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LIVRE : « La Faim »de Knut Hansum (1859-1952)
 


Le 09 Mai 2006


Par Xavier EMAN




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  Knut Hansum est devenu un écrivain sulfureux quand, à la fin de sa vie, il s’est fourvoyé avec le gouvernement collaborationniste de Quisling croyant voir dans le national-socialisme les prémisses d’une société forte, enracinée, non marchande et proche de la nature qu’il appelait de ses voeux.
Mais il serait aussi absurde de réduire ce grand écrivain à cet « engagement » tardif que de refuser de le découvrir pour ces mêmes raisons (tout comme il serait imbécile de se priver d’ « Aurélien » du fait des sympathies staliniennes d’Aragon…) car Knut Hansum est le contraire d’un idéologue et ses oeuvres sont l’exacte antithèse de ce que l’on pourrait appeler des « romans à thèse ». Ce sont des hymnes poétiques, à la fois simples et profonds, brossant un tableau sensible et humble de sa perception de la nature humaine.
C’est le cas de son ouvrage « La Faim », généralement considéré comme son livre majeur, qui est un extraordinaire roman de la misère, largement autobiographique, mais d’une misère qui n’est pas du tout traitée sous un angle social et revendicatif comme c’est souvent le cas à propos de ce genre de sujets mais sous la forme d’une description minutieuse et neutre de l’existence quotidienne d’un écrivain sans le sou et affamé.
La thématique comme le traitement font de cette œuvre l’une des plus atypiques que l’on puisse croiser dans la littérature occidentale. Le narrateur nous conte avec une profusion de détails et d’observations subtiles les pérégrinations de cet écrivain misérable, sans cesse martyrisé par la faim, qui passe ses journées à tenter de trouver quelque subsistance sans cesser de créer ni tomber dans une malhonnêteté honnie.

La brève intrusion de l’amour et du désir dans cette existence de peine et de privation est d’une rare intensité, comme un souffle de vie qui ramène un peu du côté des vivants celui qui se transformait chaque jour un peu plus en spectre. Une œuvre incontestablement « en marge » dont la découverte ou la redécouverte est une expérience précieuse qui donne le goût de se pencher avec plus d’attention sur une littérature nordique demeurant trop mal connue.



















 
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