ENTRETIEN
AVEC GUILLAUME LUYT
:
J'aspire
à un grand coup de balai !
Chef
du FNJ, Guillaume Luyt a alors un bel avenir de
nunuche-potiche devant lui. Pour rester en accord avec ses
convictions et son caractère, il démissionne de ses
responsabilités au printemps 2000. Depuis cet ancien militant
royaliste a entrepris d'oeuvrer pour la reconciliation des
nationalistes. Une reconciliation à la base, malgré
les appareils. Et contre s'il le faut ?
Pour
expliquer ton départ de la direction du FNJ, on a parlé
d'ambitions déçues. N'est-ce que cela ? Quelles sont les véritables
raisons de ton départ ?
En
prenant la direction du FNJ, je n’avais d’autre ambition
que de doter le FN d’une structure jeune efficace, irrévérencieuse
et soudée. C'est là ma seule ambition déçue. Il est facile
pour ceux qui vivent du FN depuis des années de dénoncer
l’ambition démesurée du voisin... C'est d’ailleurs là
la véritable raison de ma démission : la condamnation pleine
et entière de la dérive bourgeoise de la direction du FN.
Avec le départ de ses "technos" dont je tiens, au
passage, à dire qu’ils ont été incapables de se démarquer
sensiblement des moeurs lepénistes, le Front aurait pu,
aurait dû, retrouver son essence populaire et militante. Dès
le
mois d’août 99, j’exprimais mon sentiment aux membres du
Bureau politique par le biais d'un courrier circonstancié.
Aucun n’a jugé utile de me répondre sur le fond Et pour
cause !
Mais je pensais qu'il était possible de faire bouger les
choses puisque cette aspiration à un retour aux sources
militantes et contestataires du FN était largement partagée
par la base. Jean-Marie Le Pen ayant lui-même
annoncé un « Congrès du Renouveau », j'attendais
impatiemment l’arrivée de celui-ci. J’ai été servi !
Tout d’abord, le directeur de cabinet de Le Pen m’a indiqué
qu'il n'était pas question de porter à la connaissance des délégués
les propositions du
FNJ pour le renouveau pourtant élaborées fin janvier 2000
en Conseil national avec l’accord de Le Pen ! Ensuite, le
Congrès s’est déroulé dans un climat stalino-gaulliste de
censure larvée et d'autosatisfaction triomphante
insupportable pour tout militant nationaliste digne de ce nom.
C’est-à-dire qui espère sincèrement prendre demain le
pouvoir pour redresser le pays et
pas pantoufler à vie dans les couloirs du Paquebot. Enfin, ce
qui m’a décidé, c’est l’inacceptable désignation d'un
Beur au sein du Bureau politique. Depuis sa création, le FN
aurait pu compter parmi ses dirigeants
un Harki, et cela n'aurait choqué personne. Mais voilà que
Le Pen, avec l'accord unanime de son Comité Central à mon
exception près , choisit de désespé
rer un peu plus sa base. Je ne pouvais le laisser passer.
Tu apparaissais comme un poulain de Maréchal dont tu avais
défendu les thèses sur le multiculturalisme à l'Université
d'été que le FN avait tenu à Orange. Comment as-tu pu
changer autant et pour quelles raisons ?
Ce
que j’ai soutenu à Orange, ce ne sont pas les thèses de
Samuel qui les a d’ailleurs démenties peu de temps après
dans « Ouest-France » , mais l’opportunité d’ouvrir
un débat interne afin de clarifier la position du FN sur
l'immigration. C'était au moment de ma lettre aux membres du
BP où j¹exprimais mon désir de voir la direction du Front
se remettre en question.
Néanmoins, il est vrai que je n’avais pas encore, à l’époque,
pris conscience de l’impératif ethnique.
Cette prise de conscience s’est faite au fil de mes tournées
militantes en province. Hébergé, à chacun de mes déplacements,
chez les militants, j'ai eu l’occasion de ressentir à quel
point l’immigration n’était pas, pour eux, un sujet
d’analyse, mais bien « un cauchemar quotidien ».
Nationaliste de conviction, je n’avais pas eu besoin de
l’immigration pour venir au Front.
J’ai passé mon bac en 1987, à la campagne et effectué
ensuite mes études à Paris IV, c’est-à-dire bien loin des
banlieues métissées. Bien sûr, j'étais opposé à
l’immigration-invasion. Bien sûr, chaque action militante
me donnait l’occasion de me confronter à l’arrogance de
la jeunesse allogène, mais Beurs et Zoulous demeuraient pour
moi des adversaires politiques de même nature que Reds et
Anars. Sans plus. En étant au contact quotidien de la base du
Front, j'ai vite compris que j’étais à côté de la
plaque. Surtout lorsque, le travail payant, j'ai vu au début
de l’année, de nombreux lycéens revenir vers le FNJ. Au
contact de cette jeunesse réelle, de cette jeunesse française
en voie d’extinction programmée, j’ai laissé tomber mes
derniers scrupules chevènementistes. Non,
l’immigration-invasion n’est pas soluble dans la France !
Oui, il faut stopper le mortel engrenage du métissage
ethnique !
La
lecture du livre-clé de Guillaume Faye sur la colonisation de
l’Europe par l'Islam a achevé de me convaincre que le temps
de discuter du sexe des
anges était passé et que l’heure de la Reconquista avait
sonné.
Que ceux qui ont pu me jeter la pierre, en particulier dans
ces colonnes, naguère, s'arrêtent un instant sur ceux qui,
parmi leurs connaissances, sont réputés plus durs, plus purs
que moi, mais qui acceptent aujourd'hui
l’
inacceptable.
Quelle est ta situation actuelle vis à vis du FN ?
Militant ? Exclu ? En voie de l'être ?
En
voie d’exclusion. Mais une exclusion discrète, comme on
savait les pratiquer avant la scission. « Tout va très bien
M. le Président. Ce qui ne m’empêchera pas de soutenir et
de participer aux campagnes municipales de
certains camarades, en particulier sur le littoral méditerranéen
où survit encore l'esprit du Front réel, malgré
Saint-Cloud.
As-tu gardé des réseaux au sein du FNJ où la totalité
de celui-ci s'est- il aligné sur
la lepenolatrie de l'actuelle équipe dirigeante ?
N'ayant rien à proposer aux
militants du FNJ au moment de mon départ, je les ai encouragés
à rester afin de ne pas disperser ce que j’avais commencé
à unir. Ce que la majorité d’entre-eux ont fait. Si les
liens sont rompus
avec les nouveaux dirigeants dont l’amour-propre n’a pas
supporté que je parte sans leur demander leur avis, je garde
des contacts suivis avec tous les noyaux militants. Contacts
que j’espère faire fructifier très
prochainement.
Quel avenir vois-tu pour les forces nationales ? un troisième
homme ? un troisième parti ?
J’aspire
à un grand coup de balai au lendemain des présidentielles.
Afin de mettre au rencart aussi bien la génération Le Pen
que la génération Mégret-Gollnisch. D'ailleurs, ce coup de
balai peut se produire plus tôt,
les 500 signatures de parrainage risquant d’être difficiles
à obtenir. Mais ce coup de balai doit se préparer. En
remettant à l'honneur le compromis nationaliste et en
rappelant que la logique électorale n'est qu'un
moyen de notre combat, certainement pas sa finalité. En bientôt
30 ans, le FN a été incapable d'investir les rouages du pays
réel, y compris dans des secteurs pourtant aussi favorables
que le petit commerce, le transport routier, la défense de la
ruralité, celle des contribuables ou encore la représentation
ouvrière. Pour tout nationaliste sincère, il est clair que
la conquête du pouvoir ne peut plus se résumer aujourd'hui
à la seule conquête des urnes.
Dans un entretien à Fier de l'être tu évoques
l'idée que l'avenir de l'Europe pourrait venir de l'est. Mais
qu'est-ce à dire ? Poutine ?
Un national-bolchevisme à la russe, des parodies à la Pamiat
ou autre chose ?
En
affirmant que pour nous, nationalistes d’Europe de
l’Ouest, l’avenir se lève à l’Est, j’évoque deux réalités
complémentaires. La première tient à la seule géopolitique.
Historiquement, nous savons qu’il ne peut y avoir de paix et
de prospérité durables en Europe sans le pôle d’équilibre
que représente une Russie stable. La stabilité du pouvoir
politique en Russie est en effet l’une des clés du
rayonnement de l’Europe dans le Monde. C’est même, à
l’heure actuelle, l’une des conditions indispensables à
la survie de la civilisation européenne face à la décadence
yankee et à l’expansionnisme musulman. À mes yeux, cette
stabilité est aujourd’hui en bonne voie et Vladimir Poutine
me semble tout à fait en mesure d’ê
tre le chef capable de la garantir.
La
seconde réalité tient aux qualités propres au génie des
peuples slaves. Aux côtés du Germain et du Latin, le Slave
forme le troisième pied principal du socle sur lequel repose
l’Homme Européen. Sans le Slave (comme sans l’un des deux
autres d’ailleurs), l’Européen est incapable de tenir son
rang. L’isolement des Slaves consécutifs à la Révolution
bolchévique et à la Première Guerre mondiale coïncide
d’ailleurs au déclin de l’Europe. Aujourd’hui, les
vertus du génie slave, exaltées par plusieurs décennies de
résistance héroïque, sont essentielles à la renaissance de
l’Homme Européen. D’autant plus que les qualités du
Latin et du Germain sont aujourd’hui passablement émoussées.
Pour sortir du complexe dans lequel il a été enfermé depuis
la Seconde Guerre mondiale et la Décolonisation, l’Homme
Européen doit puiser dans le formidable réservoir d’énergie,
d’enthousiasme et de Foi que représente l’
Europe slave.
Toujours au sujet des pays de l'est, et de l'Ukraine plus
particulièrement, peut-on encourager les nationalismes
centripède sans faire le jeu des yankees ?
L’Ukraine
est une nation européenne à part entière. J’ai eu
l’occasion, à la tête du FNJ, de tisser les premiers liens
suivis entre jeunes nationalistes français et ukrainiens.
C’est un pays clé pour l’Europe dans la mesure où il est
notre charnière orientale, verrou de la Mer Noire face aux républiques
caucasiennes et à la Turquie musulmane. C’est la patrie des
Cosaques dont les vertus guerriè
res nous feraient du bien.
Mais
pour répondre à la question, il est vrai que le morcellement
de l’Europe en micro-états ne peut que profiter aux actuels
maîtres du monde. D’ailleurs, je ne suis pas, en ce qui me
concerne, partisan du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes,
principe éminemment révolutionnaire et maç
onnique.
L'Europe
pour toi, c'est oui ou non ? C'est celle des régions ou celle
des Etats ?
À
la lumière de mes précédentes réponses, il est évident
que l’Europe est pour moi une réalité incontestable.
C’est même une dimension indispensable de notre combat présent.
Mais ce n’est pas celle de Jean Monnet ni celle de Napoléon.
Pour moi, l’Europe ne peut se comprendre sans accepter le rôle
fondamental qu’y a joué le ciment de la Chrétienté. Ce
serait donc plutôt celle de Charlemagne. Ou de Degrelle…
Mais je reste nationaliste français avant d’être
nationaliste européen. Le romantisme n’
est pas mon fort.
Tes prises de position germanophobes avaient choquées
beaucoup d'entre nous plutôt adepte de la phrase de
Brasillach "Nous avons tous couché avec la grande
Allemagne et le souvenir en est resté très doux" ...
cette germanophobie est-elle toujours une composante de ta
pensée et si oui par quoi la justifies- tu ?
Quand
je dis que l’Europe c’est pour moi Charlemagne, je
pourrais rajouter Barberousse et Charles Quint. Le Saint
Empire Romain Germanique n’est pas pour me déplaire. Si je
me dis « germanophobe », c’est plus par
agacement vis-à-vis de ceux de nos camarades qui sont plus
germanophiles que francophiles et qui, à mes yeux, usurpent,
la noble étiquette de nationalistes français. Il existe,
dans l’Histoire de France, suffisamment de figures
glorieuses et héroïques – et même victorieuses ! –
, pour ne pas aller les chercher ailleurs.
Des militants nationalistes ont décidé, voici quelques
années, de
diffuser leur idéal à travers le vecteur musical. Que
penses-tu du phénomène
RIF ?
Comme
beaucoup, je considère le RIF comme la seule avancée notable
du combat nationaliste de ces dix dernières années.
Malheureusement, ceux qui pensaient y voir un phénomène de
l’ampleur du rock alternatif du milieu des années 80 ont
oublié que la mouvance alternative avait pu s’appuyer à
l’époque sur des intermédiaires culturels acquis à leur
cause. Les musiciens de RIF ne disposent ni des MJC, ni des
radios FM, ni des journalistes spécialisés qui ont permis à
l’underground musical libertaire de conquérir le grand
public. Le RIF ne peut s’appuyer que sur l’enthousiasme
militant de ses fans, ce qu’a très bien compris l’é
quipe de Bleu-Blanc-Rock.
Je
tiens à profiter de cet entretien pour saluer tout particulièrement
le travail des animateurs de Bleu-Blanc-Rock et des musiciens
qui y participent. C’est en effet le seul exemple actuel de
compromis nationaliste enthousiaste. À notre époque de
divisions en chaîne, c’est une bouffée d’espérance. Et
un exemple à
suivre.
Enfin pour conclure es-tu
toujours maurrassien ?
Dans la mesure où l’empirisme organisateur guide mes pas, où
je m’efforce de penser clair et où je me tiens prêt à
aider le général Monk afin de rendre le coup de force
possible, la réponse est bien évidemment oui. Parce que
Maurras, c’est pour moi beaucoup plus une méthode de combat
qu’une pensée figée et intangible. « Nietzsche,
Sorel, Drieu la Rochelle »scandaient il n’y a pas si
longtemps les tercéristes, je répondrai, en écho : « Maurras,
Degrelle, José Antonio ». La France de Maurras,
l’Europe de Degrelle et l’organisation sociale de José
Antonio. Un beau programme, non ?
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