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LA RENCONTRE DU MOIS : Jacques Bompard répond aux Identitaires
 


Le 30 Avril 2003







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  Jacques Bompard, maire d'Orange, conseiller général de Vaucluse, ancien vice-président du conseil régional de Provence Alpes Cote d'Azur, ancien député, a accepté de répondre aux questions du site Les-identitaires.com, inaugurant ainsi une série d'interviews de personnalités de la mouvance nationale.

Jacques Bompard s'est engagé à 18 ans dans la vie politique pour la défense de l'Algérie française. Il a ensuite milité au sein de la Fédération des Etudiants Nationalistes, à Occident et à Ordre nouveau avant de rejoindre le Front national dés sa fondation. Auteur de divers ouvrages, chirurgien-dentiste de profession, ancien enseignant, il est un des trés rares élus de terrain du Front national. La récente polémique qui l'a opposé à Jean-Marie Le Pen a attiré l'attention sur son action et celle du club qu'il a fondé en janvier 2003, l'Esprit public. Sa 5ème place au congrés du Fn de Nice témoigne de son poids auprés des militants.

Jacques Bompard n'est pas un homme d'appareil ni une création médiatique. Son discours n'en offre donc que plus de relief pour tous ceux qui s'interrogent sur l'avenir de la mouvance nationaliste dans les années proches.



1/ Jacques Bompard, vous êtes maire d'Orange depuis 1995 : êtes-vous le même homme qu'il y a huit ans ?

On fait de la politique pour changer les choses et pas pour que celles-ci vous changent. Je suis donc bien le même qu'il y a huit ans, avec les mêmes convictions, la même détermination. Ces huit années représentent une expérience irremplaçable et donc un atout supplémentaire pour le combat que je mène. La mairie d'Orange ne m'a pas changé, elle m'a renforcé.

2/ Quel regard portez-vous sur votre ville aujourd'hui ? Sur ses habitants ?

Un regard satisfait car nous avons bien travaillé. J'en ai deux preuves qui ne relèvent pas de la méthode coué. La première est électorale. Nous avons obtenu 60% des voix en 2001 au 1er tour contre 35% en 1995 au 2ème. Aux cantonales partielles de l'an dernier, j'ai obtenu sur Orange 60% avec des pointes à 70% et j'ai été élu avec 55% des voix, les villages environnants ayant voté en ma faveur dès ce 1er tour à hauteur de 43 ou 47% des suffrages.
Deuxième preuve, le rapport de la Chambre Régionale des Comptes. Cet organisme indépendant n'est vraiment pas venu à Orange pour me tresser des couronnes. Mais son rapport est éloquent. Je ne citerai que sa conclusion : "Orange jouit désormais d'une bonne santé financière". En 8 ans, nous avons baissé les taux des impôts locaux de 10% environ alors que nos prédécesseurs n'avaient eu de cesse de les augmenter. Nous avons rénové la ville qui se tiermondisait. Cette année, nous investissons 18 millions d'euros quand notre voisine Avignon qui compte presque trois fois plus d'habitants n'en engage que 19 millions.





Les Orangeois, dans leur grande majorité sont donc satisfaits. C'est la preuve qu'une gestion saine est possible. C'est ce que les gens attendent d'abord et avant tout de leurs élus : qu'on ne gaspille pas et qu'on s'occupe de leur vie quotidienne. Le reste vient après. On peut le regretter mais c'est ainsi.

3/ La charge ne pèse-t-elle pas parfois trop lourd, au regard des attentes de vos administrés et des pesanteurs administratives ?

Pas du tout. Il faut travailler avec la population. Il faut savoir s'en faire un allié. La chose est facile quand vous travaillez pour elle. C'est plus difficile quand les élus, comme c'est souvent le cas, ne travaillent que pour des intérêts financiers privés ou pour faire passer dans la réalité leurs lubies idéologiques style culture urbaine ou festival homosexuel comme à Paris.
Les pesanteurs administratives existent. La loi aussi. Il faut la respecter. Je désapprouve beaucoup de lois mais je les applique. En cela, je crois être ce que l'on appelle un démocrate. Je ne suis pas sûr que la gauche ferait de même si c'est nous qui faisions les lois.

4/ Vous passez souvent, dans les médias comme un homme dur et difficilement accessible. Mais les Orangeois n'ont aucune difficulté à vous aborder, rencontrant toujours une oreille attentive : êtes-vous conscient de ce contraste ? comment l'expliquez-vous ?

L'opinion des médias m'indiffère totalement. Les journalistes du Système sont des ennemis politiques déterminés qui poursuivent deux objectifs. Le premier est de désinformer les Français, le second de créer des tensions, d'envenimer des situations au sein du FN ou de la droite nationale. Je n'attends donc rien de ces gens là. Soit ils vous "descendent", soit ils vous instrumentalisent. C'est ce qui arrivé à Mégret. Les médias l'ont présenté comme un "moderne", un type "présentable", pas comme "l'affreux" Le Pen. Ils l'ont porté au maximum. Sitôt la scission faite, ils ont laissé tombé Mégret qui est devenu à son tour un sale "facho", plus "dangereux" que Le Pen. "Curieusement", il est moins passé dans les médias. Sa ville a été la cible de toutes les attaques.

Je crois qu'un homme politique du camp national doit tracer son chemin hors des médias. Certes, il doit aller à la télé si on l'invite. Mais il doit bâtir sur le travail militant et seulement sur lui. Il doit exister réellement aux yeux des gens de sa ville, de sa région. Il ne doit d'ailleurs pas être un parachuté mais un homme qui milite là où il achète son pain. Il faut s'appuyer sur les Français, pas sur les policiers de la pensée. Sinon, on est une créature virtuelle, un zeppelin gonflé de gaz qui sillonne majestueusement le ciel tant que celui-ci est à l'azur mais qui s'écrase au premier coup de vent.
Je crois donc, pour reprendre votre question, qu'il est souvent plus utile de prendre le café avec monsieur-tout-le-monde qu'avec cinq journalistes de la presse écrite.

5/ Travail de terrain, persévérance et fermeté : si je vous dis que ce sont les secrets de votre réussite ?

Pourquoi pas ? Ce qui est sûr c'est que sans terrain, pas de victoire. Sans durée sur le terrain, pas de victoire non plus. Sans fermeté, c'est-à-dire sans conviction, pas de crédibilité. Nos concitoyens attendent des actes pas des mots. A la tête d'une mairie, on agit, on pèse sur les choses. Au fond, le maire est l'élu qui a le plus de pouvoir dans ce pays, le seul qui est vraiment connu de la population. Gagner des mairies, gagner des présidences d'associations, c'est beaucoup plus essentiel si l'on veut peser qu'être minoritaire dans un conseil régional.

6/ Vous venez de fonder un cercle, L'Esprit Public, reprenant un nom emblématique pour de nombreux militants anti-gaullistes, qu'en attendez-vous ?

J'espère pouvoir ouvrir un débat à l'intérieur du camp national sur un sujet fondamental : nos manières de militer. Depuis 20 ans, le FN, mais pas seulement lui, ne vit qu'au rythme des élections. Il faut, bien entendu, aller aux élections. Mais l'élection, c'est la bataille et les batailles cela se prépare. Or, trop souvent, hors du temps, forcément court, de la bataille électorale, le militantisme n'existe pas ou n'existe qu'en tant que témoignage. On colle par ci par là. On tracte un peu. Bien souvent un document national, rarement un document adapté au local. On néglige totalement tout ce qui n'est pas strictement politique ou bien on ne l'envisage que comme des "coups" à courts termes, comme le furent les syndicats FN avant la crise. Et surtout on ne s'interroge pas beaucoup sur les méthodes. On ne pratique pas la critique positive.

Je vous donne quelques exemples. Depuis vingt ans, le FN obtient entre 12 et 20% des voix dans la jeunesse. C'est énorme. Mais combien de ces jeunes ont pris une fois une carte au FN ? Très peu. C'est bien qu'il doit y avoir un problème. Evidemment, il est mieux vu de dire "tout va très bien madame la marquise..." Autre exemple : le poids prépondérant dans ce pays des associations en tout genre. Qu'a fait le camp national en 20 ans pour tenter d'investir le camp associatif ? Quelle réflexion a été menée à ce sujet ? Quels moyens ont été accordés en temps, en hommes, en matériel ? Là également, il faut oser avouer qu'il y a un problème...
:: Voir le programme des 1ères journées de l'Esprit public.

Ce qui compte en 2003 ce n'est plus de faire 10% ou 20%. C'est de gagner. Mon épouse a réussi dans la ville de Bollène aux municipales de 2001 le score record et exceptionnel de 47%. Mais elle a perdu. 15% à une régionale, à une cantonale ou à une présidentielle, c'est une victoire à partir du moment ou on ne vise pas la victoire mais seulement l'existence politique. Si l'on veut vraiment gagner, c'est 51% qu'il faut faire. Et pour cela, il faut commencer à se poser des questions puis travailler. Quitte à changer de méthodes...

7/Vous dressez un constat sans faux-semblant du FN en tant qu'organisation militante : cette carence ne date pas d'aujourd'hui, pourquoi la diagnostiquer maintenant ?

Ce que je dis concerne le FN mais pas seulement. Je n'ai vraiment pas l'impression que le MNR ait envisagé de travailler différemment que le FN. Franchement, j'ai un peu l'impression que le MNR c'est un FN sans Le Pen, avec la tare aux yeux du public d'être la copie et non l'original. C'est en tout les cas le regard extérieur que j'en ai.
Pour ma part, je crois en la force d'un parti de militants, épaulé directement ou discrètement par des courroies de transmission. Pour réaliser cela, il faut la volonté, le temps et des moyens.
Il est grand temps de se remettre en question. Ce diagnostic, je le porte depuis longtemps. Mais auparavant, je prêchais dans le désert. Il semble en aller différemment aujourd'hui à en croire le courrier que je reçois et ma 5ème place au comité central du FN. Tant mieux !




8/ Au-delà de cette question de l'organisation, ne croyez-vous pas que le positionnement du FN mérite lui aussi d'être redéfini ? Je pense en particulier à son souverainisme intégral qui méconnaît non seulement les aspirations du peuple à plus de libertés locales (décentralisation, régionalisation), mais aussi la nécessité d'affirmer la voix de l'Europe dans le tumulte international...

J'ai toujours été un partisan de l'Europe. Mon patriotisme français va de pair avec une conscience d'appartenir à un espace de civilisation commune avec les autres peuples de ce continent. Nous venons du même passé et l'avenir nous est également périlleux. Notre destin est donc commun. Plutôt qu'être contre l'Europe, nous devons expliquer que nous sommes pour une vraie Europe comme nous sommes pour une vraie France. Mais cette explication doit être réelle. Pas se contenter d'être donnée en page 28 d'un livre-programme que personne ne lira jamais.

En tant que Provençal, attaché à ma province, je crois également que le Front apparaît trop comme un parti jacobin. Ce qu'il est peut-être... En tous les cas, il est certain qu'aucun effort n'a été jamais fait pour s'adresser à tous les Français qui se sentent aussi des Provençaux, des Bretons, des Corses ou des Alsaciens. Or, je crois que ce qui est arrivé aux Basques ou aux Bretons est en train d'arriver aux Français. Le combat pour les identités régionales, dans ce contexte, n'est donc pas un combat d'arrière-garde mais un combat d'avant-garde.
Et puis la promotion des patrimoines provinciaux est un excellent outil de réenracinement des Français. Sous couvert d'histoire, de culture, d'art, ils se réapproprient une conscience collective qui leur est refusée en tant qu'hexagonaux consuméristes.

9/ Un mot pour conclure ?

Il faut s'engager sans réserve. Beaucoup de Français sont prêts à nous suivre mais leur confiance doit se mériter. On ne recevra pas de chèques en blanc. Il ne faut ni heurter ni effrayer. Etre pédagogue, patient, obstiné, courtois, dévoué. Et surtout il faut toujours être sincère et animé d'une foi inébranlable. Les Français sont devenus désabusés, méfiants. Seuls des exemples d'hommes et de femmes enthousiastes et équilibrés peuvent briser l'image virtuelle qui est donnée de notre courant de pensée.






 
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