RESISTANCE
ROCK
:
EDITO
"
Un grand millésime "
A
l'heure où l'année s'achè
ve, le moment est venu de faire le bilan. Et quel bilan !
L'an
2000 aura été, soyons en sûrs, un grand millésime pour le
rock identitaire. Jamais nous n'avons vu autant de productions
en une seule anné
e.
Dès
le mois de janvier, le groupe In Memoriam sort son premier
véritable album, intitulé "Paris-Belgrade", en
souvenir de son voyage en Serbie. La bonne surprise du
printemps nous vient ensuite de Fraction et de Vae Victis,
deux groupes qui peuvent paraître bien différents mais dont
le parcours est finalement similaire. Chacun dans leur style,
avec une identité qui leur est propre, Fraction et Vae Victis
nous offrent, avec "Le son d'histoire" et "Hors
la loi", deux véritables bijoux à la hauteur de leur
réputation. C'est rebelle, sans concession et ré
solument NR.
La
rentrée sera marquée du signe de la musique électronique
avec la sortie de Dévotio et de Euromatrice type 1.7. Aïon
et Kaiserbund posent les bases d'une longue mutation qui les a
amené vers de nouveaux horizons musicaux. Un sans faute. Le
RIF est entré
dans une nouvelle dimension...
Quant
à Ile de France, le fait de n'avoir rien sorti cette année
ne les a pas empêché d'être particulièrement actifs et
audacieux. Première partie de Lio en Normandie (et oui !),
concert mémorable au Gibus, exclusion du tremplin rock
Emergenza alors qu'ils s'étaient bien classés, concerts
sauvages comme celui des quais de Seine et de la fête de la
musique, et surtout, grande première, la sortie de "
Panique médiatique "
, avec ZETAZEROALFA, fer de lance des groupes de rock
identitaires du moment.
Saluons
enfin la sortie du petit dernier, le premier album
d'INSURECTION, un jeune groupe de Châteauroux. C'est bien
chiadé, grungy et trashy à souhait, bref prometteur. La
nouvelle géné
ration arrive...
Voilà,
on ne vous en dit pas plus. Restez à l'affû
t. 2001 sera encore d'un meilleur cru.
Brieuc de Kergonan
RED
CARDEL : " rock'n roll comédie "
Déjà
la quatrième galette de ce trio breton à la formule
originale. Guitare acoustique et chant, accordéon et
batterie. Ce n'est pas de la musique celtique, encore qu'ils
ne renient guère leurs influences géographiques et
culturelles, pas vraiment de la chanson non plus, certainement
du rock, pas au sens macho à grosses couilles. Il y a
actuellement en France une vague de groupes néo-réalistes
qui connaît un fort succès, Red Cardell n'a pas pris en
marche un train qui est parti après lui et le sien prend des
voyageurs. Voilà un groupe qui nous touche par ce qu'il dit
et sa faç
on de le dire.
CORNU
: " A3 "
De
nombreux concerts et un magnifique premier album avaient
largement prouvé que la formule basse-batterie-violon de
Cornu, aussi atypique et simpliste soit-elle, n'empêchait
nullement le trio de donner dans le registre de la pop
ébouriffée et étincelante. Sur ce nouvel album, le son de
Cornu s'est durci, la rythmique retrouvant un peu de sa force
et de son intensité live, mais le groupe demeure toujours
aussi attachant et émouvant, notamment grâce à l'osmose
parfaite entre les textes mélancoliques (parfois dramatiques)
de Julie et la musique forte et envoûtante du groupe. On
pleure, on rit, on réfléchit, on se souvient, on vibre, on
veut oublier ... " A3 " c'est tout ce qui fait de
nous des ê
tres humains. Et c'est beau.
FRACTION
: " le son d'histoire "
Fraction
entre dans l'histoire et marque le monde du RIF au fer rouge.
Dès les premières mesures d' " émeutes "
, le morceau ouvrant l'album, on sait qu'on va se prendre
quelque chose de gros dans la figure. Et la suite tient ses
promesses.
Mais
" le son d'histoire " ne se résume pas à une
simple histoire de gros muscles, bien au contraire. Les textes
sont impeccables, la musique irréprochable et la tonalité
d'ensemble du groupe énorme. Tant de grâce dans la violence
laisse pantois. Nos 5 amis niçois savent manier les très
grosses guitares avec finesse et ont su se donner les moyens
d'avoir le son qu'il faut là où il faut, c'est à dire en
pleine face. De bout en bout, Fraction nous laboure les
neurones sans relâche avec une efficacité redoutable, les
petite trêves mélodiques augmentant encore la puissance de
la voix par ailleurs grondante et hurlante. Si le métal de
l'an 2000 c'est çà, on est pour à 100%.
AION : La bonne surprise
Leur
album "DEVOTIO", tant de fois annoncé et tant
attendu, est enfin sorti. Une voix à la "Laibach"
des rythmes à la "New Order", des guitares à la
"Morissey", des arrangements à la "In the
Nursery", l'ensemble saupoudré d'un zeste de Death in
June et le tout dans un seul et même album, il fallait
oser... Ils l'ont fait, et très bien fait. Arrangements
millimétrés, mélodies de guitare très British pop et une
voix d'outre tombe mais poétique qui ne sombre jamais dans le
ridicule, nous voila replongés dans l'univers
électro-gothique des années 80. Au passage, il nous font
redécouvrir des vieux sons de synthés oubliés que l'on a
plaisir à réécouter. Que dire de plus si ce n'est que ce
groupe est résolument européen avec ses textes en italien,
en français, en allemand et en anglais. Nous retiendrons les
morceaux "Will", "Sous l'orage" et
"Sopra di noi" qui nous ont particulièrement plu.
Intéressant aussi, les paroles de "Devotio" extrait
d'une prière que le Chef des Légions Romaines adressait aux
Dieux lorsque la bataille semblait perdue. En chargeant seul
l'ennemi, le Centurion sacrifiait alors sa vie pour obtenir du
ciel la victoire. On aimerait que le géné
ral Morillon en fasse autant.
KAISERBUND
: Bienvenue dans le troisième millé
naire
Nos
deux joyeux compères de Kaiserbund nous ont fait un très
beau cadeau. Leur musique est résolument avant-gardiste. Elle
rivalise en créativité et en qualité avec les meilleurs
groupe de la scène techno du moment. Leur prestation
décevante sur la compilation "Sur le Terre du RIF"
est largement oubliée. Cette fois, ils ont mis le paquet. Les
arrangements sont riches et variés, les sonorités
recherchées, les basses entraînantes, les rythmiques
hypnotiques... Kaiserbund a mis la barre très haut. De la
Transe à la Big Beat, en passant par la Drum and Bass et la
House, de Ramstein à Jeff Miles, en faisant un petit détour
du côté
de Front 242, c'est tout le monde de la techno que nous
survolons.
Les
samples sont tour à tour ironiques, provocants et sérieux,
les rifs de guitares (et oui !) percutants, les nappes de
synthés féeriques, le tout agrémenté d'échantillons
sonores indéfinissables qui viennent vous agresser les
oreilles pour votre plus grand plaisir. Le morceau
"Réseau Echelon" nous a particulièrement séduit.
D'excellents samples vocaux mettent à nu le réseau mondial
de surveillance américain, sur fond de guitares saturées
percutantes, et de boucles de synthé incisives. Un vrai
régal, d'autant plus que les 13 autres titres sont de la
même trempe. Tout au long de ce CD, on oscille
alternativement entre une atmosphère angoissante et une
ambiance festive, avec l'impression
de vivre la fin du monde dans une discothèque à
Ibiza.
THE
CORRS : « IN BLUE » ou les O.G.M. (origines
génialement maquillé
es ) de l'Irlande contemporaine
Que
peut-on attendre, quand on est féru de musique celtique, d'un
groupe qui, ayant emballé l'Europe occidentale, se fixe comme
but primordial de conquérir l'Amérique ? A vrai dire pas
grand chose : avec Mr Shania Twain qui passe par là, la
touche trad'-acoustique passant nettement au second plan quoi
qu'en disent les intéressés alors que la voix principale a
dû perdre (à dessein) en pureté, c'est l'atmosphère
typiquement irlandaise qui fout le camp. Le tableau n'est
complet qu'en signalant un livret qui lorgne plutôt vers les
catalogues de mode. Quel dommage de compromettre ses origines
et de gâcher les si belles promesses entrevues il y a cinq
ans.
Mais qu'importe, on se consolera en réecoutant leur magistral
premier album ainsi que le live sorti l'an dernier pour les
fêtes de Noël.
Cédés
en bref …
.
MANO
SOLO chante à
cru
De
la chanson française, celui-ci reste l’un des artistes les
plus maudits et les plus viscéraux. Sa tendresse est
violente, sa sincérité d’une fulgurante crudité. Pas le
genre de type calibré pour les émissions de variétés. La
force de Mano Solo a toujours été le combat pour exister. Il
affiche aujourd’hui sa trajectoire de junkie, de casseur, de
zonard puis de chanteur comme un cheminement assumé, un
accouchement dans la douleur, comme une route ouverte au
coupe-coupe dans un monde de chair et de sang. Avec la rage
d’avancer. Sur le fond, il n’a pas changé. Sur la forme,
l’heure semble à un certain apaisement. Fini les anathèmes
un peu trop faciles et de nos jours trop conformistes pour le
pas déplaire au politiquement correct. Mano l’incandescent
commence à penser par lui-même. Il nous capte pour ne plus
nous lâcher… Un disque à dé
couvrir sans tarder.
Les
TETES RAIDES rebroussent le poil
Quelques
mois seulement après la sortie de leur compilation, le groupe
enchaîne dans la foulée avec une nouvelle galette nommée « gratte
poil ». L’album marque les esprits par une
étonnante instrumentation. Rythmiques plus dansantes, humeur
joyeuse, les Têtes Raides adoptent ici un climat beaucoup
plus gai… Ce nouvel opus se place aussi sous le signe des
duos, parmi lesquels l’iditenté où les bordelais de
Noir Désir apportent une touche résolument rock. Les Têtes
Raides en version basse, batterie, guitare avec la voix de
Bertrand Cantat çà vaut le détour… Yann Tiersen prend
ensuite le violon sur le cabaret des nues. L’esprit
est à la fête et les Têtes Raides partagent sans compter.
Tantôt sarcastiques, tantôt émouvants, ils n’ont pas
changé sur ce point et c’
est tant mieux.
MERZHIN :
l’é
preuve du feu
Après
un premier maxi, « première lune »,
autoproduit à 40000 exemplaires, après avoir écumé les
planches bretonnes, MERZHIN part aujourd’hui à la conquête
du reste de la France par le biais d’un nouvel album
intitulé « pleine lune ». MERZHIN nous
crache dessus et ne nous aime pas ? On s’en fout, nous
on les aime bien. On ne regrette pas de leur avoir ouvert nos
colonnes et d’avoir contribué, de manière certes modeste,
à les faire découvrir. Alors que les gars de Landernau
s’attaquent à des terres inconnues (ou presque), une
question reste en suspens : l’enchantement est-il prêt
à faire son effet ?
Entrevue Trouble Makers
"Le
Quebec doit s'affirmer culturellement, socialement,
spirituellement !"
Pouvez-vous
nous expliquer ce qui vous a conduit à
former un groupe comme TROUBLE MAKERS?
Nous
avons formé Trouble Makers, parce que nous étions tous amis
de longue date, aimant la musique et
sentant qu’on avait également des choses à dires.
Parce que la grande majorité des groupes québécois ont des
textes vides et restant dans les limites du politiquement
correct.
Votre
2e album s’intitule “PAX AMERICANA”. En ê
tes-ous satisfaits? Et pourquoi ce titre?
D’une
façon générale, “PAX AMERICANA” nous plait bien : la
musique est un peu plus travaillée, le son est plus puissant
que sur le premier album “À travers le temps...”
et les textes en disent plus long. Évidemment, il reste place
à l’amé
lioration.
Avec
PAX AMERICANA, on a voulu faire un grand bond sur
l’américanisation de notre culture et de notre peuple,
problème qui n’est pas seulement propre au Québec, mais
qui est plutôt d’envergure internationale. C’est donc
pour cela que nous avons décidé d’appeler notre album
“PAX AMERICANA”, parce que nous considérons que cette
fausse “Paix Américaine” est l’aboutissement
d’un processus socio-culturel d’
uniformisation des nations.
Quels
sont les thèmes abordés dans ce nouvel album?
La
majorité des thèmes sont consacrés à l’américanisation
et la mondialisation. Certains sont plutôt directs (Américanisés,
Rock Contre l’Impérialisme, Pax Americana), d’autres
le sont moins. Par exemple, l’impact de la mondialisation
sur l’environnement et la nature (Péril Vert),
l’oubli ou le rejet total des héros d’autrefois,
remplacés par de malheureuses marionnettes du système (Un
bon exemple). L’album comporte également des textes à
caractère historique (L’Insurrection (1837) ) et (L’Ordre
Tragique), ou portés sur notre combat culturel
québécois (Notre Étendard
).
Vous
êtes d’ardents défenseurs de l’identité québécoise.
Vous dé
finissez-vous comme de autonomistes?
Nous
sommes effectivement pour l’indépendance du Québec, mais
pas seulement constitutionnellement. Etre “soit-disant”
libre des mains de l’ancien empire britannique (le Canada)
ne nous suffit pas, si nous le sommes pour rester entre les
mains de hauts-placés servant les intérêts de la haute
finance internationale. Le Québec doit s’affirmer
culturellement, socialement, spirituellement.
Que
pensez-vous du combat révolutionnaires mené par le FLQ dans
les anné
es 60?
“Le
“FLQ” ou “Front de Libération du Québec” n’était
pas le “Robin des bois des temps modernes”, mais un
regroupement de travailleurs québécois prêt à tout mettre
en oeuvre pour que le peuple québécois prenne
définitivement son destin en main.
Le FLQ n’était pas un mouvement d’agression, mais
la réponse à une agression, celle organisée par la haute
finance, par l’entremise d’un gouvernement de mitaine”.
Ils ont mené leur action à une époque où le peuple
ne pouvait pas admettre plus longtemps d’être
« locataire chez lui »
.
On
leur doit cette volonté d’avoir voulu faire bouger les
choses à une époque d’asservissement total du peuple
québécois. Aujourd’hui, leur combat reste un symbole de
résistance.
Les
menaces
qui pèsent sur l’identité québécoise sont-elles
comparables à celles qui pèsent sur l’identité franç
aise?
On
peut dire que les menaces qui pèsent sur l’identité
québécoise et française sont semblables, même si chacune a
ses spécificités. La France représente tout de même, pour
nous, un exemple de ce qui pourrait
nous arriver si la situation se dé
gradait.
Pensez-vous
pouvoir toucher un large public au Québec avec ce nouvel
album?
Nous
toucherons peut-être un public plus large, mais tout de même
limité. L’attitude du politiquement correct étant
prédominante, on espère allez chercher ceux qui se soucient
de l’identité culturelle et sociale du Qué
bec et qui refusent tout asservissement.
Existe-t-il
d’autres groupes identitaires québé
cois?
Nous
assistons actuellement à un réveil musical et nationaliste.
Plusieurs groupes se sont formés, mais il reste à savoir
dans quelle voie s’
investiront-ils...
Vous
sentez vous proches de la scène RIF franç
aise?
Nous
avons de très bons amis et connaissances au sein de celle-ci
et partageons plusieurs idées communes. Espérons que
celle-ci ira en grandissant.
Une
de vos chansons s’intitule “Chevalier des temps
modernes”. Quelles seraient aujourd’hui, selon vous, les
principales vertus d’un digne hé
ritier des chevaliers?
La
volonté de donner son meilleur, même dans les périodes les
plus sombres. Rester simple de coeur et d’esprit. Être
loyal à la terre de ses pères, à ses copains et à
sa femme.
Bref,
quelqu’un pour qui la vie (dans tous ses aspects) est un
combat.
Tous
vos enregistrements sont ponctués de titres rappelant des
dates clefs de l’histoire du Québec : 1534, 1608, 1763,
1837. Pouvez-vous nous indiquer brièvement à
quoi elles correspondent?
1534
correspond à la découverte du Canada par le Français
Jacques Cartier et son é
quipage.
1608
est l’année de la fondation de la ville de Québec et de la
Nouvelle-France par Samuel de Champlain. C’est également
les débuts, plus sérieux, de la colonisation franç
aise en Nouvelle-France.
1763
représente malheureusement la défaite des Français face aux
Anglo-Saxons. Le traité de Paris concède aux Anglais les
territoires occupés par les Franç
ais.
1837
marque le temps des rébellions dans le Haut et le Bas-Canada.
Les Patriotes se lèvent pour obtenir leur liberté face à
l’Empire britannique. C’est de cette époque que date le
drapeau vert-blanc-rouge. Le tout aboutit à un échec.
Plusieurs seront pendus, d’autres déportés,...
Vous
avez fait cette automne une tournée en France. Quel
évènement vous a la plus marqué à
cette occasion?
Le
fait que notre concert à Paris aie été annulé à la
dernière minute (la veille) et que grâce à des gens
motivés et organisés, il ait eu lieu le lendemain comme
prévu, mais
ailleurs. Pour cela, nous leur sommes très reconnaissants.
En
France, avez vous eu le sentiment d’ê
tre chez vous, ou simplement dans un pays ami?
Nous
apprécions grandement la France, et cela plus que tout autre
pays. Il s’en dégage un sentiment particulier, voire
unique. Nos amis français nous ont accueilli comme des rois.
On ne peut cependant pas comparer ce sentiment avec celui
qu’on a pour le Qué
bec.
Quels
sont vos projets dé
sormais?
Faire
des concerts au Québec, participer à une compilation à
saveur indépendantiste québécoise, avec des groupes de tout
genre. Préparer un nouveau t-shirt et des nouveaux titres.
Participer à la création d’un fanzine et promouvoir des
groupes intégrant la défense de leur identité
dans la musique.
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