Retour au sommaire du numéro
  JEUNE RESISTANCE 24


HACHIMU

Le pays des monstres gentils et du paradis !

Lundi 2 juillet 2001, date de mon anniversaire! Habitués depuis quelques années à fêter les anniversaires, mes collègues de travail m'invitent à un "pot" où l'on me remet quelques cadeaux : compacts-disques de Lara Fabian (je suis d'un naturel plutôt calme et je n'aime pas les hurlements), tee-shirt avec l'inscription "J'en ai une grosse ! (très pratique pour faire ses courses ou aller à une conférence de Terre et Peuple ), briquet (je ne fume pas !) et une mystérieuse enveloppe que je ne dois ouvrir que le lendemain matin.
Le mardi matin, devant mes collègues réunis, j'ouvre le précieux pli en m'interrogeant sur son contenu : billet en euro, ticket de teinturerie, coupon de réduction pour raviolis Saupiquet ???
J'y trouve un bon m'invitant pour une journée complète dans la cité de la joie: Eurodisney ! J'esquisse un rictus de remerciement qui passe à peu près pour un sourire. Deux de mes collègues m'accompagneront le samedi prochain et nous irons, la mine joyeuse et les dents brossées, dans cette fabuleuse usine à rêves.

Samedi 7 juillet 2001 à 11 heures, un véhicule se place au parking "Bambi" d'Eurodisney. Dans cette voiture se trouvent : Gisèle, Sandrine et Hachimu . "Nous allons passer une merveilleuse journée" ajoute Sandrine, "C'est sûr" lui rétorqué-je, me comparant à un beignet visitant l'Acropole (pas la boite de nuit de Chilly-Mazarin mais le splendide monument grec!).
Nous marchons pendant un petit quart d'heure pour arriver à l'entrée où patientent déjà plusieurs dizaines de personnes. J'en profite pour lire un panneau où sont inscrites de nombreuses interdictions : ne pas fumer (vous le saviez déjà !), ne pas boire ni manger en dehors des emplacements réservés (avec une selle sur le dos et bien étrillés, on pourra courir à Longchamp !), avoir une tenue correcte (c'est vrai que je ne vois que des gens habillés en tyroliens et portant des tongues fuchsia!).... Rentrant dans le parc, nous constatons que beaucoup de personnes mangent des glaces et s'empiffrent de hamburgers. Il y a beaucoup d'américains du nord, Eurodisney étant l'endroit le plus visité de France. Ceci explique la vision stupéfiante de nombreux monstres en short, sirotant des gobelets de Coca (qui feraient de jolis bracelets en carton pour Carlos !) vendu au litre !

J'aperçois également une armée de balayeurs qui font la chasse au moindre papier gras, au moindre mégot.. Un oiseau qui grappille une miette de frite est considéré comme l'ennemi à abattre. Mes collègues me poussent dans un manège d'où je ressors au bout de quelques minutes aussi coloré que la robe d'un klaniste ! Les gens semblent heureux dans ces décors de carton-pâte, j'ai l'impression furtive d'être dans le fameux village du feuilleton "Le Prisonnier" et qu'un boule blanche va me rattraper et m'engloutir pour n'avoir pas participé à la joie collective ! Tout cela nous mène à 12 heures lorsque j'entends Gisèle qui se plaint d'avoir faim... Quelques instants plus tard, je me retrouve à faire la queue pour réclamer un jus d'orange (qui a sans doute été pressé à Tchernobyl !). Mes deux collègues emportent un assortiment de sandwichs bien gras nommés "Chef Mickey", et nous nous dirigeons vers une table vide. Devant nous, un groupe de chinois exécutent un spectacle dans la plus pure tradition maoïste avec costumes de gardes rouges, tambours, gongs, hurlements.... La seule bizarrerie provient de la couleur des drapeaux qui voltigent et qui sont...blancs...

Je pense que la direction, avec conformisme de bon aloi, n'a pas souhaité choquer ses clients. Après avoir entendu un mélange sonore où se côtoient hurlements en chinois (sur la scène) et rots (sacrée Sandrine !), nous nous engageons dans une rue où des boutiques en forme de maisons médiévales fabriquée à Chicago, entreposent de splendides assiettes roses avec la tête de Blanche-Neige, des tasses à cafés "Minnie" et des épées en plastique de Tolède. Egalement en vente, des robes roses fluos, un peu comme celle que l'on porte à Hanoukka, des gilets en peau d'autruche pour jouer à Indiana Jones, des serpents en plastique (toujours pour jouer à Indiana Jones !) et des bagues celtiques façonnées par des enfants manchots (et aveugles, na !) en Somalie.
Je peux comprendre que sur une télévision, cela fasse joli, mais à porter, non ! Sandrine souhaitant faire un tour de barque, nous montons à bord d'un bateau qui navigue lentement à travers une grotte où des poupées habillées en costume folklorique de tous pays entonnent une chanson en anglais où il est question de joie, de bonheur, de fraternité. Les concepteurs de la décoration n'ont pas pris la peine de changer la physionomie des poupées, ce qui fait que l'on passe allègrement de la figurine Bretonne à la figurine thaïlandaise... Il n'y a que le costume qui change... Je le fais remarquer à mes collègues mais celles-ci sont gênées par l'odeur de chlore qui se dégage de l'eau...

Plusieurs heures se sont écoulées, il est maintenant 23 heures, la direction annonce que la fermeture va s'effectuer.
Nous sortons du parc mais nous constatons qu'une partie d'Eurodisney est encore ouverte et accueille une foule venue pour boire de la mauvaise bière (de la Bud !) faire semblant de s'amuser sur un taureau de carnaval (ce manège consiste à rester le plus longtemps possible sur un taureau en fer qui remue fortement, actionné par un opérateur) et s'émerveiller de lumières trop vives... Les phénomènes de foule ont bien changé depuis Nuremberg !
Nous retournons aux véhicules après 14 HEURES passées dans ce charmant endroit.

Bilan de la journée : l'estomac retourné grâce aux manèges, le ventre creux comme un biafrais anorexique, pour ne pas avoir voulu ingurgiter l'infâme nourriture yankee, la vision cauchemardesque d'un turc déguisé en Tic et Tac (je l'ai vu sans sa tête d'écureuil aux toilettes du parc !). A mon prochain anniversaire, je demanderai un billet pour le monastère de La Trappe !

Frédéric Hachimu