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  JEUNE RESISTANCE 23


Résistance Rock



JALOUX ?

Joe Hell (Oberkampf ) : " Nous n'avons jamais entretenu la moindre ambiguïté, contrairement à la Souris, qui parlait des skins parisiens dans ses chansons ". Rock'n'folk n°404 avril 2001


PERSPICACE

Saez : " Moi, ce qui a tendance à me faire plaisir, c'est quand 3 semaines après les Victoires, j'entends qu'à Paris il y a eu des manifestations d'étudiants contre Mc Donald's. Quand je vois ça, je me dis que sans le vouloir, on a les même pensées.
De mon point de vue, la lutte se situe plus dans un domaine que dans un autre…
Q : Lequel ?
S : Ce système de la consommation, cette mondialisation. On reste libre dans sa démarche, mais que ce soit Vivendi ou Mac Donald's c'est le même combat. "


OBERKAMPF
" L'arnaque commerciale de l'année "

Ca aurait pu être l'occasion d'une nouvelle rubrique : " que sont-ils devenus ? " Après les Sex Pistols, Velvet Underground, Trust et Bijou…Oberkampf !

Flash-back : début des années 80, la première vague punk française est morte, ne laissant des traces que dans les journaux spécialisés. Aucun kid de 15 ans en 1981 n'avait écouté Gazoline, Métal Urbain ou Asphalt Jungle. Ceux-là avaient un public de journalistes… ou de musiciens. C'était une confrérie.
Soudain résonne un tube au tempo lent et menaçant, un " London's burning " hexagonal : " couleurs sur Paris " aux paroles bien naïves mais franchement étonnant. Deux albums plus loin, après s'être échoué sur les rives de la New Wave, le groupe n'existe plus.

Les années passent, vingt ans s'écoulent et la nouvelle tombe : Oberkampf, reformé, a joué à Bercy en première partie d'Offspring, et le public jeune y reprenait les paroles en chœur.
Suit, à grand renfort de publicité et de produits dérivés, la sortie d'un nouveau CD qui n'en est pas un, la tête d'affiche au Bataclan en compagnie des Portes Mentaux et de La Souris Déglinguée. La commercialisation d'un album live de leur prestation parisienne est même prévu. On peut s'interroger sur les véritables motivations de ce groupe qui n'en est plus un (Joe Hell est l'unique membre de la formation originale et ses rapports avec le guitariste Pat Kebra ne semblent pas au beau fixe…)

Clichés trop faciles, interviews au ras des pâquerettes teintées d'amertume sur fond de règlement de compte, Oberkampf n'étant dans les années 80 qu'un groupe mineur de la scène punk française. Il y a un âge où il vaut mieux savoir s'arrêter, faute de savoir évoluer. On préfèrera, et de loin, la sincérité des bérus qui, voyant leur nom et leur image récupérés à tort et à travers, ont préféré s'arrêter en pleine gloire et balancer un grand " Fuck Off " à la face des médias ou autres producteurs de tous poils, plutôt que de devenir un produit de consommation commercial pour adolescents boutonneux en mal de sensations fortes et à la puberté douloureuse. Pas besoin de se teindre les cheveux en vert (n'est-ce pas Joe Hell) : être rebelle, ce n'est pas une mode, c'est un état d'esprit.

Joe Hell, deux ans après Johnny Rotten et l'exécrable reformation des Sex Pistols, nous aura au moins appris une chose : que la retraite à 40 ans ça peut avoir du bon. C'est même dans certain cas un mal nécessaire….


270 BIS
" Incantesimi d'amore "

Production luxueuse pour le 2e album de ce groupe romain que quelques heureux veinards ont eu l'occasion de découvrir à Vitrolles lors d'un festival de rock identitaire.
Un son irréprochable, des arrangements chiadés, on sait dès les premières mesures que l'on tient là quelque chose de spécial. Décidément, nos amis italiens ont de la feuille !
La voix de Marcello De Angelis, chanteur et leader charismatique du groupe, se détache impérieusement d'un ensemble homogène où se mêlent riffs de guitares soignées, nappes de cordes classieuses, pêches de cuivres et rythmes millimétrés. Les paroles ? Elles sont sincères et vécues. Elles retracent l'engagement de Marcello, jeune militant de Tierza Positionne qui, pendant les années de plomb et la répression consécutive à l'attentat de Bologne, a été, après un bref séjour en France, contraint de s'exiler de l'autre côté de la Manche laissant sa femme sur la péninsule ainsi que son frère, arrêté et retrouvé suicidé ( ?) dans les geôles transalpines.
Le nom du groupe ? C'est tout simplement celui d'un article du code pénal italien qui punit d'emprisonnement la reconstitution d'organisation politiques " de type mussolinien ", ce dernier critère étant laissé à la libre appréciation du pouvoir en place.
Alors, n'attendez plus. Découvrez sans tarder ce témoignage d'un militant tercériste à la jeunesse brisée qui n'a rien renié de son parcours ni de ses engagements. Tout simplement émouvant.


JACK MARCHAL
" Science et violence "

Revenons un peu en arrière. Nous sommes en 1979. Mario Ladich, batteur de Janus, groupe phare de la scène nationaliste italienne, contacte Jack Marchal, dessinateur, maniaque spécialiste des rongeurs. Il lui demande de dessiner la couverture de son album " Al Maestrale ".
Marchal informe aussitôt Ladich qu'avec son compère Olivier Carré, il pratique aussi le rock à ses heures perdues… Pourquoi ne pas les faire profiter de son matériel et de son expérience des studios pour enregistrer un album autoproduit ?
Rendez-vous est pris pour le mois d'août à Rome. C'est là qu'après quelques répétitions hâtives et houleuses, ils donnent naissance à " Science et violence ", un disque étrange où des moments de très vive émotion alternent avec des plages instrumentales rêveuses (comme le spleen de Paris, d'une rare perfection).
On efface tout, secoué d'explosions de guitares qui feraient se remuer un paralytique, est une véritable tuerie. Jack entonne sa déclaration de guerre d'un ton paradoxalement badin, assez brit-pop. Derrière ta porte, ça te glace le sang, ça t'agite un fantasme à la Mad Max …aller régler son compte au vieux mode, aux commandes d'un gros engin mécanique. Puis c'est le Parcours initiatique, où s'entremêlent les sentiers contraires de l'improvisation et de l'exercice de style, alliant le dynamisme des Who aux enchaînements sophistiqués de Pink Floyd, jalonnés par des solos aventureux et dévastateurs.
La récente réédition en CD de cet album mythique nous gratifie de deux inédits, au style radicalement différent. Explorateur à la curiosité toujours en éveil, Jack Marchal laisse sa strato au placard et se frotte au maniement des premiers synthés analogiques ou autres boîtes à rythmes. Résultat : deux pièces avant-gardistes, au son provocateur et aux textes satiriques et décapants (Les nazis font des bêtises).
Inutile d'en dire plus ; dépêchez-vous de vous procurer ce petit trésor, dont il reste encore quelques exemplaires chez Bleu Blanc Rock.


ET DE CINQ POUR EV !

Déjà un cinquième album pour ce quatuor nantais à la formule pour le moins originale : guitares charnues et saturées, rythmique simple mais carrée sur lesquelles viennent se greffer un accordéon et une bombarde, instruments sans doute appris dans les conservatoires ou autres groupes folkloriques de la capitale de la Bretagne historique.

Ce n'est pas du folk, encore moins de la musique celtique, juste du bon gros rock sans prétentions et bougrement efficace.

On sent que ces jeunes bretons ont grandi qu milieu des sonorités de leur génération (grunge, new wave, noisy pop …) et qu'ils ne renient rien.

On imagine les murs des chambres d'étudiants de ces jeunes gens jonchées de posters de Nirvana, de Marc Seberg à côté de la dernière affiche de Tri Yann ou d'Allan Stivell et devant un triskel posé sur la commode, pour leur rappeler qu'ils sont avant tout bretons, fiers de leurs origines et de leur histoire.

Autre originalité : les paroles sont en trois langues : le breton, le français et le finnois. Il fallait oser, ils l'ont fait.

Décidément, ces gars là ont vraiment su digérer leurs influences, d'où qu'elles viennent.

Alors n'attendez plus. Courrez acheter ce disque, car PEMP, c'est son nom, n'est pas une arnaque. C'est un album sincère et véritable comme on aimerait en écouter plus souvent.


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