Dossier : Les illusions perdues de l'intégration républicaine
* Les illusions perdues de l'intégration républicaine
* Racisme ! Retour à l'envoyeur.
* Economie globale, Tiers Monde, Immigration
Les illusions perdues de l'intégration républicaine
La France a connu tout au long du 20ème siècle de nombreuses vagues successives d'immigration. Avant la Seconde Guerre mondiale, elle a accueilli des Polonais, des Italiens et même des Espagnols fuyant le régime de Franco. Après 1945, ce seront les Portugais. Toutes ces populations ont connu des problèmes pour s'intégrer, des polémiques ont embrasé la scène politique nationale. Mais rapidement les controverses disparurent en même temps qu'elles se fondaient dans la société française.
Avec l'arrivée d'une immigration d'un nouveau genre, de religions fondamentalement différentes et originaire de pays extra-européens, la France a cru pouvoir reproduire les mêmes schémas d'intégration. La cause était entendue et donc n'avait pas à être débattue. Pourtant, les faits et les événements remettant en cause ce modèle ne cessent de s'accumuler depuis une quinzaine d'année. Ceux-ci nous invitent donc à réfléchir sur les limites de l'intégration et, au-delà de ces limites, à chercher à savoir si l'intégration est finalement souhaitable.
Le projet intégrationniste français reste une exception dans son genre. Les fondements idéologiques de la république (égalitarisme, anticléricalisme bourgeois et autres valeurs héritées des droits de l'homme) expliquent aisément cette spécificité et cette étrangeté internationale. La grande majorité des sociétés modernes occidentales a largement opté pour la logique de coexistence séparée, sur le modèle anglo-saxon. En effet, l'Angleterre tolère des villes de plus de 100.000 habitants à 90% musulmanes qui jouissent d'exemptions législatives de fait, notamment concernant l'application de certaines lois britanniques contraires aux préceptes de l'Islam. En Allemagne, l'Islam n'a pas vocation à devenir une religion autochtone. Dans cette optique, le gouvernement fédéral ne voit pas de mal à impliquer l'Etat turc dans ses relations avec ses propres ressortissants présents sur le territoire allemand, ceux-ci constituant l'essentiel des immigrés du pays. Fidèles à leur logique, nos voisins européens ne voient donc rien à redire à ce que leurs populations se regroupent par affinités religieuses, culturelles ou ethniques.
La France, elle, a choisi une toute autre route qui emprunterait plutôt le chemin brésilien et encourage un brassage ethnique de grande ampleur. Cette position est fondée sur une vision exclusive de la notion d'égalité entre les hommes qui s'ouvre sur la croyance en la supériorité raciale du métis, incarnation de l'homme nouveau précurseur d'une humanité indifférenciée, elle-même promesse d'un monde sans guerre. Pour cette raison, la France rejette toute forme publique d'affirmation religieuse, identitaire ou communautaire. En résumé, pas de tchador dans les écoles, pas de quartier ethnique, pas de langue régionale ou minoritaire et surtout pas de partis confessionnels ou communautaires. Le mot d'ordre de "mixité sociale" cache en fait un vaste projet d'homogénéisation humaine et le concept d'intégration se traduit par assimilation. D'ailleurs, le récent projet de loi voulant imposer un minimum de 30% de logements sociaux à toutes les villes et villages de France trahit ce plan démoniaque. Pour exister, la république doit nier les peuples. Vision on ne peut plus réductrice de l'homme, lui refusant toute dimension communautaire et toute aptitude innée, pour ne lui accorder que la dimension d'un être doué de raison. Selon ce principe, tous les hommes sont interchangeables.
Le réveil identitaire des beurs.
Aujourd'hui, un certain nombre de faits nous invitent à penser que cette théorie est en crise. En effet, malgré une masse d'efforts considérables, la machine à intégrer semble définitivement en panne. Pourtant, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce ne sont pas les guets-apens contre les pompiers, le caillassage des ambulances, l'agression des médecins de nuit ou l'accueil à coup de parpaings des forces de polices qui nous permettent de l'affirmer. Car ces phénomènes relèvent plus, en apparence, d'une non- assimilation d'ordre social que d'ordre culturel, ethnique ou cultuel. Ils sont violents mais écoutent du rap et s'identifient à des marques de vêtements sportifs. Bref, à première vue, leur système de valeur demeure essentiellement occidental. L'argument avancé par les crypto-marxistes républicains qui expliquerait ces manifestations violentes comme le résultat d'une injustice économique, conséquence du racisme des Français, pourrait alors se justifier. C'est seulement à la lueur d'évènements particuliers qu'une autre grille de lecture peut être adoptée et permet d'entrevoir une cause différente à cette violence.
En effet, alors que les jeunes des cités paraissaient en voie d'américanisation totale, il s'en est trouvé un certain nombre pour s'identifier à leurs frères palestiniens au moment où ceux-ci reprenaient l'Intifada. En même temps que le feu embrasait Gaza et Jérusalem, la France se réveillait avec le crépitement des synagogues en flamme. Qui l'eut cru ? Ces jeunes incendiaires musulmans, après avoir toujours vécu en France, exprimaient une solidarité arabe instinctive, venu du plus profond de leur être et qui outrepassait leur condition de zonard ou de rappeur. Dans l'esprit de ces jeunes maghrébins, leur francité chimérique cédait la place à leur arabité réelle. Même si une majorité d'immigrés échappe encore à cette prise de conscience, ce phénomène ne peut pas être ignoré. Il n'est pas interdit de croire qu'un grand nombre d'immigrés issus de la deuxième et de la troisième génération cherchent à reconstruire leur identité et se lancent dans une sorte de quête originelle. Quête qui passe nécessairement par le rejet de cette citoyenneté française subie ou imposée. Si les évènements du Stade de France semblent avoir surpris la France assoupie, ils n'avaient pour nous rien d'étonnant. Cette foule de plusieurs dizaines de milliers d'âmes sifflant de toute sa rage la Marseillaise sonnait comme un cri de mise à mort. Ils ont tué le Français qui était en eux et ils l'annonçaient à la France entière. Une France sourde de peur.
L'islamisation des banlieues.
Bien évidement, ce processus s'accompagne immanquablement d'un désir de réislamisation. Celui-ci parfois s'exprime simplement à travers le respect de quelques règles alimentaires comme refuser ostensiblement de manger du porc. Mais elle peut aussi aller plus loin dans le suivi de pratiques très contraignantes, comme la stricte observation du ramadan ou l'accomplissement des 5 prières quotidiennes. Même si ce phénomène reste encore impalpable et diffus, il participe d'une lame de fond beaucoup moins insignifiante qu'il n'y parait. Les concerts de klaxons qui ont, dans certaines cités, accueilli les attentats du 11 septembre peuvent difficilement s'expliquer autrement. Oussama Ben Laden a détrôné les stars du rap et la Djihad enflamme bien mieux les imaginations qu'un pauvre pétard. Ce guerrier du désert, pourchassé par les flics du nouvel ordre mondial, leur rappelle leur cache-cache avec les flics de la république. Il y a quelques semaines, le témoignage radiophonique, présenté comme anodin, d'un Français résidant dans la banlieue parisienne témoignait de ce glissement sournois, perceptible dans de nombreux quartiers difficiles. Le mardi 6 novembre, il déclarait sur Europe 1: "Depuis le 11 septembre, l'attitude des bandes de Maghrébins a changé, ils nous regardent avec mépris, ils nous provoquent du regard, on sent qu'ils cherchent le moindre prétexte pour nous agresser". Cette phrase, malheureusement passée inaperçue, est pourtant lourde de sens. Elle annonce qu'un nouveau stade a été franchi. La montée de la tension n'est pas rectiligne, elle s'effectue par vagues successives, chacune étant toujours plus pressante et menaçante que la précédente. Mais le reflux qui suit chaque crise nous fait penser que les choses rentrent dans l'ordre... Grave erreur !
L'islamisation de ces jeunes de banlieue est encouragée par des structures aux ramifications internationales. Les cités fourmillent d'associations d'entraide diverses contrôlées par des mouvements islamistes radicaux financés, entre autres, par les pétrodollars de l'Arabie saoudite. Comme nous le rappelle Del Valle, à partir de 1981, la communauté islamique, qui était resté relativement discrète, se réveillera pour "s'emparer des radios associatives, des mouvements de lutte contre l'exclusion et pour investir les associations Loi 1901". Désormais parmi d'autres, le courant des Frères musulmans chapeaute de nombreuses associations et possède aujourd'hui une forte influence auprès des jeunes de banlieue. Le Père Christian Delorme, Membre du Haut-conseil à l'intégration depuis 1995, passe aux aveux en reconnaissant lui-même que : "à la fin des années 1980, j'ai encouragé l'émergence des associations de jeunes musulmans, avec l'espoir qu'elles apporteraient à ces jeunes des repères moraux. En ce sens, j'ai été un "compagnon de route". Aujourd'hui, je suis déçu. J'avoue ne pas avoir été suffisamment clairvoyant". Et il ajoute, en parlant du mouvement des Frères musulmans : "Tous ces gens s'enracinent dans une même conception d'un islam qui englobe tout, la vie spirituelle, la vie sociale et la vie politique. Ils prêchent un islam transnational, qui veut débarrasser les musulmans de leurs attaches culturelles. C'est ce que je reproche le plus à Tariq Ramadan, puisqu'il est le prédicateur le plus influent auprès des jeunes musulmans français." L'enfer est pavé de bonnes intentions.
Mais ce n'est pas tout. Un rapport des renseignements généraux sur les mouvements islamistes de la banlieue grenobloise avoue même qu'il "convient de mentionner l'efficacité remarquable des actions de prosélytisme menée par les militants du Tabligh qui ont réussi là où d'autres (familles, justice, milieux enseignant et socio-éducatif) avaient échoué en dépit de tentatives répétées". Cette association indo-pakistanaise, implantée en France depuis 1968, a joué un rôle déterminant dans la réislamisation des immigrés de la première génération, puis dans celle des jeunes beurs. Elle jouit d'une image plutôt positive. Moussa Khedimellah, chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et spécialiste du Tabligh, soutient que ce mouvement missionnaire a permis à beaucoup de jeunes musulmans désocialisés de retrouver une dignité et un Islam "du juste milieu". Pourtant, bien que cette association bannisse toute activité politique, elle n'en reste pas moins une passerelle vers l'islamisme radical. Dans un article de Xavier Ternisien du Monde du 26 septembre, on peut lire : "Les mosquées de Tabligh ont été des lieux privilégiés pour des " rabatteurs " cherchant à recruter des militants prêts à l'action violente. Dans " Exils et Royaumes " (FNSP), Hervé Terrel raconte qu'en 1986, Fouad Ali Saleh fréquentait la mosquée de la rue Jean-Pierre- Timbaud. C'est là qu'il recruta les deux Marocains qui l'aidèrent à organiser les attentats à Paris, dont le plus meurtrier fut celui de la rue de Rennes. Deux des auteurs de l'attaque contre l'hôtel Asni à Marrakech, en 1994, Stéphane Aït-Idir et Rédouane Hammadi, originaires de La Courneuve, auraient ainsi été réislamisés par le mouvement piétiste".
Mais il n'y a pas que l'Islam des caves, il y a aussi l'Islam des prisons. En effet, celles-ci doivent régulièrement faire face à des mouvements de colère de la part des détenus musulmans menés par les militants islamistes. Selon de nombreux observateurs, ces détenus jouissent d'une forte influence sur les autres et plus particulièrement sur les jeunes issus des banlieues. Dans un article du Monde du 30 septembre, un surveillant témoigne : "Leur niveau intellectuel et leur stabilité psychologique supérieure en imposent aux autres. Dans une cellule encombrée, tout le monde se soumet à la prière". Toujours dans le même article on peut lire : "Depuis trois à quatre ans, il y a un retour des jeunes de banlieue vers le religieux, explique le directeur d'une prison d'Ile-de-France. Il y a dix ans, la pratique religieuse concernait essentiellement les quinquagénaires. Aujourd'hui, c'est un phénomène qui touche massivement les plus jeunes. Avec l'islam, ils trouvent un but existentiel qui comble le vide qui les caractérise. C'est quasiment un effet de mode."
Du racket à la Djihad.
Cependant, la réislamisation des beurs demeure ambiguë. Car si ce retour vers le religieux leur offre des repères moraux propres à une meilleure sociabilité, il soulève néanmoins une problématique d'un autre type. En effet, cette redécouverte du Coran s'opère inévitablement contre les Français de souche jugés racistes et accusés d'être responsables de l'exclusion sociale qui les frappe. Il s'effectue aussi en réaction contre un occident jugé décadent (ce qui n'est pas faux), en partie à cause du statut qu'il accorde à la femme. La rage de ces jeunes, une fois canalisée par l'Islam, débouche immanquablement sur une radicalité politico-religieuse. On peut même affirmer que l'Islam intensifie leur ressentiment vis-à-vis de la France en le structurant. La religion vient ordonner et prolonger cette haine chaotique accumulée durant leur enfance par une errance sociale et identitaire, conséquence de leur déracinement. De plus, qu'on le veuille ou non, l'Islam est une religion intégrale qui empiète nécessairement sur le champ politique. Il devient alors difficile, comme le rêve tant Dalil Boubakeur recteur de la mosquée de Paris, d'imaginer possible une pratique modérée de l'Islam parmi les musulmans français. Le parcours de nombreux beurs devenus terroristes islamistes balaye ce vœu pieux et laisse deviner une tendance lourde qui traverse toute la communauté musulmane Française, du moins en ce qui concerne les nouvelles générations.
Stéphane Aït-Idir, Rédouane Hammadi, Hocine Bendaoui, Mouloud Bouguelane, Omar Zemmiri, Seddik Benbahlouli, Djamel Beghal, Nizar Trabelsi, Tahar Berkous, Kamel Daoudi, Mohammed Chalabi, Fouhad Sabour et bien sûr Khaled Kelkal et Zacarias Moussaoui (Le 20ème homme des attentats du 11 septembre). Tous ces terroristes islamistes sont nés ou ont grandi en France. Ils ne sont que la partie émergée de l'iceberg, la frange la plus extrême. Curieusement, au lieu d'alerter l'opinion publique, celle-ci cherche envers et contre tout à les considérer comme des exceptions. Pourtant les terroristes ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Une forêt peuplée de Safir Bghioua en puissance. Son cas, oublié aujourd'hui, mérite d'être développé. Le samedi 1er août 2001, ce jeune homme, né en 1976 à Béziers, attaquait au lance-roquettes une patrouille de police, ouvrait le feu dans la rue qui mène au commissariat de la ville et tuait d'une rafale de mitraillette le chef de cabinet du maire, Jean Farret. Il sera finalement abattu sur un parking, après avoir provoqué les hommes du GIPN en se réclamant "Fils d'Allah". Apparemment rien ne semblait le différencier des autres jeunes du quartier. Or, une simple enquête permettra de découvrir que Safir avait effectué de nombreux voyage au Kosovo et qu'il aurait été lié aux milieux islamistes. Comme l'affirme l'imam de Béziers, Mohamed Sidaïne, Safir Bghioua fait partie ce "ces jeunes qui n'ont jamais fréquenté la mosquée, mais qui ont une vision guerrière de l'Islam". Une seule question nous vient alors à l'esprit : Combien notre pays compte-il de ces jeunes ?
Le récent repli communautaire des juifs de France.
Car à chaque nouveau cas, les autorités ou les journalistes semblent tomber des nues. Il est vrai que, de leur univers idyllique sorti d'un mauvais Walt Disney où les papillons multicolores chantent des berceuses aux gentils crocodiles, décrypter la réalité apparaît bien difficile. Il semble bien que tout aille à vau-l'eau au royaume de France. La sacro-sainte république prend la flotte de toute part et commence une lente mais certaine immersion dans les abysses sans fond des problèmes interethniques. Si les Français ne semblent pas avoir encore pris toute la mesure des bouleversements de ces derniers mois, d'autres souvent plus au fait de l'actualité commencent à sérieusement s'inquiéter. Je pense plus particulièrement à la communauté juive de France. Car elle aussi est en train d'initier un repli communautaire face à une montée de l'anti-sionisme alimenté par le conflit israélo-palestinien. Les synagogues connaissent depuis quelques années un regain d'affluence et les vieilles rancœurs entre séfarades et ashkénazes sont rangées au placard au nom de la grande union. Car cette communauté juive, depuis la reprise de l'Intifada, a peur.
Elle est victime de l'anti-judaïsme des jeunes beurs qui s'exprime souvent sous la forme de propos antisémites, comme par exemple le célèbre : "un juif, une balle". Souvent les actes accompagnent les menaces et plus de 350 actes d'antisémitisme ont été recensés cette année. Simone, 74 ans, fille de déporté et membre de la communauté juive ashkénaze de Strasbourg avoue à un journaliste du Figaro : "Je n'avais jamais ressenti un tel rejet depuis la guerre". Les membres de la communauté préfèrent alors se retrouver entres eux. Simon Lévy du consistoire du Bas-Rhin, reconnaît "une tendance à se retrouver au sein de la communauté". Certains, de plus en plus nombreux, commencent même à envisager une émigration en Israël. Fuir la France est dans toutes les têtes. Les valeurs de la république ne valent plus tripette et ses écoles sont massivement abandonnées. Le nombre d'inscription dans les écoles juives ne cesse d'augmenter tous les ans. Aujourd'hui 20% des jeunes juifs sont scolarisés dans des établissements religieux où est enseigné un judaïsme strict et rigoriste. L'intégration des juifs, pourtant considérée comme acquise, apparaît de plus en plus comme une illusion. Le projet républicain n'est plus qu'un doux rêve et ce ne sont pas les propos du grand rabbin Sitruk qui vont l'aider à se concrétiser. Celui-ci soutient dans une interview donnée au Figaro : "Pour les juifs, je suis pour la famille juive et donc opposé aux mariages mixtes. Parce que féconder des valeurs communes, c'est une responsabilité supplémentaire. En tant que juif, j'ai des valeurs à transmettre. Comme le judaïsme n'est pas favorable aux conversions parce qu'il estime que chacun doit véhiculer son identité spécifique, on déconseille les mariages mixtes. Notre religion est la seule qui ne cherche pas à convertir. Notre vision messianique n'est pas que tout le monde devienne juif mais que tout le monde reconnaisse que les juifs ont une valeur".
Ce repli communautaire s'accompagne inévitablement d'un discours raciste, souvent primaire, à l'encontre les Arabes. Ainsi, de plus en plus de passerelles sont tendues en direction de certains intellectuels proches de la droite radicale, réputés pour leur anti-islamisme comme Alexandre Del Valle. Ceux-ci, contre un strict alignement sur les positions sionistes, se voient alors conviés à toutes sortes de colloques regroupant des institutions juives comme le B'nai Brith et sont invités à de nombreuses émissions de radio ou de télévision. On a même vu apparaître un site Web ultra raciste s'intitulant "Sos Racaille" destiné aux sympathisants durs de la droite Nationale qui était en fait piloté par des organisations sionistes comme le Betar. Après avoir lutté violemment contre tous les mouvements d'extrême droite depuis 30 ans, voila que ces milices sionistes leur font désormais les yeux doux. On croit rêver ! L'islamisation des beurs amènerait-il nos amis sionistes à revoir leur stratégie ?
Ce retournement vis-à-vis des immigrés musulmans est d'autant plus surprenant qu'historiquement la communauté juive n'est pas exempte de responsabilité dans l'aggravation de la situation actuelle. Le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Valeurs Actuelles reconnaît : "le malaise est d'autant plus grand que la communauté juive a le sentiment d'avoir été trahie. D'abord par le milieu beur, qu'elle a soutenu dans sa lutte contre le Front National, et ensuite par une partie de la gauche plurielle, qui semble privilégier la pêche aux voix dans la communauté musulmane". Trahison ? La violence du terme nous indique que nous avons franchi un seuil. ?a sent la poudre !
Mais les musulmans ne sont pas les seuls à être incriminés. La presse est accusée de prendre parti pour les Palestiniens, les institutions sont montrées du doigt pour leur passivité et il est reproché à la société française en général un manque de compassion vis-à-vis des débordements antisémites. Bref, nos compatriotes israélites se sentent abandonné et se replient sur leur propre communauté comme à la triste époque des pogroms. Ce réflexe tout à fait naturel, nous ne le blâmons pas, mais il nous tient à cœur de rappeler qui était contre l'immigration et qui était pour lorsque le problème pouvait encore être résolu simplement. En venant frapper à notre porte pour quémander solidarité et aide, au nom d'un péril islamiste, ils se sont royalement foutu le doigt dans l'œil. Les manœuvres politiques tordues des éléments sionistes ne nous ont pas échappé et ne nous feront oublier ni les humiliations incessantes, ni les poursuites judiciaires permanentes, ni les appels au lynchage public, ni les victimes innocentes de leurs agressions aveugles qui ont constitué notre lot quotidien durant plus de 50 ans.
N'oublions pas les leçons du Kosovo !
Nous voilà désormais dans notre belle république avec deux communautés dos à dos et les Français au milieu, sommés prestement de prendre parti. Dans un cas ils sont racistes, dans l'autre ils sont antisémites. Il faudra bientôt vivre, travailler et mourir pour les uns ou pour les autres comme si les Français ne comptaient pas. Comme s'ils n'étaient porteurs d'aucune identité ! Comme si eux-même n'avaient aucun particularisme à défendre, aucune valeur à transmettre, aucun héritage à faire perdurer ! Mais n'est ce pas finalement la réalité ? De quoi le Français contemporain est-il porteur ? D'un caddie plein ? D'un téléphone portable ? D'une liposuccion ?
Les efforts conjugués de la république et de la mondialisation auront réussi à créer le non-humain total, l'estropié mental intégral, le schizophrène fini. Les rêves de l'intégration républicaine s'envolent en fumée (et c'est tant mieux) en laissant derrière eux un vide sidéral. Les illusions universalistes de la révolution française auront d'abord enfanté l'internationale marxiste et son cortège d'horreurs pour finir sur la mondialisation libérale, aboutissement logique du processus. La substitution de l'homme enraciné et religieux par un citoyen désincarné et abstrait aura mis l'Europe à genoux. Cette logique, il faut aujourd'hui la combattre en réinventant un rapport harmonieux avec la nature, en reconstruisant des communautés réelles et en renouant avec la religiosité.
Sinon les chances de victoire de l'Europe sur l'expansionnisme islamiste seront minces. Les valeurs décadentes qui fondent notre société la rendent peu viable à long terme. La démographie en chute libre des populations européennes (contrairement à la bonne natalité des familles américaines), conséquence d'un mal-être existentiel, constitue une menace réelle de disparition. L'explosion du phénomène des sectes et le grand nombre de conversion à l'Islam n'ont d'autre explication que le néant mystique européen. En fait l'Islam ne fait qu'occuper l'espace que nous avons déserté. Il nous renvoie à nous-même et nous force à affronter nos propres démons. Ceux qui nous invitent, dans la précipitation, à accepter toutes les compromissions pour foncer tête baissée dans une lutte mondiale contre l'islamisme se trompent lourdement. La victoire américaine en Afghanistan n'aura aucunement résolu nos propres problèmes. Nous ne luttons pas contre l'Islam, mais contre son expansionnisme. Notre véritable ennemi n'est pas Oussama Ben Laden, mais les forces totalitaires du mondialisme. La date du 11 septembre restera surtout dans l'histoire comme l'accomplissement absolu de la suprématie américaine. Or, dans la bataille vitale que nous nous préparons à mener contre nous-mêmes, il n'est pas dit que nous aurons le soutien des Américains. On peut même parier qu'ils joueront la carte de l'Islam pour affaiblir un concurrent gênant. Pour l'administration américaine, l'Europe occidentale, au même titre que la Russie ou la Chine, est un adversaire. La voir sombrer dans une guerre civile qui la mettrait longtemps hors-jeu serait pour la maison blanche plutôt une bonne nouvelle. Certains ont déjà oublié les leçons du Kosovo.
Karl Hauffen
2e article : Racisme ! Retour à l'envoyeur.
Raciste ! Voilà le mot qui tue. Ce terme, une fois lancé, fuse comme une flèche pour abattre net les arguments de l'adversaire. Sa pointe est empoisonnée et même lorsqu'aucune idée essentielle n'est touchée, le corps politique qui en est frappé est invariablement condamné. Pour cette raison, le débat sur l'immigration en France n'a jamais eu lieu. Toute personne qui se risquait sur ce terrain était retrouvée politiquement morte quelques mois plus tard, atteinte par une de ces flèches, décochée d'on ne sait où.
Pourtant, lorsqu'on analyse plus méthodiquement le discours des antiracistes officiels, il est aisé de déceler de nombreuses ambiguïtés troublantes. Car n'est pas antiraciste qui veut. Etre réellement antiraciste demande une cohérence idéologique implacable, seule capable de surmonter les nombreuses contradictions soulevées par cette prise de position. En effet, la porosité entre les concepts d'antiracisme et de racisme est grande et l'on a vite fait de franchir la ligne de démarcation sans même s'en apercevoir. Cette frontière est aujourd'hui largement ignorée, ce qui nous permet de retourner contre nos adversaires l'arme avec laquelle ils nous menaçaient injustement. Car étrangement, c'est au sein du camp des soi-disant antiracistes que l'on remarque le plus de racisme.
Pour commencer, le concept même d'universalisme, dans lequel beaucoup d'antiracistes se reconnaissaient, apparaît difficilement compatible avec la notion même d'antiracisme. Comment concilier un discours universaliste, induisant une supériorité du système occidental, avec une attitude accordant une valeur propre à chaque système humain. Se profile alors, en trame de fond, la conviction inconsciente d'une prédominance de la race blanche l'invitant à imposer les droit de l'homme au monde entier. D'ailleurs, les politiques d'aide au développement envers des pays jugés arbitrairement par l'occident comme « sous-développés », découle de cette même logique. Nous baignons ici en plein ethnocentrisme. Pour un antiraciste universaliste, tant que la brousse africaine n'aura pas cédé la place à une mégalopole urbaine ultramoderne, l'Afrique ne sera pas digne de figurer aux côtés des pays développés, incarnations de l'idéal universel. Ici, l'antiraciste devient l'agent de la mondialisation et met ses nobles aspirations au service d'une nouvelle forme de colonialisme, comme les missionnaires chrétiens en leur temps. Au fond, ces french doctors qui arpentent la savane africaine (une pensée pour Kouchner) ne voient dans l'Africain qu'un enfant irresponsable qu'il convient d'aider afin de le sortir de sa condition de pauvre. Ils ne comprennent pas que l'origine de cette pauvreté est la conséquence même de la conception qu'ils se font des populations du Tiers-monde, celle de grands enfants arriérés.
Les véritables antiracistes que nous sommes ne peuvent pas excuser de tels écarts. Ces universalistes doivent être dénoncés pour ce qu'ils sont, c'est à dire des racistes au service des transnationales financières. En ce qui nous concerne, nous estimons le principe du développement séparé plus sage et nous dénonçons les visées colonialo-mondialistes de l'occident actuel.
Second point : L'égalitarisme revendiqué par l'ensemble de nos antiracistes subventionnés entre nécessairement en opposition avec la notion de diversité. Or, qu'est-ce qu'un antiracisme qui nie les différences, sinon une autre forme de racisme. En fait, il exprime surtout une peur de l'autre dans son altérité. Cette lutte contre les inégalités débouche inexorablement sur une volonté du Même. Selon ce principe, l'autre doit être dépouillé de ses spécificités de manière à pouvoir rentrer dans le moule étroit de l'égalité, et donc du Même. Alors qu'au contraire, l'antiracisme n'a de sens que s'il fonde son action dans la défense des différences et donc de la diversité. Alain de Benoist nous rappelle : "C'est bien le principe de diversité qu'il convient d'opposer à l'idéologie du Même. Un principe tire sa force de sa généralité même. La diversité du monde constitue sa véritable richesse, car cette diversité est fondatrice du bien le plus précieux : l'identité". Le mot "pluriel", qui est agité à tout vent par nos antiracistes fonctionnarisés, est un leurre. Ils confondent magma informe et diversité authentique et c'est bien un monde homogénéisé qu'ils défendent. Un pas supplémentaire vers la standardisation de l'homme accompagne chacune de leurs victoires politiques. D'ailleurs, un grand nombre d'entre eux n'échappe pas à la tentation du discours mixophile. Nous mettons ici le doigt sur la troisième erreur de ces pseudo-antiracistes.
Pour finir, la mixophilie ambiante, qui voit dans le métissage la promesse d'un monde meilleur, constitue l'ultime perversion du discours antiraciste. Elle est en fait l'incarnation d'un néo-racisme moderne. Car le métissage est soutenu par une argumentation scientifique qui laisse à désirer (une pensée pour A. Jacquard). Comment ne pas voir dans cette phrase de J. Needham : "le métissage est biologiquement avantageux", un appel au mélange des races, annoncé comme génétiquement bénéfique. Se dessinent alors les contours d'une race supérieure : la race métissée. Nous sommes ici confrontés à un racisme biologique. P.A. Taguieff, dans son livre "les fins de l'antiracisme", reconnaît lui-même que : "Récusant frontalement la notions de races pures, l'antiracisme mixophile n'en pense pas moins racialement, favorisant le retour inattendu du mythe du sang par son apologie du sang-mêlé, érigé en quasi-race supérieure". Cet antiracisme là doit également être combattu avec vigueur, car il représente une menace pour l'humanité. Si la biodiversité de la nature est une richesse qu'il faut protéger, forcement la diversité des races et des cultures doit l'être également.
Ce léger survol nous permet de constater que l'antiracisme n'est pas une notion aisée à manipuler et que la seule démarche cohérente vis-à-vis de cette problématique reste la nôtre. Celle d'une vision qui défende la diversité, les identités et les droits des peuples à vivre selon leur propre modèle. Nous n'avons pas à avoir peur de l'antiracisme. Au contraire, il doit devenir notre cheval de bataille. Nous devons devenir le fer de lance d'un nouvel antiracisme. Celui du droit des peuples à perpétuer leur héritage et celui du droit des communautés traditionnelles à refuser leur dilution dans le néant marchand. Car, le grand combat de demain sera celui de la diversité contre les forces homogénéisantes du mondialisme.
Eric Flecksteiner
3e article : Economie globale, Tiers Monde, Immigration
Battage autour des drames de l'immigration clandestine, comme la découverte de 58 Chinois sans papiers morts étouffés à l'arrière d'un camion, évocation catastrophiste d'un prochain et terrible choc démographique, proposition du chancelier allemand Schr?der de recourir à " l'importation » de spécialistes indiens de l'informatique, autant de signes médiatiques qui ne trompent pas. Tous les arguments et tous les prétextes sont bons pour promouvoir l'immigration légale.
Les clandestins, ça fait désordre. Un Etat bien policé accepte mal la présence sur son territoire d'une population non recensée. Libéraux et sociaux démocrates s'accordent donc parfaitement pour légaliser à tour de bras, et pour accorder des visas en pagaille.
Au même moment, des économistes rassurants affirment que la mondialisation de l'économie va doper le tiers monde et stopper l'immigration.
L'intérêt que représente l'immigration pour les grandes sociétés capitalistes est bien connu. L'apport de populations immigrées permet de répondre ponctuellement et rapidement aux déficits de main d'œuvre, notamment en période de reconstruction et d'essor économique. L'immigration fait tendre vers le bas le niveau des salaires, éventuellement en maintenant un taux de chômage élevé.
Dans les années 50, la France a ainsi fait appel aux ouvriers portugais et nord-africains, alors que l'Allemagne se tournait vers la Turquie.
Aujourd'hui, en recrutant pour une durée temporaire des spécialistes étrangers, les pays d'accueil cherchent à accroître la flexibilité sur leur marché de l'emploi et à éliminer les goulots d'étranglement qui y existent.
Pourtant les libéraux prétendent lutter contre l'immigration. Selon eux, le contrôle de l'immigration aux frontières et sa régulation par des politiques nationales ne peut suffire. Il convient d'agir sur les causes du départ dans les pays d'origine. Le développement est le « seul moyen d'éliminer à terme les migrations internationales » affirme Jean-Pierre Guengant dans les colonnes de La Revue européenne des migrations internationales, ajoutant aussitôt que « les actions à mettre en œuvre pour arriver au développement des pays d'émigration, incluent l'utilisation de l'assistance bilatérale et multilatérale pour la création d'emplois, l'encouragement des investissements étrangers, la délocalisation d'entreprises, la libéralisation des échanges au niveau mondial, ou l'existence de zones de libre échange » (1). En résumé, pour réduire l'immigration, il faut ouvrir les frontières au commerce global.
Les propositions de la droite nationale - FN comme MNR - s'écartent en partie de ce schéma. Celle-ci réclame un contrôle plus strict, une réforme du code de la nationalité, une répression du travail clandestin, et d'une manière générale, la réduction des « pompes aspirantes » (avantages sociaux et familiaux accordés aux immigrés). Dans son « argumentaire du patriote », le Front National envisage également « une conférence internationale sur les mouvements de population, afin de régler la question de l'émigration de masse vers les pays développés par une politique active de développement des pays du Sud » ainsi que la création d'une contribution patronale d'aide au retour des immigrés.
« Développement » et intégration à l'économie globale.
En parlant de l'ALENA (l'accord de libre échange nord américain), le président mexicain Salinas a déclaré que son pays voulait exporter plus de biens, et non davantage de personnes. Autrement dit, il professe l'idée selon laquelle la libéralisation des politiques commerciales aurait pour conséquence de réduire les mouvements migratoires.
Le raisonnement suivi par les libéraux est le suivant. Lorsque le pays développé libéralise ses importations provenant des pays en développement, le pays en développement va exporter moins d'émigrants et plus de biens utilisant beaucoup de main-d'œuvre. De même, si le pays en développement réduit la protection de son secteur de substitution aux importations, il produira plus de biens exportables, ses salaires augmenteront et l'émigration diminuera.
Par « réduire la protection de son secteur de substitution aux importations », il faut comprendre abandonner la partie de sa production qui a besoin d'être protégée de la concurrence étrangère par des droits de douanes. Il s'agit de pousser les pays du tiers monde à transformer leur économie traditionnelle afin de maximiser la spécialisation économique et le commerce mondial.
Quels sont les instruments employés pour parvenir à ce but ? : les accords commerciaux internationaux (ex : l'accord agricole de l'OMC) et les conditions attachées aux prêts (de la Banque mondiale par exemple) accordés aux pays pauvres.
La physicienne Vandana Shiva, spécialiste de l'agriculture indienne, montre les conséquences profondément néfastes de ce processus mondialiste.
Le remplacement des cultures vivrières par des cultures d'exportation (on demande au Tiers Monde de cesser de produire des denrées de base et de se consacrer à la culture de produits de luxe pour les pays riches) a réduit la sécurité alimentaire. Parallèlement, la prise de contrôle de l'industrie alimentaire par les multinationales et l'afflux d'importations a éliminé les producteurs locaux.
Vandana Shiva décrit les efforts entrepris par les grands groupes alimentaires pour s'emparer de la production et de la distribution du blé en Inde. Elle explique comment « cette économie décentralisée, à petite échelle, fondée sur des millions de producteurs, artisans et commerçants, fonctionne avec un capital et une infrastructure très réduits, que remplace la main d'œuvre », et pronostique que son industrialisation détruira « les moyens d'existence et d'alimentation d'au moins 100 millions de personnes » (2). Déjà, les importations de soja, libéralisées et déréglementées, ont privé d'emploi plusieurs millions de paysans producteurs d'oléagineux. Autant de candidats possibles à l'émigration.
Ces constatations sont valables dans d'autres contextes. Prenons l'exemple du Maroc et du Mexique. Ces deux pays ont connu un processus d'ajustement structurel dont une libéralisation du commerce international. Les secteurs qui y sont encore les plus protégés par des droits de douane sont les secteurs de substitution aux importations agricoles comme les céréales, l'huile végétale et le sucre. Or la plupart de ces biens agricoles de substitution aux importations sont produits dans de petites fermes utilisant beaucoup de main d'œuvre. La réduction des barrières douanières sur les produits importés concurrents affaiblirait grandement ces secteurs et se traduirait par une augmentation de l'émigration.
L'économiste Robinson, évaluant l'impact de l'ALENA sur les flux migratoires du Mexique vers les Etats-Unis, calculait en 1991 qu'avec la libéralisation du commerce international, plus de 800 000 personnes perdraient leur emploi dans le secteur fortement protégé qu'est celui du maïs, 25% d'entre elles retrouveraient du travail dans un autre secteur (y compris celui des exportations agricole) et 75% émigreraient aux Etats-Unis.
On est loin des vœux pieux du président Salinas !
Bien qu'il faille se montrer prudent face à des chiffres précis, il est clair que le processus d'intégration à l'économie globale libère généralement des surplus de main d'œuvre auparavant employés dans diverses activités traditionnelles - agriculture de subsistance, artisanat, commerce, services domestiques - d'où d'importantes migrations internes, mais aussi externes.
L'immigration n'est pas une solution pour le Tiers Monde.
Les pays pauvres se montrent souvent relativement favorables à la migration d'un certain nombre de leurs habitants. Ces départs ont pour conséquences une moindre pression sur le marché de l'emploi, de l'argent envoyé aux familles, d'où une meilleure capacité de consommation et moins de revendications.
L'Egypte a ainsi changé totalement de politique ; Nasser, pour construire la « Grande Egypte » maintenait ses concitoyens au pays. Sadate, au contraire, a adopté une politique d'encouragement à l'émigration.
Cependant, les émigrants sont presque toujours des habitants dynamiques et inventifs ; leur départ peut nuire à la vitalité de leur village (désorganisant les systèmes agricoles) ou de leur région. Les remises d'argent des migrants correspondent à une compensation versée aux sédentaires qui ont contribué à supporter les coûts de la migration, ainsi que les coûts liés à leur absence. Si la tendance générale est à l'érosion progressive de ces mécanismes collectifs - du fait de la mise en contact avec des systèmes de valeurs individualistes - il faut préciser que plus les migrants occupent des emplois qualifiés et bien rémunérés, moins ils se montrent solidaires vis à vis des institutions et organisations traditionnelles.
La fuite des travailleurs qualifiés des pays en développement vers les pays industrialisés est fréquemment montrée du doigt. Des représentants de pays africains, notamment, se plaignent de ce que ces pays ont non seulement perdu un grand nombre de leurs ressortissants ayant bénéficié d'une formation universitaire depuis le début des années 80 au bénéfice de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord, mais encore que ceux qui sont restés dans leurs pays d'origine se trouvent privés de leur emploi du fait de la concurrence d'experts étrangers (autrement dit, les multinationales venues exploiter la main d'œuvre locale réservent leurs emplois de cadres et de techniciens à une élite importée).
On pense qu'environ 60 000 docteurs, ingénieurs et universitaires ont quitté l'Afrique entre 1985 et 1990. Depuis cette date, le nombre atteint 20 000 par an. Mais ce phénomène n'épargne pas les Caraïbes, l'Amérique centrale et l'Asie. On sait, par exemple, que les Philippines se sont vidées dans les années 70 de plus de 10% de leur population active qualifiée. Dans la même période ce chiffre atteint 20% pour le Bangladesh.
Si le raisonnement typiquement économique selon lequel l'immigration est le simple résultat d'un calcul individuel coût/avantage peut s'appliquer à cette « élite migrante », il s'avère peu pertinent lorsqu'il s'agit d'expliquer les grands mouvements de population. Et il est tout à fait utopique de considérer l'immigration comme un correctif possible aux déséquilibres démographiques et à la pauvreté. Au contraire, l'immigration est une conséquence parmi d'autres de la désintégration des économies et des sociétés traditionnelles au profit d'un véritable néo-colonialisme. Pour Edward Goldsmith, créateur de la revue « The Ecologist », on peut penser que les deux termes « développement » et « colonialisme » désignent un seul et unique phénomène tendant vers un même objectif. Edward Goldsmith donne à l'appui une citation de Cecil Rhodes, prophète anglais du colonialisme : « nous devons trouver de nouvelles terres où nous procurer facilement des matières premières, et, en même temps, exploiter la main-d'œuvre servile à bon marché fournie par les indigènes. Les colonies nous permettront également d'écouler les surplus de marchandises produites dans nos usines. »
Il faut le répéter, l'immigration n'est pas un remède aux déséquilibres mondiaux, mais bien le fruit de ces déséquilibres mondiaux, eux-mêmes conséquences du mondialisme économique et idéologique.
Nous avons vu comment les effets désastreux de la libéralisation des politiques commerciales sur les économies du Tiers-monde ne pouvait qu'engendrer l'exode rural, et donc créer une population mobile disposée à immigrer.
Nous savons que le modèle culturel dominant occidental exerce sa séduction sur les masses du monde entier, désintégrant partout la famille traditionnelle et les mécanismes naturels de contrôle de la natalité.
De même, le calquage d'institutions démocratiques inadaptées, la concentration du pouvoir, la constitution de grands centres urbains où refluent les membres d'ethnies très diverses, coupés de leurs liens communautaires, salariés potentiels en quête d'emplois inexistants, sont autant de facteurs qui catalysent les tensions, favorisent les guerres et l'exclusion en masse de minorités. D'où l'augmentation constante du nombre des réfugiés. Selon la philosophe suédoise Helena Norberg-Hodge, c'est à tord que les gens voient dans les conflits ethniques la conséquence inévitable de traditions culturelles et religieuses différentes : « Dans le Sud, on se rend compte que la modernisation exacerbe les tensions, mais on se hâte généralement de conclure qu'il s'agit seulement d'une étape sur la voie du « progrès », étape qui prendra fin lorsque le développement aura gommé les différences culturelles et donné naissance à une société entièrement sécularisée. » (3)
Ainsi nous partageons l'analyse selon laquelle il faut agir sur les causes de l'immigration pour parvenir à réduire les phénomènes migratoires. Les contrôles aux frontières et des politiques nationales rigoureuses sont certes nécessaires, mais il convient d'adopter également une optique à plus long terme visant à agir à l'échelle mondiale. Cependant il est clair que les arguments libéraux sont des leurres qui ne tiennent pas la route.
« Les médias rendent compte quotidiennement des problèmes d'immigration ; ils parlent des masses de gens qui tentent de traverser les frontières pour trouver du travail et qui se heurtent à la xénophobie, à la violence ainsi qu'à la démagogie des milieux dirigeants. Mais ces reportages ne mentionnent jamais les accords commerciaux internationaux qui rendent la vie impossible à ces gens dans leur pays d'origine » affirme à juste titre le politologue anti-mondialiste américain Jerry Mander. (4)
Pour réduire l'immigration, il faut s'assurer que les peuples bénéficient d'un maximum d'autonomie économique et alimentaire, il faut veiller au développement des marchés locaux, et respecter la souveraineté des institutions locales, c'est à dire prendre la direction inverse que celle imposée par les instances mondialistes et les multinationales.
(1) Jean-Pierre Guengant, in « Revue européenne des migrations internationales, 2e semestre 1996 »
(2) (3) (4) « Le procès de la mondialisation », ouvrage collectif, Librairie Arthème Fayard pour l'édition française, 2001.
Jean Christophe
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