Conseiller régional de Midi-Pyrénées et ancien député européen, Bernard Antony a récemment annoncé sa démission du bureau politique du Front national par un communiqué adressé à la presse dans lequel il fait part de son désaccord avec la ligne défendue par Jean-Marie Le Pen et à sa fille Marine.
Il n'en demeure pas moins adhérent et militant du Front national mais ce retrait lui permet de reprendre une plus grande liberté. Bernard Antony compte désormais se consacrer plus activement au développement des associations qu'il préside, AGRIF, Chrétienté-Solidarité, Centre Henri et André Charlier ainsi qu'à la revue Reconquête.
1/ Comment êtes-vous venus à la politique ?
En lisant dans mon enfance la revue de bande dessinée « Coq hardi » où, je me souviens que je me délectais de la série des aventures du colonel X et du sergent de Veyrac.
Ces deux héros avaient pour ennemi juré le viet-minh « pavot jaune ».
Aussi en 1954, à la chute de Dien Bien Phu - j'avais moins de 10 ans - lorsque mon institutrice nous a parlé en guise d'instruction civique ou morale de la grande victoire de la paix et du progrès, je l'ai traité de salope et ça a fait toute une histoire avec mes parents.
De l'école primaire au lycée, je n'ai cessé alors de contester les bolchos qui tenaient lieu d'enseignants.
2/ Pouvez vous présenter rapidement à nos lecteurs les associations AGRIF et Chrétienté Solidarité que vous dirigez ?
L'A.G.R.I.F. a été créé dans le cadre des lois existantes (dont vous imaginez ce que j'en pense), pour lutter contre les racismes anti-français et anti-chrétiens dont jamais ne se préoccupaient (et ne se préoccupent) ni la LICRA, ni le MRAP, ni SOS-RACISME et autres associations subventionnées de la tartufferie antiraciste.
L'A.G.R.I.F., forte du soutien de plus de 5 000 adhérents à jour de cotisation et d'un réseau d'avocats de grand talent mène ainsi les actions qui s'imposent devant les tribunaux pour défendre ceux qui sont injuriés ou agressés pou leur appartenance à notre patrie ou à la religion qui a profondément modelé son identité culturelle
Chrétienté-Solidarité se réfère à ce que je crois être bon « au-delà du nationalisme » qu'appelaient de leurs voeux au siècle dernier ceux qu'on a appelé les « non-conformistes » des années 30.
Sans remettre en cause ni la nation, ni son identité, ni sa souveraineté, ils rappelaient qu'il faut rechercher autant qu'on le peut l'harmonie des nations et d'abord des nations européennes.
La chrétienté est un mot qui peut servir à désigner l'ensemble des Etats ou des peuples qui ont jadis été imprégnés par le christianisme et le sont encore à des degrés divers.
C'est aussi une doctrine non pas de confusion du religieux et du politique mais selon laquelle les valeurs religieuses donc morales doivent éclairer la politique. Car selon Dostoïesvski, « si Dieu n'existait pas tout serait permis ».
Chrétienté -Solidarité n'est pas un mouvement religieux. C'est une organisation à laquelle j'ai fixé depuis plus de vingt ans deux finalités :
- la première, la solidarité avec les peuples persécutés par le communisme ou l'islamisme.
- la seconde, la contribution à la résistance à ce que j'ai appelé dès 1976, le génocide français, génocide spirituel, culturel et physique enfin, par le jeu conjugué de l'immigration et de l'avortement. Même si nos moyens étaient faibles, nous sommes fiers de ce que nous avons fait pour la résistance chrétienne libanaise, pour les résistances anti-communistes d'Indochine et du Nicaragua, abandonnées et même trahies par les américains, et pour la Croatie enfin.
3/ Quel lien établissez vous entre vos convictions religieuses et votre engagement politique ?
Un lien de cohérence même si ceux qui partagent ma foi ne partagent pas toujours mes idées politiques et si ceux avec lesquels je lutte politiquement ne sont pas tous catholiques ni même chrétiens.
L'essentiel est qu'ils partagent, dans ce que Léon Daudet appela le compromis nationaliste, le respect de la morale naturelle et de notre civilisation principalement façonnée par son héritage gréco-latin et chrétien.
4/ Vous avez récemment renoncé à conduire la liste FN pour les élections régionales en Midi-Pyrénées. Pourquoi cette décision inattendue ?
J'ai expliqué cela notamment dans « Reconquête ». Pour faire bref ici, disons qu'elle a été, après une longue réflexion, le résultat d'une convergence de déceptions et de désaccords :
- déception que je ne dissimule pas, franchise oblige, sur, ma non-investiture aux élections européennes pour des raisons, que je subodorais et que Jean-Marie Le Pen a pour le moins laissé filtrer au journal trostko-capitaliste « Libération », puisqu'il n'a toujours pas apporté le démenti que je lui demandais ;
- consternation sur le déroulement du congrès de Nice et la façon dont on s'est mis à refaire l'histoire. Marine Le Pen n'a évidemment pas été plébiscitée par le congrès ;
- beaucoup plus grave enfin, mon désaccord politique sur le changement progressif, à la façon du « voleur chinois » si invoqué par Jean-Marie Le Pen sur le refus de changer la loi Veil et sur l'acceptation d'un soi-disant « islam français ». Car il ne peut y avoir selon moi, d'islam français, mais une France islamisée. Je sui évidemment prêt à développer cela par ailleurs ;
- dernier désaccord enfin sur les relations que nous devons avoir, ou ne pas avoir, avec certains journalistes.
La réalité donc est que, demeurant en parfait accord avec l'essentiel du programme du Front National publié en 2001, je me trouve dans l'opposition aujourd'hui à Jean-Marie Le Pen et à sa fille sur des questions importantes qui ne sont pas abordées au bureau politique.
Or être, dans l'état actuel des choses, candidat Front National, c'est être candidat lepéniste. Je n'ai jamais certes été un inconditionnel de Jean-Marie Le Pen mais j'étais bien sûr lepéniste, surmontant quelques désaccords conjoncturels. Aujourd'hui je ne renie rien, je ne regrette rien de la fidèle amitié que j'ai eu pour Jean-Marie Le Pen et que j'ai prouvé. Mais je ne me sens plus le coeur comme jadis d'être un candidat joyeusement lepéniste.
J'ai fini par conclure que la loyauté à son égard m'imposait un retrait, pour cette fois au moins, du combat électoral régional nécessairement aligné sur son modèle et celui de sa fille.
5/ Quels modes d'action allez-vous privilégier dans les mois à venir ?
Je me consacre principalement pour l'heure à la publication d'un « Dictionnaire de la réplique ».
Simultanément je prépare une importante série de réunions sous l'égide de l'A.G.R.I.F. ou de l'Amitié Française. Je veux aussi développer la revue « Reconquête » et son organisation militante.
Quant à Chrétienté-Solidarité, plus que jamais j'en positionne l'action pour le soutien à la résistance libanaise dont le chef légendaire, mon ami Samir Geagea en est à sa neuvième année de prison, et quelle prison !
6/ Quelles seront les idées prioritaires que vous allez promouvoir ?
Ce que je crois vraiment, comme mon ami Jacques Bompard, être les idées majoritaires (mais étouffées) de nos compatriotes, ce sont les idées qui nous rassemblent, je l'espère, dans l'Amitié Française, sur la France et sur l'Europe, face au défi islamique, sur la travail et la justice sociale, sur le soutien à la famille, le refus du mondialisme comme de l'alter mondialisme, le refus enfin du néo-totalitarisme actuel.
7/ Dans quels milieux (politique, professionnel, régional, religieux) entendez vous développer votre action ?
Rien de ce qui est français ne nous est étranger. Mais la priorité doit aller à la jeunesse française de tous milieux et toutes origines.
8/ Comment expliquez-vous qu'au sein de la mouvance, le terme nationaliste soit, de plus en plus souvent, remplacé par le terme identitaire ?
Je pense que cela tient à la bonne perception que la subversion mondialiste s'attaque moins à l'Etat, moins aux institutions qu'au corps social et à sa nature.
On peut à la limite imaginer un Etat national, une République française, mais une nation islamisée !
Cela dit, je demeure pour ma part nationaliste si l'on définit avec Jacques Bainville, le nationalisme comme un patriotisme en alerte. Mais attention, « tant vaut la nation, tant vaut le nationalisme » répétait Maurras. Idem pour l'identitaire. On ne saurait défendre n'importe quelle identité ni n'importe quel identitarisme si je puis ainsi m'exprimer.
On ne saurait tout accepter sous le précepte que c'est identitaire : les traditions de la mafia de la Sicile à Chicago en passant par Toulon, l'anthropophagie de la Papouasie au Congo, l'esclavage du Mali à l'Arabie, l'excision du Soudan à la Seine Saint-Denis !
L'intelligence et la morale nous invitent à ne pas prendre en bloc ce qui fait une identité mais à trier. Ainsi aux antipodes, chez mes admirables amis Wallisiens, j'admire presque tout de leurs traditions, sportives, guerrières, folkloriques mais je suis heureux qu'ils n'aient plus de tribus « garde-manger ».
De même je ne goûte pas certaines formes d'art, de musique ou de gastronomie sous le prétexte qu'elles seraient « identitaires ».
Mais nous reparlerons volontiers de cela et de ce que je crois le propre de toute grande civilisation, et de toute grande oeuvre, sa double dimension d'enracinement et d'universel. C'est là l'exact contraire d'une idéologie cosmopolite.
9/ Pensez-vous qu'il soit possible de réunir des militants - issus de tendances différentes de la mouvance nationale - sur des actions ponctuelles ? L'avenir n'est-il pas au travail en réseau, loin des querelles de chapelles et des oukases parisiens ?
- Oui à condition de se connaître, de préciser et clarifier les choses au départ, de vérifier que l'on n'est pas tout de même en désaccord sur des questions très fondamentales.
- Probablement.
10/ Comment envisagez vous l'avenir du FN ?
Je crois à de possibles et même probables succès électoraux.
Ce n'est pas parce que je ne suis pas candidat que je vais faire baisser dans ma tête les résultats que j'escomptais par exemple en Midi-Pyrénées.
Mais je crois qu'il s'agira plus d'un vote de désespoir que d'un vote d'adhésion. Ceci ne serait pas grave s'il y avait à la tête du Front National une claire volonté politique et une véritable stratégie de restauration politique et sociale.
Or, encore une fois, comment ne pas constater que le message se brouille. Sans doute pour mieux passer médiatiquement. Lorsqu'au congrès de Nice, une quinzaine de journalistes m'ont dit que Marine Le Pen était « adoubée » (sic !) par les médias, je leur ai manifesté mon étonnement devant cette exhumation d'un terme de chevalerie. Cet « adoubement » là est justement celui dont je me méfie, celui que je refuse. Je ne crois guère en effet à la « chevalerie médiatique » !
Pour conclure, s'il n'y a pas dans le Front National un sursaut, l'électorat finira par se fatiguer et à s'en détourner alors que déjà son corps militant est très anémié. Commencera alors l'ère du déclin.
On ne dure pas indéfiniment en substituant de plus en plus une double structure de promotion médiatique et d'apparatchiks à un mouvement militant.
11/ Quels conseils donneriez vous à de jeunes militants nationalistes ?
A ce genre de question, il est trop de réponses convenues pour que j'y réponde.
Epargnez-moi les conseils de l'Ancien ! Pour le moment, je me bats tous les jours que Dieu fait et je travaille pour le moins dix heures par jour. Mais si vous le voulez rencontrons-nous, confrontons nos idées, ns expériences et battons-nous ensemble, chacun à son créneau en fonction des possibilités.
Amitiés à vos militants et lecteurs en hommage à leur non-conformisme et à leur courage.