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  JEUNE RESISTANCE 23


INTERVIEW


Entretien avec Sinevox, chanteur de ZETAZEROALFA

ZetaZeroAlfa est tombé comme un aérolithe sur la scène du rock alternatif italien en sortant en 1999 son premier CD La Dittatura del Sorriso, un de ces albums qu'il faut absolument posséder même si on n'y comprend pas grand chose. Alors, petite visite guidée pour aider à saisir le monde de ZZA.
Le nom, d'abord. Zeta comme Z = la fin. Zero = le néant, la table rase. Alfa comme A = le début, l'instauration. C'est l'itinéraire résumé d'un projet révolutionnaire.
Le son : déroutant. Le premier album ne dédaignait pas de donner dans le ska parodique et les citations 60s dans une ambiance de fête grinçante (avec un côté Fellini accentué). Tout différent est le second CD, paru fin 2000. Kriptonite comprime son énergie dans un espace claustrophobe, une atmosphère de bunker en alerte rouge. Le chanteur Sinevox explique ci-dessous pourquoi (au passage, et à l'examen du livret, on verra par quelle ironie fortuite un légendaire avion de chasse nippon s'appelait Zero).
La musique : magistrale. Les deux guitaristes et le préposé aux synthés ont un don évident des trouvailles en quatre notes qui tuent. Et ce qu'ils font en studio, ils le ressortent tel quel sur scène. Le meilleur reste peut-être à venir avec ces inédits que ZZA exécute sur scène, des tempos moyens martelés avec une brutalité granitique en faisant un usage magistral de l'alternance entre voix solo et choeurs caractéristique de la manière du groupe.
Le visuel : vaut le voyage. Sous la conduite charismatique de Sinevox, un concert ZZA est un événement intermédiaire entre une conjuration séditieuse, une pantomime hardcore et une initiation tribale. Les clowneries alternent avec des moments de sérieux à faire peur. Plus fort encore, le clan ZZA sait faire les deux en même temps.
Les thèmes : pas de passéisme, même déguisé ou sublimé, mais un pilonnage obstiné du système dans ses dimensions économique, sociale et internationale. Les angles de tir varient mais la cible ne change jamais.
L'environnement : loin de renier sa mouvance d'origine ZZA la revendique, tout en adressant ses brûlots à un public qui va très au-delà. Le groupe n'est au service d'aucun mouvement politique, il est un mouvement culturel à lui seul. Il a suscité une cohorte de fans militants qui ne passe pas inaperçue (le centre de Rome est constellé d'autocollants ZetaZeroAlfa). A noter les liens particuliers tissés avec les groupes français : ZZA s'est produit à Rome dernièrement avec Elendil, l'an dernier à Milan avec Ile-de-France (les deux groupes ont même sorti en commun le CD 4 titres Panique Médiatique), et prépare pour le 30 juin un concert romain avec Fraction.


1. ZZA est considéré en France comme un des groupes de la musica alternativa les plus originaux et les plus audacieux du moment. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

ZZA est un groupe métamusical composé de six braves garçons agités. La formation a pris forme en 97, et après diverses secousses et ajustements présente l'organigramme suivant : Sinevox au non-vocal, Atom Takemura aux caisses, Epolcic aux générateurs de chahut, Kitomobass à la basse, Dr Zimox et Mr Malox aux guitares.

2. Votre premier album s'intitule La Dittatura del Sorriso ; que signifie ce titre pour vous ?

'La Dictature du Sourire' : elle est le présent état des choses... Le théorème par lequel le sourire baveux et faisandé se substitue à la beauté et à la valeur en se présentant comme vainqueur et porteur de liberté... C'est la phase ZETA, le stade terminal. Le sourire qui corrompt les masses en les détournant de leurs vraies exigences et de leurs droits.
Dans cet album nous avons cherché à retourner la technique de l'adversaire en livrant un message plutôt fort sur un fond musical guilleret et insouciant, comme si nous étions tous embarqués sur le même diabolique manège.

3. Indipendenza, Boicotta, Stati d'Afa : quels sont les thèmes abordés dans ces morceaux ?

Indipendenza est dédié aux peuples qui luttent pour leur être et non pour de sordides arrangements financiers. Nous croyons en l'Europe forgée par le sang et le courage... De même que nous croyons en une idée impériale non impérialiste.
De son côté, Boicotta (écrite en 97, bien avant Seattle) rappelle à l'intention des pantins qui s'étourdissent de démocratie que la liberté qu'ils mettent en avant n'est autre que le libre marché de leurs patrons si détestés... Ce morceau veut aussi pousser la jeunesse européenne à lutter contre ces multinationales d'origine américaine qui contrôlent les ressources alimentaires et autres de notre continent. En prendre conscience revient à améliorer la visibilité du champ de bataille.
Stati d'Afa évoque ces situations de chaleur artificielle qui embellissent les journées ennuyeuses... Il y est question de courir, de se couvrir, de viser, choses qui appartiennent à la joyeuse essence du combattant.

4. Dans votre second album Kriptonite vous semblez davantage tournés vers les évocations guerrières. Pourquoi ce choix ?

Kriptonite est la table rase, le point ZERO... La Kriptonite est ce sympathique caillou vert qui est mortel pour Superman, ce golem américain ... Kriptonite est l'Idée qui habite les hommes et femmes non homologués... Kriptonite est kamikaze... En fait, pour répondre à votre question, la guerre est un thème récurrent dans notre histoire... Diverses sont les formes sous laquelle se manifeste cette "unique hygiène du monde"...

5. Quelles sont vos références musicales ? Etes vous influencés par le groupe Nabat ?

Nous écoutons des genres variés, de Astor Piazzola à Edith Piaf, de Ile-de-France à Korn, de Batallon de Castigo aux Backstreet Boys... Vous n'êtes pas les premiers à nous interroger au sujet de Nabat. Il va falloir songer à les éliminer...

6. Vous deviez donner le 9 décembre un concert à Rimini avec Fraction. On rapproche l'annulation de ce concert des difficultés rencontrées avec les autorités lors de la venue d'IdF à Milan (Palazzina Liberty). Est-il difficile de tenir un concert de rock identitaire en Italie ?

Faire un concert est de plus en plus difficile, les gauches étant de plus en plus portés sur la délation... Mais en faisant marcher son imagination on peut trouver des solutions amusantes et surtout satisfaisantes. Tôt ou tard, soyez-en sûrs, nous jouerons avec Fraction, que nous admirons beaucoup pour leur son guerillero, et ça sera doublement la fête...

7. Gramsci, le grand théoricien communiste italien, affirmait que toute victoire politique devait être précédée d'une mutation des esprits, c'est à dire d'une conquête du consensus culturel. Qu'en pensez-vous ?

Nous en sommes d'accord. Encore qu'il nous semble que le petit rusé s'était inspiré en affirmant ça de la grande tradition socialiste nationale italienne...
Lorsque la nation prend conscience de la nécessité d'un changement il en résulte cet état d'esprit particulier qui anime sans distinction l'ouvrier et le paysan, l'employé ou l'artisan... Il se crée une nouvelle classe intellectuelle de pensée et d'action... Nous sommes pour la culture de la pensée et de l'action.

8. Croyez-vous que le rock ait un rôle à jouer dans cette offensive culturelle ? Pensez vous qu'un groupe de rock politique puisse se contenter de divertir un public averti ?

Parler de rock, ça n'a pas de sens... Le phénomène rock vu sous l'angle des histoires de sexe et de drogue est une affaire désormais métabolisée par les masses et encore gérée par le système (cf. MTV).
L'émergence d'une forme de communication politique passant par la musique doit donc se poser comme une dynamique culturelle destinée à une minorité attentive et résolue, qui ne se laisse pas duper, apte à promouvoir à son tour ses propres concepts de base. Cela doit se faire en ne perdant d'aucune façon le contact avec la réalité.
On peut changer un peuple, et la responsabilité de ce changement repose sur l'audace de ses avant-gardes.

9. Pouvez vous nous donner quelques exemples de vos initiatives, témoignant de votre démarche pour conquérir un public nouveau ?

ZZA a fait un grand concert en pleine Rome bourgeoise (le quartier Testaccio), apportant l'inquiétude et le doute à 400 personnes...
ZZA a participé à Faenza à une convention des labels indépendants, en jouant et en s'exprimant devant un public de 600 individus idiotement et petitement gauchards...
ZZA est vendu dans de nombreuses boutiques branchées de Rome...
ZZA a des passages radio dans plusieurs villes d'Italie...
ZZA s'adresse à de nouveaux publics sans tenir pour essentiel de recueillir un consensus en dehors de sa mouvance d'origine.

10. Vos rapport avec les autres groupes italiens ?

Excellents avec tous, dont un...

11. Qu'est-ce qui distingue les nouveaux groupes rocks nationalistes italiens de leurs grands frères des années 70 et 80 ?

Les groupe de rock alternatif d'autrefois... Janus ou ZPM ? La Compagnia dell'Anello ou les Amici del Vento ? Qu'est-ce qu'on entend par "rock alternatif" ?
Certes, les années ont passé, la tension s'est déplacée, et avec elle les façons de s'impliquer avec la vie...
En tout cas ZZA s'abstient de chanter nos défaites, et n'appelle pas à revenir au "risotto à l'ancienne à la couille de sanglier'...
ZZA chante ICI et MAINTENANT.

12. Nous avons appris avec tristesse la mort de Massimo Morsello. Pouvez-vous nous parler un peu de lui ? ?tait-il un exemple pour vous ?

Le samedi 10 mars était prévu à Rome un concert avec au programme ZZA, Vecchia Ruggine e Elendil. Tôt le matin, vers 5 h, nous avons été informés de la mort du camarade Massimo Morsello.
Nous nous sommes trouvés face à un choix pénible, entre annuler la soirée ou bien la maintenir... Nous avons choisi la seconde solution, celle qui nous était la plus difficile mais qui était assurément dans la ligne de l'exemple de vie de Massimo. Le concert a eu lieu, et le public, même celui non présent, a compris et approuvé ce choix.
Massimo nous a enseigné le courage et la volonté. Il sera difficile de transmettre aux nouvelles générations tout ce qu'il nous a légué.