La semaine dernière se déroulaient simultanément deux événements liés à l'enseignement : le rapport de l'OCDE sur l'évaluation des élèves 41 pays montre
un niveau français « moyen » ; le même jour, des professeurs du secondaire faisaient grève pour protester contre la réforme « Fillon », encore en discussion. Le projet de loi sera soumis au Conseil supérieur de l'Education, qui se prononcera le 16 décembre, puis transmis au Conseil d'Etat avant sa présentation en Conseil des ministres au début du mois de janvier. Le Parlement devrait en débattre au cours du premier trimestre 2005, la loi s'appliquant dès la rentrée scolaire prochaine pour certaines dispositions.
Un objectif majeur : donner une qualification à tous (actuellement 150 000 enfants sortent du système scolaire sans diplôme ni qualification), mener 80% des élèves au niveau du baccalauréat et atteindre 50% de diplômés de l'enseignement supérieur. Pour y parvenir, 2 milliards d'euros supplémentaires seront consacrés à l'apprentissage d'un
« socle de connaissances », parmi lesquelles la maîtrise de langue française, que tout élève devra maîtriser à 16 ans,
l'enseignement des langues, qui commencera dès le CE1, et
la réforme de la formation des maîtres. Applaudissons surtout au retour de la méthode syllabique, encouragée officiellement depuis un an, alors que tout le monde s'accorde à dire que les élèves des trente dernières années ont été sacrifiés sur l'autel de la « méthode globale » des pseudos pédagogues des IUFM !
Le projet de loi de François Fillon est fortement inspiré de la réussite et des missions que s'est assignée l'éducation nationale finlandaise ; on y trouve des priorités identiques, notamment l'enseignement des langues, l'amélioration de la qualité de l'enseignement, une formation de base associée à une formation continue pour les enseignants...
Il faut dire que la Finlande se caractérise par ses excellents résultats et arrive pour la seconde fois au premier rang de l'étude Pisa sur les « savoirs acquis par les élèves ».
Menée par l'OCDE en 2003, l'enquête a été réalisée dans 41 pays. De 4 500 à 10 000 élèves ont participé à des tests écrits de deux heures dans chaque pays. Tous avaient 15 ans, âge auquel la plupart des adolescents, quelle que soit leur culture, s'interrogent sur les objectifs de l'enseignement qu'ils reçoivent et sur la façon dont il les prépare à l'avenir.
Le rapport montre qu'en culture mathématique et scientifique, les élèves français se situent un peu au dessus de la moyenne des pays de l'OCDE. En revanche, l'écrit n'est pas leur fort ! La France arrive en effet en 17ème position pour la lecture et en 13ème pour la compréhension de textes. Le rapport montre également une augmentation du nombre d'élèves en difficulté par rapport à 2000 (6,3% contre 4,2%).
Bonne note enfin pour l'enseignement supérieur national : il fait partie du top 5 des pays qui attirent le plus d'étudiants d'autres pays (9 % en France), loin derrière les Etats-Unis (32 %), mais quasiment à la hauteur du Royaume-Uni (13 %), de l'Allemagne (12 %) et de l'Australie (10 %).
Nota à l'attention des enseignants, il n'existe aucune corrélation entre le niveau de salaires des professeurs (à pouvoir d'achat égal) et les résultats des élèves, le nombre d'élèves en classe n'influe en rien sur ces derniers (tout au plus sur leur concentration en cours). Pas plus que le niveau socio-économique des parents ou la richesse du pays, comme en témoigne le niveau élevé des Sud-coréens. « Des relations étroites entre enseignants et élèves, la disposition des élèves à s'investir et des règles disciplinaires constructives constituent le contexte idéal pour la bonne marche des enseignements », a relevé l'OCDE. Il reste que le plaisir de venir à l'école n'est pas lié à leur assiduité !
En France, la réforme de l'éducation avait évoqué une école obligatoire à partir de 5 ans, afin de constituer un cycle de trois ans (de la grande section de maternelle au CE2). Sans doute pour pallier les écueils rencontrés en matière de maîtrise des acquis. Mais c'est une fausse bonne idée. Il suffit de voir qu'en Finlande, l'école obligatoire commence à 7 ans seulement... Quant à faire démarrer l'école maternelle à l'âge de 2 ans, comme c'est préconisé depuis la loi d'orientation de 1989, c'est une absurdité et une dangereuse conception de la petite enfance. Jusqu'à 3 ans, l'enfant construit sa personnalité et acquiert son autonomie. Une scolarisation trop précoce peut aboutir à une agressivité non maîtrisée, provoquer des réactions d'inhibition et de peur, voire engendrer des troubles psychologiques plus importants. Il semblerait par ailleurs que l'école à 2 ans soit co-responsable des retards dans l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.
Laissons donc à nos enfants le temps de grandir et de devenir autonome à leur rythme.
Donnons-nous, à nous parents, le privilège et le plaisir de provoquer leur curiosité, de nourrir leur imagination et de susciter leur éveil culturel et littéraire.
Ne laissons pas leur instruction reposer si entièrement sur l'éducation nationale, agissons en parents responsables. Car selon l'incitation du ministre, nous avons des comptes à demander à l'institution scolaire. Mais cela ne suffira, hélas, pas... Et la tentation est grande, ensuite, de faire la classe soi-même, à la maison !
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