistes français et ukrainiens. C’est un pays clé pour l’Europe dans la mesure où il est notre charnière orientale, verrou de la Mer Noire face aux républiques caucasiennes et à la Turquie musulmane. C’est la patrie des Cosaques dont les vertus guerriè res nous feraient du bien.

Mais pour répondre à la question, il est vrai que le morcellement de l’Europe en micro-états ne peut que profiter aux actuels maîtres du monde. D’ailleurs, je ne suis pas, en ce qui me concerne, partisan du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe éminemment révolutionnaire et maç onnique.

 

 

L'Europe pour toi, c'est oui ou non ? C'est celle des régions ou celle
des Etats ?

À la lumière de mes précédentes réponses, il est évident que l’Europe est pour moi une réalité incontestable. C’est même une dimension indispensable de notre combat présent. Mais ce n’est pas celle de Jean Monnet ni celle de Napoléon. Pour moi, l’Europe ne peut se comprendre sans accepter le rôle fondamental qu’y a joué le ciment de la Chrétienté. Ce serait donc plutôt celle de Charlemagne. Ou de Degrelle… Mais je reste nationaliste français avant d’être nationaliste européen. Le romantisme n’ est pas mon fort.

 


Tes prises de position germanophobes avaient choquées beaucoup d'entre nous plutôt adepte de la phrase de Brasillach "Nous avons tous couché avec la grande Allemagne et le souvenir en est resté très doux" ... cette germanophobie est-elle toujours une composante de ta pensée et si oui par quoi la justifies- tu ?

Quand je dis que l’Europe c’est pour moi Charlemagne, je pourrais rajouter Barberousse et Charles Quint. Le Saint Empire Romain Germanique n’est pas pour me déplaire. Si je me dis « germanophobe », c’est plus par agacement vis-à-vis de ceux de nos camarades qui sont plus germanophiles que francophiles et qui, à mes yeux, usurpent, la noble étiquette de nationalistes français. Il existe, dans l’Histoire de France, suffisamment de figures glorieuses et héroïques – et même victorieuses ! – , pour ne pas aller les chercher ailleurs.  


Des militants nationalistes ont décidé, voici quelques années, de
diffuser leur idéal à travers le vecteur musical. Que penses-tu du phénomène
RIF ?

Comme beaucoup, je considère le RIF comme la seule avancée notable du combat nationaliste de ces dix dernières années. Malheureusement, ceux qui pensaient y voir un phénomène de l’ampleur du rock alternatif du milieu des années 80 ont oublié que la mouvance alternative avait pu s’appuyer à l’époque sur des intermédiaires culturels acquis à leur cause. Les musiciens de RIF ne disposent ni des MJC, ni des radios FM, ni des journalistes spécialisés qui ont permis à l’underground musical libertaire de conquérir le grand public. Le RIF ne peut s’appuyer que sur l’enthousiasme militant de ses fans, ce qu’a très bien compris l’é quipe de Bleu-Blanc-Rock.

Je tiens à profiter de cet entretien pour saluer tout particulièrement le travail des animateurs de Bleu-Blanc-Rock et des musiciens qui y participent. C’est en effet le seul exemple actuel de compromis nationaliste enthousiaste. À notre époque de divisions en chaîne, c’est une bouffée d’espérance. Et un exemple à suivre.  


Enfin pour conclure es-tu  toujours maurrassien ?


Dans la mesure où l’empirisme organisateur guide mes pas, où je m’efforce de penser clair et où je me tiens prêt à aider le général Monk afin de rendre le coup de force possible, la réponse est bien évidemment oui. Parce que Maurras, c’est pour moi beaucoup plus une méthode de combat qu’une pensée figée et intangible. « Nietzsche, Sorel, Drieu la Rochelle »scandaient il n’y a pas si longtemps les tercéristes, je répondrai, en écho : « Maurras, Degrelle, José Antonio ». La France de Maurras, l’Europe de Degrelle et l’organisation sociale de José Antonio. Un beau programme, non ?