HACHIMU
Zavata, Stevie Wonder, Maurice
Z, le pâté Hénaff ou comment combattre
le politiquement-correct !
Vendredi 19 janvier 2001, 17
heures 30, Jean-Michel (mon célèbre collègue
de travail) me téléphone afin de m'inviter au
pot amical qui réunira le bureau, pour fêter
l'anniversaire de Irène. Un pilier de la maison, Irène
! L'occasion aussi pour moi, de m'amuser un brin comme vous
pourrez le constater plus tard. J'arrive en dernier afin de
m'imprégner de la soirée. Beaucoup de personnes
ne se sont jamais vus et ne communiquent que par le biais
du téléphone. Seule Irène, travaillant
à un poste clé, connaît presque tout le
monde.
18 heures, il y a là Jean-Paul B, la cinquantaine,
le directeur adjoint, habillé comme un albanais du
Kosovo : veste verte retaillée façon Zavata,
cravate bordeaux, pantalon marron volé à un
éboueur soudanais. Sont également présents,
Catherine D, la secrétaire commerciale, sorte d'Arielle
Dombasle made in Noisy le Grand, le visage maquillé
façon "noyé repêché",
enfoncée à coups de maillet dans une robe jaune
louée à Agnetha (la chanteuse blonde du groupe
ABBA), Marc M, marié à une gentille épouse
prénommée Faridah, toujours prêt à
donner beaucoup d'amour à son prochain et détestant
les méchants (racistes, policiers, fleuristes
),
Jocelyne B, attachée commerciale, petite sur
de Super-Jaimie : yeux volés à Stevie Wonder
et greffés à froid, nez refait à l'Institut
Médico-Légal, bouche achetée à
un grand brûlé et recousue par Otto Klump, le
célèbre chirurgien esthétique de la clinique
"Joie et Santé" à Mathausen (Autriche),
poitrine à peine sèche, mamelons prélevés
sur une vache normande, jambes rabotées, c'est une
fille qui n'a pas froid aux yeux ! Il y a aussi Maurice Z,
commercial, onctueux comme un usurier, le teint bistre d'une
personne à l'origine mal définie, le cheveu
huileux, l'il boueux, très ami avec Marc M. En
tout il y a une trentaine de personnes.
La société à fait dans le grand luxe
pour ce buffet : anisette Daubanis, cubes de vin "Au
Gentil Postillon", toasts bétonnés au pâté
Hénaff (le pâté du mataf qui colle au
paf !), apéricubes à l'oignon, au roquefort,
au bleu, aux termites. Il y a également du whisky polonais,
de la vodka algérienne, plusieurs saucissons à
base de porc reconstitué, chips à l'aspartame,
olives génétiquement modifiées, sodas
aux marrons, boissons gazeuses à l'arôme inconnu
(goût étoile de mer ou rognons de veau) de couleur
rose ou violette.
Pour cette soirée, ma mission sera la suivante : tourner
dans la salle, observer les personnes présentes, essayer
de diriger la conversation en direction de l'immigration (sujet
tabou au travail !) et m'éclipser en observant le résultat.
Volant de groupe en groupe, j'écoute les passionnantes
conversations de mes collègues : "Hier soir c'était
bien, Isabelle m'a fait des choux farcis " ou "T'as
regardé l'émission avec Delarue, j'ai trouvé
qu'il avait grossi" ou encore "Je ne croyais pas
que les Chypriotes avaient les aisselles si humides".
Repérant un groupe de personnes, je m'infiltre dans
la conversation et réussi le tour de force à
parler de sauvageons brûlant des véhicules, alors
que mon voisin discutait du goût des mini-pizzas à
l'anchois. Au passage je sers quelques verres de vodka à
la volée. Les esprits s'échauffent. J'en rajoute
une louche sur la délinquance, l'islam
Je laisse
les personnes parler de l'immigration et des étrangers
extra-européens et m'éloigne discrètement
vers de nouvelles victimes. Je recommence la même chose
vers d'autres groupes. Deux heures et demie plus tard, l'alcool
à fait son effet : plusieurs hommes ont retiré
leur cravate, relevé leurs manches de chemise et parlent
fort entre deux rots d'alcool chaud. Les langues se délient,
personne n'est en mesure de reconnaître celui qui a
déclenché le sujet concernant l'immigration,
en l'occurrence, moi. Je perçois les mots : "race,
tchador, casquette, mousmé
"C'est à
ce moment que prenant nonchalamment Marc M (vous vous souvenez
: l'époux de Faridah !) par le bras, je le dirige vers
le groupe le plus virulent. Les personnes qui discutaient
avec lui nous suivent, tous très éméchés.
J'arrive enfin au résultat : une rencontre entre les
deux groupes maintenant formés.
Au bout de quelques minutes de conversation sans intérêt,
je lâche bien fort la phrase : "As-tu déjà
rencontré tes beaux-parents au Maroc ?" Cette
formule fait l'effet d'une bombe, je constate que quelques
mâchoires se crispent. Un silence pesant s'installe
et Jean Paul B termine sur cette phrase historique : "T'es
marié à une bicot ?"
Marc M gifle l'auteur de cette sentence mortelle en hurlant,
l'épouse du giflé bombarde l'agresseur à
coups d'olives grecques et d'anchois soudanais. Une table
se renverse, Maurice Z glisse sur du pâté de
foie en essayant d'attraper Jean-Paul B par la cravate (vous
vous souvenez, la cravate bordeaux !). Catherine D pleure
hystériquement en piétinant un sandwich au saucisson
qui ne lui avait pourtant rien fait. Une belle empoignade
que je contemple d'un air guilleret mais serein. Bilan de
la soirée : plusieurs hématomes, une haine tenace
entre plusieurs personnes, quelques vestes déchirées
.
Depuis, une question me taraude l'esprit : "Est-il exact
que les Chypriotes sentent sous les aisselles ?"
Fred Hachimu.
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