HACHIMU
LOFT STORY ou les Pokemons humains.
On ne peut aujourd'hui que constater l'omniprésence de la télévision. Trois ans après la coupe du monde de football et son brevet ès métissage, le petit écran lobotomise à nouveau le spectateur en lui apprenant un nouveau métier : voyeur. Petit à petit, l'univers télévisé s'impose aux spectateurs comme une alternative à la vie. Rien à redire sur le phénomène "Loft Story", mélange de colonie de vacances (à Vesoul !), de visite au zoo de Vincennes et de chambrée militaire. Tout a été analysé, décrypté, sondé. Pour justifier une nécessaire censure, un décalage de quelques minutes entre le montage et la retransmission suffit pour couper ce qui pourrait choquer (imaginez un peu Philippe avec un tatouage multicolore de Sepp Dietrich dans sa tenue de sortie modèle 1937 ou Jean-Edouard lisant à haute voix quelques passages difficiles de "Bagatelles pour un massacre"). Les multiples zooms sur le poulailler et la cour extérieure servent également de filtres… au cas où quelques débordements visuels ou sonores surviendraient. La vie des participants fera certainement l'objet de thèses ou d'un best-seller. J'imagine le titre de cet ouvrage : "Comment devenir célèbre avec rien ". Les organisateurs du dernier festival de Cannes n'ont pas voulu que les premiers chassés du Loft montent le fameux tapis rouge, de peur que leur succès dépasse celui des " vrais " acteurs présents sur les lieux. Il y aura pour les chaînes de télévision, un avant et un après Loft Story. N'en doutons pas, d'autres émissions de ce type verront le jour (peut-être un peu plus "trash", pour la plus grande satisfaction des télévoyeurs). De grosses d'argent sont en jeu (appels téléphoniques, publicités). Finalement, tout cela est de notre faute, si nous ne regardions pas, il n'y aurait plus d'émission. Mea-culpa donc, car je vous avoue, chers lecteurs, que moi aussi j'ai regardé le spectacle honni. Notez que pour rester dans le ton , il y aurait pu avoir quelques clips d'Alizée ou de Jennifer Lopez ! Ce que j'ai apprécié, c'est que l'on y trouve tout ce qu'il faut pour nous rassurer :
- habitation sympathique et mobilier fonctionnel fournis par les marques Playmobil et Légo.
- nourriture équilibrée et variée composée de pizzas, de pâtes, de pâtes et pizzas.
- personnel immigré intégré avec dans le rôle de l'arabe de service, le gentil Aziz, parlant sans onomatopées, videur dans un casino et non pas comme vous pourriez le croire, dealer dans un Mac-Do. Ensuite, la gentille Kenza, gironde immigrée irakienne (ou kurde ou albanaise), ne portant pas de voile, aussi sexy qu'un loukoum sucré. Il y a également la gentille Julie, métisse indéterminée au teint opaque mais aux dents trop blanches. Quant à Laure, sa faconde et sa ruse feraient merveille dans l'échoppe d'un usurier ou d'un marchand de fourrure d'occasion
- hautes performances sportives à base de concours disco et d'élevage de poules....
- conversations et débats à caractères métaphysiques : "T'as pas vu mon slip ?", "J'ai pété !"
- sexualité de bon aloi avec touche-pipi honteux dans un jacuzzi et tripotage de seins sous la douche gentil animateur sans cravate (mélange de télé-évangéliste californien et de vendeur de voitures d'occasion à Montbéliard)
- personnel médical (deux psychiatres) servant de caution morale à M6 et recrutés par annonce dans Pif-Gadget.
Finalement Loft Story c'est la vraie vie : on pète, on chante, on fume et " au lit ! "
Frédéric Hachimu
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