Le 29 Novembre 2004
Par Xavier EMAN
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Le dernier film de Jean-Pierre Jeunet est incontestablement une réussite. Sans doute pas un grand film mais un bon film efficace et distrayant dont la grande force réside dans une exceptionnelle distribution des seconds, troisièmes voire quatrièmes rôles qui sont tous brillants et parviennent à marquer l'esprit avec parfois à peine plus de deux ou trois répliques.
Pour tout dire, ce foisonnant panel d'acteurs remarquables éclipse assez largement la très surestimée Audrey Tautou. Bien sûr, notre Amélie Poulain nationale est tout à fait délicieuse et son physique romantique légèrement anachronique convient fort bien au personnage créé par Japrisot mais on peut quand même douter que la demoiselle parvienne à faire une très grande carrière avec le seul triptyque expressif (moue boudeuse/grands yeux ébahis/sourire radieux) qu'elle décline avec le systématisme mécanique d'un OS de Billancourt depuis ses débuts dans « Vénus Beauté Institut ».
Les scènes de tranchées et les reconstitutions de combats, sans que cela soit une surprise, sont également particulièrement réussies et l'on ne peut que frémir d'horreur et d'admiration mêlées à la vue des conditions de vie et de lutte qu'ont supporté nos aïeux et que, confortablement embourgeoisés comme nous le sommes, nous ne tolérerions pas même deux jours.
On pourra noter au passage la petite génuflexion obligée devant l'autel de l'imbécile politiquement correct au travers d'une charge totalement grotesque et hors de propos contre le maréchal Pétain dont on suggère lourdement qu'il fut un boucher sadique alors que toute sa popularité postérieure trouve justement sa source dans le fait qu'il fut l'un des chefs militaires français les plus humains et les plus économes de la vie de ses hommes de la grande guerre de 14-18.
Mais on ne boudera toutefois pas son plaisir pour cette énième petite vilenie qui démontre simplement une fois encore que tous ceux qui veulent s'acheter à bon compte une bonne conscience ne comprendront jamais la différence fondamentale entre condamnation morale d'un régime (l'Etat français vichyste) et la simple honnêteté historique (le rôle du Maréchal Pétain durant le premier conflit mondial).
Ce film à grand spectacle démontre en tout cas, si cela était encore nécessaire, que Jean Pierre Jeunet est l'un des plus habiles réalisateurs de ce début de siècle même s'il aurait sans doute pu nous épargner la réutilisation de quelques « recettes » d'Amélie Poulain (petites « manies » des personnages par exemple...) qui n'ajoutent rien à son oeuvre.
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