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TRADITIONS : Les Jeunes Félibres Fédéralistes
 


Le 29 Novembre 2004


Par N'I A PRON




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  Au cours de la décennie 1880-90, Frédéric Mistral va s'attacher avant tout à maintenir l'unité du Félibrige. A cette fin, il consacre son action à l'unique front de la défense de la langue, plus grand dénominateur commun aux Félibres.

Les réserves du maître de Maillane

Le maître de Maillane n'évoque plus que du bout des lèvres la Croisade des Albigeois ; si bien que Robert Laffont n'hésite pas à parler d'une « réduction de l'albigéisme historique ». Mais c'est à contre coeur et Mistral ne peut contenir des aspirations plus politiques. C'est ce que chacun peut percevoir à l'occasion de la Sainte Estelle d'Albi de 1882 où, clôturant un discours consensuel célébrant l'unité de la France, il conclu : « Mai, Messièrs, dau moment que volèm èstre d'omes, que volèm restar liures...devèm-ti pas nos garentir contra l'abùs de l'unitat... contra... la centralisacioun que vai jusc'au tufle dessecar li sorgèntos de nostra independéncia ? » (1). C'est également animé de ce même vibrant idéal qu'il confira à un proche en 1885 : « Comme politique générale, nous devons sans relâche désirer le système fédéral : fédération des peuples, confédération latine et renaissance des provinces dans une libre fraternité. »

L'Aïoli et le Manifeste

En 1891, alors dépité par le peu de pugnacité qui anime le Félibrige, Mistral se lance dans la bataille fédéraliste et fonde « l'Aioli ». Il s'y entoure d'une équipe de jeunes collaborateurs sur lesquels il mise afin d'insuffler au Félibrige un regain de vitalité : «...à l'aubo dou siècle que pounchejo, vesèn, urousamen, une bando de gènt jouine, qu'à la fin lis enfèto de reçaupre de longo lou mot d'ordre d'eici, lou mot d'ordre d'eila, e que se sènton d'alo e voudrien se n'en servi. N'en sabèn meme qu'an lou fio de Dièu dins la frechaio e que se li retenian pas, sautarien au galet d'aquéu vièi pipo-sang de centralisacioun... » (2)

Cette génération ne décevra pas le Maillanais, même si elle le surprend parfois, comme à l'occasion d'une réception organisée par la Société des Félibres de Paris, où Frédéric Amouretti lit la Déclaration des Jeunes Félibres Fédéralistes co-rédigée avec Maurras. Ils y stigmatisent l'impasse dans laquelle un culturalisme trop étroit a piégé le Félibrige. Ils souhaitent porter la revendication sur le front politique en se réclamant farouchement du fédéralisme : « ...e aro anan esclargi, noun coume antan davans d'acampado de letru e de sesiho freirenalo, mai dins lis assemblado poulitico e davans tout lou pople dou Miejourn e dou Nord, li reformo que voulèn. N'avèn proun de nous teisa sus nostis entencioun federalisto, quouro lis centralisaire parisen nous acanon em'aquelo marido acusacioun de separatisme ». (3)

Les départements en ligne de mire

Selon les Jeunes Fédéralistes, de l'autonomie politique découleront les droits réclamés depuis longtemps pour la langue. Aussi prônent-ils la liberté des communes reliées entre elles selon « sis enclin istouri, ecounoumi, naturau ... » (4) ainsi que la suppression des départements au profit des anciennes provinces avec à leur tête « uno assemblado soubeirano, à Bourdèus, Toulouso, à Mount-Pelié, à Marsiho o à-z-Ais » (5). Ces assemblées jouiront d'une autonomie complète en ce qui concerne l'administration, la justice, l'enseignement, les travaux publics. Bien plus, Amouretti et Maurras demandent la mise en valeur du territoire occitan.

L'Occitanisme de Maurras

Par cette Déclaration, Maurras s'affirme ouvertement occitaniste puisque l'autonomie politique revendiquée équivaudrait à la résolution de la contradiction Occitanie/Hexagone. Incarnations de son idéal, Mistral soutient ouvertement les Félibres fédéralistes « que non se countento de l'ama e l'amira, tambèn lou coumpren » (6) Aussi, le 7 mars 1892, Mistral publie-t-il la Déclaration en première page de l'Aioli, y joignant cette approbation, on ne peut moins voilée : «Es vièl, fai l'artimo, aquest siècle gravouge de la centralisacioun ; e la jouvenço elo que lou veira trecoula, pou, sus lou pourridié de sis avourtamen planta e véire crèisse l'aubre de la vido novo. »(7)

Toutefois, malgré l'approbation mistralienne, ce texte suscita de vives polémiques au sein des félibres attachés à la IIIème République, ceux-ci craignant que le fédéralisme ne démantèle la França eterna. Cependant, s'il est fédéraliste et donc farouchement opposé à une république jacobine, Charles Maurras n'en est pas encore pour autant royaliste. Mais comprenant alors que son fédéralisme ne pourra pour l'heure s'unir à la république, il évoluera rapidement vers le monarchisme, puis vers le nationalisme intégral.

Première excommunication

Au soutien dont bénéficie Maurras et Amouretti de la part de nombreux Félibres, républicains ou non puisque le fédéralisme peut se superposer à n'importe quel système politique, les républicains jacobinistes ripostèrent en les excluant de la Société des Félibres de Paris. Ceux ci, avec quelques amis, fondèrent alors la Soucietat Felibrenco de Paris en 1893.

L'intransigeance jacobine vis à vis du fédéralisme incita Maurras et les Jeunes Félibres à rejoindre les rangs de la droite révolutionnaire. C'est ainsi que Maurras, Amouretti ou encore le félibre marseillais Clovis Hugues rejoignirent « La Cocarde » de Barrès, que Georges Valois qualifiera de « premier journal fasciste » ; et ce à raison, puisque cohabitaient largement en ses colonnes socialisme, fédéralisme et traditionalisme aboutissant à une synthèse, on ne peut plus pertinente à l'heure actuelle.

La purge effectuée et la flamme fédéraliste momentanément écartée, le Félibrige, désormais privé de crocs, pouvait retourner à ses remises de décorations et autres fastueuses séances d'auto-congratulation.

Le Félibrige s`endort

Mais à nouveau englué dans un culturalisme stérile, le Félibrige ne tarde guère à subir la poussée d'un nationalisme occitan inspiré de la Déclaration de 1892.
On se souviendra plus particulièrement de Philadelphe de Gerde, déjà signataire du Manifeste, qui secoua les Jeux Floraux d'Arles de 1899 dont elle fut lauréate. C'est en effet toute de noir vêtue, en mémoire de la défaite de Muret, qu'elle accueillit la nouvelle Reine et l'intronisa par ce sirventès plein de défi dont l'écho nous convie au combat de demain :
« Relheberat eds caps de terra
En yetant èste crid de guerra :
Hilhs de faidits! Soubengats bous ! » (8)


N'I A PRON
In Montségur N° 10
BP 7114
30912 Nîmes Cédex 2


Revirada (Traduction)

(1) « Mais, Messieurs, du moment que nous voulons être des hommes, que nous voulons rester libres... ne devons-nous pas nous garantir contre l'abus de l'unité... contre la centralisation qui va jusqu'à la marne assécher les sources de notre indépendance ? »
(2) »A l'aube du siècle qui point, nous voyons, heureusement, une bande de gens jeunes, que cela assomme à la fin de recevoir toujours le mot d'ordre d'ici, le mot d'ordre de là, qui se sentent des ailes et voudraient s'en servir. Nous en savons même qui ont le feu de Dieu dans les entrailles et qui, si on ne les retenait pas, sauteraient à la gorge de ce vieux pipe-sang de centralisation... »
(3) »... et maintenant, nous allons dire, non pas comme autrefois devant des auditoires de frères et des assemblées de lettrés, mais dans les assemblées politiques et devant tout le peuple du Midi et du Nord, les réformes que nous voulons. Nous en avons assez de nous taire sur nos intentions fédéralistes, quand les centralisateurs parisiens en profitent pour nous lancer leur méchante accusation de séparatisme. »
(4) » leurs affinités historiques, économiques, naturelles... »
(5) » une assemblée souveraine, à Bordeaux, Toulouse, à Montpellier, à Marseille ou à Aix. »
(6) « ne se contente pas de l'aimer et l'admirer, mais aussi le comprend. »
(7) « il est vieux, il a le hoquet de la mort, ce siècle lourd de la décentralisation; et la jeunesse, elle qui le verra finir, peut sur la pourriture de ses avortements planter et voir croître l'ordre de la vie nouvelle. »
(8) « Vous relèverez vos visages penchés vers la terre
En jetant ce cri de guerre :
Fils de Faidits, souvenez vous! »



















 
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