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  JEUNE RESISTANCE 24


INTERVIEW ILE DE FRANCE



En mars dernier, le groupe ILE DE FRANCE fêtait ses 5 ans d'existence. Mais Cathie, Thibaud et JC, tous les trois membres de la formation initiale de VAE VICTIS en 1993 n'ont pas dit leur dernier mot. Le deuxième album d'ILE DE FRANCE " Non à la dictature planétaire " sera dans les bacs début décembre. Sortie officielle, le 4 décembre, 3 ans jour pour jour après la sortie de " Franc-Parler ". Attention. Le rock engagé va encore frapper !

A quelqu'un qui ne connaîtrait pas encore ce groupe incontournable de la scène militante, nous dirions simplement qu'ILE DE FRANCE ignore les sentiers battus : concerts un peu partout dans l'hexagone et aux 4 coins de Paris (de préférence dans la rue avec un public de CRS !), musique mélodique mais enragée, textes profondément contestataires, prestations inoubliables qui tiennent plus du meeting que du bal populaire.


Il y a cinq ans, un article du journal " Le Monde " présentait Ile De France et Fraction comme les groupes les plus radicaux de la scène identitaire. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Nous avons effectivement la même préoccupation de faire passer un discours intelligent mais sans concession. Dans " radical ", il y a " racine ". Le combat culturel, par définition, est un travail en profondeur, pas un racolage de surface. De cela découlent deux conséquences fondamentales :
1/ Notre discours ne doit pas faire fuir le public, mais au contraire le séduire.
2/ Le fond de ce discours doit être parfaitement conforme à notre engagement.


Pouvez vous illustrer cette démarche par un exemple ?

Les exemples ne manquent pas. Le plus emblématique est sans doute la mondialisation, sujet à la mode et séducteur, mais à travers lequel nous pouvons décliner fidèlement toutes nos idées, politiques, sociales, identitaires, morales…etc.
Les contre-exemples ne manquent pas non plus. L'intégrisme républicain de certains réactionnaires prêterait à rire s'il n'égarait pas de nombreux militants. Non seulement la République laïque, jacobine et universaliste incarne tout ce que nous combattons, mais de surcroît les cocardes tricolores et les discours conservateurs ne mobilisent plus personne aujourd'hui, pas les jeunes en tout cas.


L'appellation " rock identitaire " décrit-t-elle bien cette conception du combat politique et culturel ?

Non. Nous sommes toujours restés distants vis à vis de cette étiquette floue pouvant désigner tout et n'importe quoi.
S'il s'agit de se complaire dans le passéisme ou dans un romantisme de pré-adolescent, l' " identité " représente une impasse dangereuse. Napoléon appartient à notre histoire, pourtant c'était un tyran dont l'impérialisme sanguinaire préfigure à la fois l'internationalisme socialiste et la mondialisation libérale.
S'il s'agit d'opposer des communautés vivantes et des traditions fortes au rouleau compresseur moderne, l' " identité " constitue l'indispensable corollaire d'une véritable contestation. En musique, on peut donner l'exemple du groupe québécois " TROUBLE MAKERS " qui associe adroitement dans ses textes le passé français du Canada et le refus de l'américanisation.


Pourquoi choisir le rock pour exprimer un idéal ?

Dans la société le ton est toujours donné par des minorités qui s'approprient les moyens de se faire entendre. Parfaitement exclus des média et des faux débats de la pensée officielle, nous devons essayer néanmoins et à tout prix de véhiculer notre message. Chacun de nos albums touche actuellement au moins dix mille jeunes, c'est déjà un bon rendement !
Il faut en outre rappeler que les gens sont plus sensibles à la poésie qu'aux arguments. Pas de révolution possible sans victoire dans ce domaine.
S'enfermer dans le ghetto, ou se transformer en minorité agissante, au cœur de la société : il n'y a pas d'autre issue.


Comment se manifeste ce souci d'ouverture dans votre action ?

A travers nos textes et nos musiques nous essayons de toucher une large audience. Nous évitons les symboles, toujours trop marqués, et les mots qui discréditent. Pour faire passer une idée, nous privilégions systématiquement le fond sur la forme.
Nous multiplions les concerts " ouverts " dans les bars, dans la rue, parfois " incognito " pour déjouer ces " flics de la pensée " qui veulent nous faire taire. Surtout, nous soutenons activement l'association BLEU BLANC ROCK, spécialisée dans la diffusion tous azimuts. Initiative unique en son genre, BLEU BLANC ROCK met à disposition des militants un stock impressionnant de cassettes promotionnelles, autocollants, tracts, flyers et affiches. La propagation de ce matériel militant constitue le prolongement indispensable du travail des groupes.


Votre premier album s'attaquait en priorité à la corruption des élites, sur fond d'hypocrisie médiatique. Au milieu de ce concentré de colère, un hymne étrange, intitulé " Prolétaires héréditaires ". Quel sens donnez vous à ce titre ?

Le terme " prolétaire " (du latin " proles ", qui signifie " lignée ") désigne celui dont la descendance est la seule richesse. Le prolétaire reçoit et il transmet, non pas des biens matériels, mais un héritage humain, spirituel et culturel.
Il faut s'approprier le concept de " prolétaire ", et ne pas le laisser à la lutte des classes marxiste, précisément parce qu'il échappe à toute vision économiste du monde.
Par la chanson "prolétaires héréditaires" nous n'avons pas recherché le misérabilisme bon ton, mais une approche prudente de l'identité, qui peut se résumer à une question : " qui sommes nous vraiment ? " Ni des petits bourgeois, ni des caricatures de Vikings, simplement les descendants d'ouvriers et de paysans. La connaissance de nos ancêtres nous offre des pistes de résistance face à l'uniformisation consumériste : le sens de l'effort et du sacrifice, la solidarité en actes.


A Jeune Résistance, nous avons beaucoup apprécié le mini-CD " Panique médiatique " avec Zetazeroalfa, groupe phare de la musique alternative italienne. Pouvez vous nous parler un peu de ce disque ?

Grâce à l'association BLEU BLANC ROCK qui soutient nos groupes militants, nous avons pu nouer d'excellents contacts avec les camarades italiens rassemblés autour du label RTP-PERIMETRO. A l'occasion d'un concert à Milan, Flavio de RTP nous a proposé ce projet original consistant à regrouper un groupe italien et un groupe français sur le même CD, autour d'un thème commun. D'emblée, nous avons été séduits, car nous apprécions beaucoup ZETAZEROALFA et RTP, qui réalisent en Italie un boulot absolument remarquable. Nous travaillons avec eux sur de nombreux projets.


" Non à la dictature planétaire ! ", le titre de votre prochain album annonce clairement la couleur. Pourquoi ce thème ciblé ?

Effectivement, nous concentrons nos feux sur la mondialisation, avec tout ce qu'elle implique.
Valeurs marchandes, uniformisation galopante, pensée unique, néo-esclavagisme et sociétés multi-racistes, perte des repères, multinationales omnipotentes… le sujet se révèle inépuisable.
En exploitant le thème de la mondialisation, nous ne travaillons pas pour nos adversaires, nous les faisons travailler pour nous. Nous voulons récolter les fruits d'une mode qui flirte imprudemment avec notre analyse du monde.


Quel regard portez vous sur les " anti-mondialistes " qui font parler d'eux actuellement ?

Nous suivons tout cela d'assez près, mais sans naïveté. Avec l'effondrement du bloc soviétique, beaucoup de militants d'extrême gauche ont perdu leurs dernières illusions. Désormais le système capitaliste étend son hégémonie à toute la planète. Nos pseudos révolutionnaires devenus de vrais réformistes s'agitent sans y croire autour de la grosse bête, par habitude. Que proposent-ils comme alternative à la mondialisation ? Soit rien du tout, soit clairement " une autre mondialisation ".
Pourtant le mot est lancé. Les internationalistes d'hier ont marqué un but contre leur propre camp. Car nous, nous savons ou nous allons : nous voulons déconstruire la mondialisation. Tous les peuples doivent pouvoir retrouver leurs racines, porter sans honte leurs différences, et redevenir maîtres chez eux. A nous de convaincre nos compatriotes et de rallier les anti-mondialistes sincères et déterminés.