Le 13 Décembre 2004
Par Marie-Claude Monchaux
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Dans un temps où l'identité nationale est menacée, il est bon de collecter pour nos petits enfants tout ce que l'on peut accumuler de contes et légendes d'Occident. Ce n'est pas ce qui manque. En son temps, j'ai fait paraître un livre, hélas épuisé depuis longtemps, et que l'on trouve parfois à des prix prohibitifs chez les bouquinistes : "Le merveilleux en Aunis et Saintonge". On ne peut s'imaginer le nombre d'histoires de fées, de fantômes, de loups-garous, de lavandières de minuit, de sources magiques, de maisons hantées, de seigneurs amoureux et de demoiselles filant la laine qu'on trouve dans de si petites provinces. Il y a des dolmens qui recèlent des trésors, des pêcheurs qui attrapent de merveilleuses sirènes dans leurs filets - et cela ne leur porte jamais chance...
Lorsque j'étais petite, mon grand-père m'en racontait, comme celle de la fontaine de Mandroux : Une jeune fille cueillait du cresson, d'autres disent des iris, au bord de cette fontaine, quand le seigneur du lieu s'avisa que c'était une bien jolie jeune fille et entreprit de flirter avec elle. Mais très vite, le flirt fit place à quelque chose de bien plus dangereux pour l'honneur de la jouvencelle. Pour échapper au viol, la pauvre petite se jeta dans la fontaine où elle se noya. En même temps qu'elle, le château du mauvais baron s'engloutit dans les eaux, ne laissant plus que des feuilles de nénuphar sur lesquelles le soir les grenouilles flûtent leur monotone petite note. Mais on dit que si un enfant au coeur pur se penche à minuit sur le miroir sombre de la fontaine, il verra comme une vapeur la demoiselle en hennin, et dans les cercles d'eau troublée, les tourelles et les mâchicoulis du château... On dit aussi qu'aux bords enchanteurs de la Charente, du côté de Chaniers, une fée - une fade comme disent les gens du pays - allaitait son petit enfant... Un enfant de fée, comme il doit être beau ! J'imagine des boucles noires, des yeux larges comme des pensées. Le soleil était chaud ; au milieu des roseaux et des épilobes, la menthe répandait sa délicieuse odeur poivrée... La fée s'endormit, son bébé aussi. Les bras de la jeune mère s'ouvrirent et l'enfant glissa dans le fleuve. Le désespoir envahit la fée. Elle voulut élever à son petit enfant un tombeau magnifique et pour ce faire alla ramasser dans son tablier (son "devanteau") des pierres blanches dans la carrière proche, mais elle s'était trop chargée d'un coup, et le fragile tissu de dentelles se rompit, les pierres dégringolèrent en tas à l'endroit dit depuis le tumulus de Courcovry, en plein dans la propriété de madame Madeleine Hours, qui fut conservatrice au musée du Louvre.
Il y en avait d'autres ! Il y avait des follets, des fadets, des garaches. Il y avait cette coquine de ganipotte qui effrayait tant ma grand-mère repasseuse de coiffes lorsqu'elle rentrait seule en longeant les bois, vers la Ville-aux-Moines ! On sait que la ganipotte adore revêtir l'apparence d'une jolie brebis blanche ou d'un tendre agneau, mais si vous la prenez dans vos bras vous ne pourrez plus vous en défaire. Il y avait le beau cheval mallet, tout sellé tout bridé, blanc comme le givre ou le brouillard, mais malheur à vous si vous cherchiez à le monter.
Des nuées de "dames" parcouraient sur leurs petits pieds de brume les récits de mon grand-père. Trois "dames" construisirent en une nuit le vieux fanal d'Ebeon : l'une d'elles fut tuée au cours de ce travail d'un coup porté à la tête dans des circonstances curieuses : comme elles n'avaient pour elles trois qu'un seul marteau (enchanté, tout de même) elles se l'envoyaient de l'une à l'autre à travers les airs. La plus jeune le prit en plein front.
La fin des fées m'émouvait beaucoup : lorsqu'elles sentirent arriver l'échéance de leur règne, les fées celtiques allèrent demander à leur successeur, le Christ, de leur consentir à chacune un tombeau de diamants.
Mais le Christ était sans illusions sur la cupidité des hommes. Il promit. Lorsque les fées reposèrent toutes sous cette terre à la surface de laquelle elles avaient tant dansé, durant des millénaires, il changea chaque tombeau éblouissant en autant de dolmens. La France entière en est couverte.
Je savais que des villes englouties dormaient sous la mer : Antioche, Anchoine. Au large de l'île de Ré, des maisons, des églises comme celles de la ville d'Ys reposent parmi les coquillages...
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