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  JEUNE RESISTANCE 21


RESISTANCE ROCK :

EDITO

" Un grand millésime "

 

A l'heure où l'année s'achè ve, le moment est venu de faire le bilan. Et quel bilan !

L'an 2000 aura été, soyons en sûrs, un grand millésime pour le rock identitaire. Jamais nous n'avons vu autant de productions en une seule anné e.

Dès le mois de janvier, le groupe In Memoriam sort son premier véritable album, intitulé "Paris-Belgrade", en souvenir de son voyage en Serbie. La bonne surprise du printemps nous vient ensuite de Fraction et de Vae Victis, deux groupes qui peuvent paraître bien différents mais dont le parcours est finalement similaire. Chacun dans leur style, avec une identité qui leur est propre, Fraction et Vae Victis nous offrent, avec "Le son d'histoire" et "Hors la loi", deux véritables bijoux à la hauteur de leur réputation. C'est rebelle, sans concession et ré solument NR.

La rentrée sera marquée du signe de la musique électronique avec la sortie de Dévotio et de Euromatrice type 1.7. Aïon et Kaiserbund posent les bases d'une longue mutation qui les a amené vers de nouveaux horizons musicaux. Un sans faute. Le RIF est entré dans une nouvelle dimension...

Quant à Ile de France, le fait de n'avoir rien sorti cette année ne les a pas empêché d'être particulièrement actifs et audacieux. Première partie de Lio en Normandie (et oui !), concert mémorable au Gibus, exclusion du tremplin rock Emergenza alors qu'ils s'étaient bien classés, concerts sauvages comme celui des quais de Seine et de la fête de la musique, et surtout, grande première, la sortie de " Panique médiatique " , avec ZETAZEROALFA, fer de lance des groupes de rock identitaires du moment.

Saluons enfin la sortie du petit dernier, le premier album d'INSURECTION, un jeune groupe de Châteauroux. C'est bien chiadé, grungy et trashy à souhait, bref prometteur. La nouvelle géné ration arrive...

Voilà, on ne vous en dit pas plus. Restez à l'affû t. 2001 sera encore d'un meilleur cru.

 

Brieuc de Kergonan

 

 

RED CARDEL : " rock'n roll comédie "

 

Déjà la quatrième galette de ce trio breton à la formule originale. Guitare acoustique et chant, accordéon et batterie. Ce n'est pas de la musique celtique, encore qu'ils ne renient guère leurs influences géographiques et culturelles, pas vraiment de la chanson non plus, certainement du rock, pas au sens macho à grosses couilles. Il y a actuellement en France une vague de groupes néo-réalistes qui connaît un fort succès, Red Cardell n'a pas pris en marche un train qui est parti après lui et le sien prend des voyageurs. Voilà un groupe qui nous touche par ce qu'il dit et sa faç on de le dire.

 

 

CORNU : " A3 "

 

De nombreux concerts et un magnifique premier album avaient largement prouvé que la formule basse-batterie-violon de Cornu, aussi atypique et simpliste soit-elle, n'empêchait nullement le trio de donner dans le registre de la pop ébouriffée et étincelante. Sur ce nouvel album, le son de Cornu s'est durci, la rythmique retrouvant un peu de sa force et de son intensité live, mais le groupe demeure toujours aussi attachant et émouvant, notamment grâce à l'osmose parfaite entre les textes mélancoliques (parfois dramatiques) de Julie et la musique forte et envoûtante du groupe. On pleure, on rit, on réfléchit, on se souvient, on vibre, on veut oublier ... " A3 " c'est tout ce qui fait de nous des ê tres humains. Et c'est beau.

 

 

FRACTION : " le son d'histoire "

 

Fraction entre dans l'histoire et marque le monde du RIF au fer rouge. Dès les premières mesures d' " émeutes " , le morceau ouvrant l'album, on sait qu'on va se prendre quelque chose de gros dans la figure. Et la suite tient ses promesses.

Mais " le son d'histoire " ne se résume pas à une simple histoire de gros muscles, bien au contraire. Les textes sont impeccables, la musique irréprochable et la tonalité d'ensemble du groupe énorme. Tant de grâce dans la violence laisse pantois. Nos 5 amis niçois savent manier les très grosses guitares avec finesse et ont su se donner les moyens d'avoir le son qu'il faut là où il faut, c'est à dire en pleine face. De bout en bout, Fraction nous laboure les neurones sans relâche avec une efficacité redoutable, les petite trêves mélodiques augmentant encore la puissance de la voix par ailleurs grondante et hurlante. Si le métal de l'an 2000 c'est çà, on est pour à 100%.       

 

 

AION : La bonne surprise

 

Leur album "DEVOTIO", tant de fois annoncé et tant attendu, est enfin sorti. Une voix à la "Laibach" des rythmes à la "New Order", des guitares à la "Morissey", des arrangements à la "In the Nursery", l'ensemble saupoudré d'un zeste de Death in June et le tout dans un seul et même album, il fallait oser... Ils l'ont fait, et très bien fait. Arrangements millimétrés, mélodies de guitare très British pop et une voix d'outre tombe mais poétique qui ne sombre jamais dans le ridicule, nous voila replongés dans l'univers électro-gothique des années 80. Au passage, il nous font redécouvrir des vieux sons de synthés oubliés que l'on a plaisir à réécouter. Que dire de plus si ce n'est que ce groupe est résolument européen avec ses textes en italien, en français, en allemand et en anglais. Nous retiendrons les morceaux "Will", "Sous l'orage" et "Sopra di noi" qui nous ont particulièrement plu. Intéressant aussi, les paroles de "Devotio" extrait d'une prière que le Chef des Légions Romaines adressait aux Dieux lorsque la bataille semblait perdue. En chargeant seul l'ennemi, le Centurion sacrifiait alors sa vie pour obtenir du ciel la victoire. On aimerait que le géné ral Morillon en fasse autant.

 

 

KAISERBUND : Bienvenue dans le troisième millé naire

 

Nos deux joyeux compères de Kaiserbund nous ont fait un très beau cadeau. Leur musique est résolument avant-gardiste. Elle rivalise en créativité et en qualité avec les meilleurs groupe de la scène techno du moment. Leur prestation décevante sur la compilation "Sur le Terre du RIF" est largement oubliée. Cette fois, ils ont mis le paquet. Les arrangements sont riches et variés, les sonorités recherchées, les basses entraînantes, les rythmiques hypnotiques... Kaiserbund a mis la barre très haut. De la Transe à la Big Beat, en passant par la Drum and Bass et la House, de Ramstein à Jeff Miles, en faisant un petit détour du côté de Front 242, c'est tout le monde de la techno que nous survolons.

Les samples sont tour à tour ironiques, provocants et sérieux, les rifs de guitares (et oui !) percutants, les nappes de synthés féeriques, le tout agrémenté d'échantillons sonores indéfinissables qui viennent vous agresser les oreilles pour votre plus grand plaisir. Le morceau "Réseau Echelon" nous a particulièrement séduit. D'excellents samples vocaux mettent à nu le réseau mondial de surveillance américain, sur fond de guitares saturées percutantes, et de boucles de synthé incisives. Un vrai régal, d'autant plus que les 13 autres titres sont de la même trempe. Tout au long de ce CD, on oscille alternativement entre une atmosphère angoissante et une ambiance festive, avec l'impression  de vivre la fin du monde dans une discothèque à Ibiza.

 

THE  CORRS : « IN BLUE »  ou les O.G.M. (origines génialement maquillé es ) de l'Irlande contemporaine

Que peut-on attendre, quand on est féru de musique celtique, d'un groupe qui, ayant emballé l'Europe occidentale, se fixe comme but primordial de conquérir l'Amérique ? A vrai dire pas grand chose : avec Mr Shania Twain qui passe par là, la touche trad'-acoustique passant nettement au second plan quoi qu'en disent les intéressés alors que la voix principale a dû perdre (à dessein) en pureté,  c'est l'atmosphère typiquement irlandaise qui fout le camp. Le tableau n'est complet qu'en signalant un livret qui lorgne plutôt vers les catalogues de mode. Quel dommage de compromettre ses origines et de gâcher les si belles promesses entrevues il y a cinq ans.
Mais qu'importe, on se consolera en réecoutant leur magistral premier album ainsi que le live sorti l'an dernier pour les fêtes de Noël. 

 

 

                                                                 

Cédés en bref … .

 

MANO SOLO chante à cru

 

De la chanson française, celui-ci reste l’un des artistes les plus maudits et les plus viscéraux. Sa tendresse est violente, sa sincérité d’une fulgurante crudité. Pas le genre de type calibré pour les émissions de variétés. La force de Mano Solo a toujours été le combat pour exister. Il affiche aujourd’hui sa trajectoire de junkie, de casseur, de zonard puis de chanteur comme un cheminement assumé, un accouchement dans la douleur, comme une route ouverte au coupe-coupe dans un monde de chair et de sang. Avec la rage d’avancer. Sur le fond, il n’a pas changé. Sur la forme, l’heure semble à un certain apaisement. Fini les anathèmes un peu trop faciles et de nos jours trop conformistes pour le pas déplaire au politiquement correct. Mano l’incandescent commence à penser par lui-même. Il nous capte pour ne plus nous lâcher… Un disque à dé couvrir sans tarder.

 

Les TETES RAIDES rebroussent le poil 

 

Quelques mois seulement après la sortie de leur compilation, le groupe enchaîne dans la foulée avec une nouvelle galette nommée « gratte poil ». L’album marque les esprits par une étonnante instrumentation. Rythmiques plus dansantes, humeur joyeuse, les Têtes Raides adoptent ici un climat beaucoup plus gai… Ce nouvel opus se place aussi sous le signe des duos, parmi lesquels l’iditenté où les bordelais de Noir Désir apportent une touche résolument rock. Les Têtes Raides en version basse, batterie, guitare avec la voix de Bertrand Cantat çà vaut le détour… Yann Tiersen prend ensuite le violon sur le cabaret des nues. L’esprit est à la fête et les Têtes Raides partagent sans compter. Tantôt sarcastiques, tantôt émouvants, ils n’ont pas changé sur ce point et c’ est tant mieux.

 

MERZHIN : l’é preuve du feu

 

Après un premier maxi, « première lune », autoproduit à 40000 exemplaires, après avoir écumé les planches bretonnes, MERZHIN part aujourd’hui à la conquête du reste de la France par le biais d’un nouvel album intitulé « pleine lune ». MERZHIN nous crache dessus et ne nous aime pas ? On s’en fout, nous on les aime bien. On ne regrette pas de leur avoir ouvert nos colonnes et d’avoir contribué, de manière certes modeste, à les faire découvrir. Alors que les gars de Landernau s’attaquent à des terres inconnues (ou presque), une question reste en suspens : l’enchantement est-il prêt à faire son effet ?  

 

Entrevue Trouble Makers

"Le Quebec doit s'affirmer culturellement, socialement, spirituellement !"

 

 

Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a conduit à former un groupe comme TROUBLE MAKERS?

Nous avons formé Trouble Makers, parce que nous étions tous amis de longue date, aimant la musique et  sentant qu’on avait également des choses à dires. Parce que la grande majorité des groupes québécois ont des textes vides et restant dans les limites du politiquement correct.

 

Votre 2e album s’intitule “PAX AMERICANA”. En ê tes-ous satisfaits? Et pourquoi ce titre?

D’une façon générale, “PAX AMERICANA” nous plait bien : la musique est un peu plus travaillée, le son est plus puissant que sur le premier album “À travers le temps...” et les textes en disent plus long. Évidemment, il reste place à l’amé lioration.

 

Avec PAX AMERICANA, on a voulu faire un grand bond sur l’américanisation de notre culture et de notre peuple, problème qui n’est pas seulement propre au Québec, mais qui est plutôt d’envergure internationale. C’est donc pour cela que nous avons décidé d’appeler notre album “PAX AMERICANA”, parce que nous considérons que cette fausse “Paix Américaine” est l’aboutissement  d’un processus socio-culturel d’ uniformisation des nations.

 

Quels sont les thèmes abordés dans ce nouvel album?

La majorité des thèmes sont consacrés à l’américanisation et la mondialisation. Certains sont plutôt directs (Américanisés, Rock Contre l’Impérialisme, Pax Americana), d’autres le sont moins. Par exemple, l’impact de la mondialisation sur l’environnement et la nature (Péril Vert), l’oubli ou le rejet total des héros d’autrefois, remplacés par de malheureuses marionnettes du système (Un bon exemple). L’album comporte également des textes à caractère historique (L’Insurrection (1837) ) et (L’Ordre Tragique), ou portés sur notre combat culturel québécois (Notre Étendard ).

 

Vous êtes d’ardents défenseurs de l’identité québécoise. Vous dé finissez-vous comme de autonomistes?

Nous sommes effectivement pour l’indépendance du Québec, mais pas seulement constitutionnellement. Etre “soit-disant” libre des mains de l’ancien empire britannique (le Canada) ne nous suffit pas, si nous le sommes pour rester entre les mains de hauts-placés servant les intérêts de la haute finance internationale. Le Québec doit s’affirmer culturellement, socialement, spirituellement.

 

Que pensez-vous du combat révolutionnaires mené par le FLQ dans les anné es 60?

“Le “FLQ” ou “Front de Libération du Québec” n’était pas le “Robin des bois des temps modernes”, mais un regroupement de travailleurs québécois prêt à tout mettre en oeuvre pour que le peuple québécois prenne définitivement son destin en main.  Le FLQ n’était pas un mouvement d’agression, mais la réponse à une agression, celle organisée par la haute finance, par l’entremise d’un gouvernement de mitaine”.  Ils ont mené leur action à une époque où le peuple ne pouvait pas admettre plus longtemps d’être « locataire chez lui » .

On leur doit cette volonté d’avoir voulu faire bouger les choses à une époque d’asservissement total du peuple québécois. Aujourd’hui, leur combat reste un symbole de résistance.

 

Les menaces qui pèsent sur l’identité québécoise sont-elles comparables à celles qui pèsent sur l’identité franç aise?

On peut dire que les menaces qui pèsent sur l’identité québécoise et française sont semblables, même si chacune a ses spécificités. La France représente tout de même, pour nous, un exemple de ce qui pourrait  nous arriver si la situation se dé gradait.

 

Pensez-vous pouvoir toucher un large public au Québec avec ce nouvel album?

Nous toucherons peut-être un public plus large, mais tout de même limité. L’attitude du politiquement correct étant prédominante, on espère allez chercher ceux qui se soucient de l’identité culturelle et sociale du Qué bec et qui refusent tout asservissement.

 

Existe-t-il d’autres groupes identitaires québé cois?

Nous assistons actuellement à un réveil musical et nationaliste. Plusieurs groupes se sont formés, mais il reste à savoir dans quelle voie s’ investiront-ils...

 

Vous sentez vous proches de la scène RIF franç aise?

Nous avons de très bons amis et connaissances au sein de celle-ci et partageons plusieurs idées communes. Espérons que celle-ci ira en grandissant.

 

Une de vos chansons s’intitule “Chevalier des temps modernes”. Quelles seraient aujourd’hui, selon vous, les principales vertus d’un digne hé ritier des chevaliers?

La volonté de donner son meilleur, même dans les périodes les plus sombres. Rester simple de coeur et d’esprit. Être loyal à la terre de ses pères, à ses copains et à sa femme.

Bref, quelqu’un pour qui la vie (dans tous ses aspects) est un combat.

 

Tous vos enregistrements sont ponctués de titres rappelant des dates clefs de l’histoire du Québec : 1534, 1608, 1763, 1837. Pouvez-vous nous indiquer brièvement à quoi elles correspondent?

1534 correspond à la découverte du Canada par le Français Jacques Cartier et son é quipage.

1608 est l’année de la fondation de la ville de Québec et de la Nouvelle-France par Samuel de Champlain. C’est également les débuts, plus sérieux, de la colonisation franç aise en Nouvelle-France.

1763 représente malheureusement la défaite des Français face aux Anglo-Saxons. Le traité de Paris concède aux Anglais les territoires occupés par les Franç ais.

1837 marque le temps des rébellions dans le Haut et le Bas-Canada. Les Patriotes se lèvent pour obtenir leur liberté face à l’Empire britannique. C’est de cette époque que date le drapeau vert-blanc-rouge. Le tout aboutit à un échec. Plusieurs seront pendus, d’autres déportés,...

 

Vous avez fait cette automne une tournée en France. Quel évènement vous a la plus marqué à cette occasion?

Le fait que notre concert à Paris aie été annulé à la dernière minute (la veille) et que grâce à des gens motivés et organisés, il ait eu lieu le lendemain comme prévu,  mais ailleurs. Pour cela, nous leur sommes très reconnaissants.

 

En France, avez vous eu le sentiment d’ê tre chez vous, ou simplement dans un pays ami?

Nous apprécions grandement la France, et cela plus que tout autre pays. Il s’en dégage un sentiment particulier, voire unique. Nos amis français nous ont accueilli comme des rois. On ne peut cependant pas comparer ce sentiment avec celui qu’on a pour le Qué bec.

 

Quels sont vos projets dé sormais?

Faire des concerts au Québec, participer à une compilation à saveur indépendantiste québécoise, avec des groupes de tout genre. Préparer un nouveau t-shirt et des nouveaux titres. Participer à la création d’un fanzine et promouvoir des groupes intégrant la défense de leur identité dans la musique.