Résistance Rock
Une Nuit Romaine inoubliable
Inoubliable ! Le qualificatif n'est pas trop fort pour évoquer le concert qui s'est tenu le 30 juin dernier en plein cœur de Rome.
Après une première partie très énergique de Innato senso d'allergia, un groupe local de Street Punk, les niçois de Fraction enflamment tout de suite la salle grâce à un jeu de scène frénétique, sur fond de son brutal et métallique. Le groupe de hardcore français, après avoir dédié un de ses titres à Massimo Morsello, chanteur militant terciériste décédé quelques semaines auparavant, enchaîne ses morceaux à 100 à l'heure avant de terminer sur un vibrant " Europe, Jeunesse, Révolution " repris en chœur par tout le public dans une ambiance dionysiaque. Les pierres du Colisée en tremblent encore…
Vient le groupe italien le plus enthousiasmant du moment, Zetazeroalfa. Les 6 romains, dans leur style excentrique, loufoque, démontrent une fois de plus qu'ils sont les fers de lance de la Musica Alternativa.
Tout ce joli monde s'est ensuite retrouvé dans le pub de Sinevox, chanteur de ZZA, pour fêter comme il se doit la sortie de la compilation Vox Europa vol.2 qui regroupe une dizaine de groupes rock anti-système : Sleipnir, Gesta Bellica, Elendil, Zetazeroalfa, Trouble Makers, Fraction ou Carpe Diem…
A noter qu'un titre de Fraction figure sur la compilation allemande " Unser Welt Sampler " qui vient de sortir, et que le groupe prépare activement la sortie de son mini-CD " Reconquista ".
Intolleranza "Tutti all'inferno"
A la fin des années 80 se forme à Rome un trio qui prend la tête de la mouvance RAC italienne en sortant des morceaux bien plus intelligents et construits que la moyenne. Il se baptise (non sans ironie) "Intolérance", sévit en 1987-88 et disparaît en 1989, foudroyé par la répression. Procès, prison, dispersion, exil. D'Intolleranza ne demeure alors que le mythe, le groupe n'ayant rien enregistré de son vivant.
Les trois complices se retrouvent en 1995, gravent en studio une sélection de leurs morceaux d'autrefois, tels qu'ils les faisaient alors, afin de mettre un point final sur une légende restée en suspens. Les voici, ces sessions posthumes, gonflées d'un souffle épique qui emporte tout. Intros d'anthologie, déchaînements de puissance sonore et expressive, et une suite d'hymnes imparables, avec au sommet de l'album le monumental "Steppa", qui traite d'une vieille histoire qui se passe entre Ukraine et Caucase et finit mal, relisez Degrelle... Il démarre sur une basse trop aiguë, une batterie qui s'égare en roulements, des petites notes bluesy trop acoustiques, auxquelles vont succéder des grincements comprimés, comme si la guitare était jouée à l'archet, tout est bizarre là-dedans - et puis la mixture décante, la pulsation monte, le crescendo escalade tous les degrés de l'émotion, et à la fin vous avez compris que vous tenez un sommet absolu du rock, au niveau des plus
grands classiques immémoriaux, quelque part entre U2 ou les Rolling Stones.
L'impact d'Intolleranza se mesure à la postérité que le groupe a laissée. Son guitariste est aujourd'hui le leader de Londinium SPQR, et le bassiste est l'âme du concept-groupe SFS (SottoFasciaSemplice) : pas des petites pointures. Bien que cet album ait été le plus gros tirage du rock identitaire italien, sa première édition de 1995 avait vite été épuisée.
Outre un livret légèrement modifié (un collector item de plus...) la réédition 2001 comporte en cadeau une reprise d'un morceau créé en 1979 par Janus, qui fut historiquement le premier groupe de rock identitaire en Italie. Et ainsi est bouclée la boucle.
Vox Europa II - Compilation, RTP 2001
Le cadeau de la rentrée nous vient d'Italie, avec la sortie du second volet de Vox Europa, produit par nos dynamiques camarades de RTP. Si le volume I, édité il y a 18 mois, était à dominante folk, celui-ci est très métalloïde, avec du riff de guitare bien crunch, charnu et trashy à souhait, des distos comme on les aime, bref du bon gros rock qui sent la sueur.
Avec 13 morceaux et 7 nationalités, c'est toute l'Europe que nous visitons en 54 minutes, moyennant une excursion de l'autre côté de l'Atlantique chez nos cousins de Nouvelle-France.
Cela démarre très fort avec les Allemands de Sleipnir, puis avec Gesta Bellica, groupe RAC italien au son et à la mise en place impeccables. Viennent ensuite les Parisiens d'Elendil, qui avec "Les Droits de l'Homme" (un inédit) nous livrent pour notre plus grand plaisir le meilleur morceau qu'ils aient fait à notre goût : une rythmique bien pensée qui se joue ici et là du temps, des irruptions de guitare bien lourdes et des envolées pistoliennes qui propulsent la voix de la chanteuse, plus rock et envoûtante que jamais, et qui se paye même le luxe de trouver des accents à la Johnny Rotten ! Bravo et encore bravo... On salive d'impatience dans l'attente de leur prochain album.
ZetaZeroAlfa se montre à la hauteur de sa renommée avec "Progetto Genoma", où le chanteur Sinevox gronde dans l'atonal, tel un zombie fraîchement extrait de son catafalque, sur une musique tantôt vaporeuse tantôt sauvage, les ambiances hypnotiques laissant place à de brutales montées en puissance.
Plus conventionnels sont les Espagnols de Estirpe Imperial, avec une pièce de hard qui doit beaucoup à Iron Maiden. Un style certes efficace mais un peu daté, qui évoque les années de jeunesse, celles où on collait des patches sur nos vestes en jean pour faire plus mâle...
On change soudain de climat avec "Il Paese dei Balocchi" de Hobbit, vivant et coloré, très noisy-pop, que nous ne cessons de mettre en boucle tant il est réussi.
Puis c'est Endovelico, une formation portugaise plus inspirée par le RAC des années 80 que par les claves de la samba et de la bossa nova. Les Anglais de Eye of Odin livrent un morceau aussi lourd que métal, inspiré de la mythologie nordique. Et vient le tour des Trouble Makers. L'excellent groupe québécois nous donne dans le style qui lui est propre un réquisitoire définitif contre l'abrutissement des masses par les médias et la culture de consommation qui achète la paix civile en remplissant les stades et les rayons des magasins.
L'intervention de Carpe Diem est pour sa part sans surprise, dans le plus pur style Viking-rock, puissant et grandiloquent. Les voix mises à part, on dirait par moments entendre les Scorpions. Souhaitons à la bande à Kay de suivre les traces de ces glorieux compatriotes.
Changement radical d'ambiance avec quelques boucles synthétiques new beat qui font pressentir quelque chose de similaire à du Front 242 avec des guitares satu en plus. Les Belges auraient repris du service ? et ils chantent en italien ?... Mais non : c'est Aurora, jeune groupe romain dont la démo et la prestation pleine de promesses qu'ils ont donnée le 12 février 2000 à Milan avec IDF nous avaient déjà laissé penser le plus grand bien. Essai marqué, et transformé !
Suit une oeuvre très solennelle des métalleux anglais de Squadron, avant le bouquet final, Fraction, dont le son est identifiable dès la première mesure, et qui nous mène avec une efficacité rare au milieu d'une manif qui dégénère, le lacrymo brûle les narines, pique les yeux, les sirènes vrillent les oreilles... On sent les Robocops progresser... Un avant-goût du sommet du G8 le 15 décembre prochain à Bruxelles ?
Voilà, on ne vous en dit pas plus, courez vite vous procurer cette compil qui est à ce jour la meilleure sortie de l'année, montez le son, et consommez sans modération.
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