Le 13 Décembre 2004
Par Nicolas PéRéGRIN
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Nous avons retrouvé ADG à Pigüe où il joue aux cartes avec Hörbiger.
Hörbiger à un habituel coup de blues le 9 novembre, jour anniversaire de l'abdication de l'empereur Guillaume, du putsch de 23 et de la destruction du mur de Berlinnn.
- Ach, tu te rends compte, si nous afions cagné la guerre, ce zerait le grand blond en avant...
- Ne commence pas à faire ton gay nonien. Explique-leur qui est Pigüe.
- C'est une petite ville du Sud de la provincia de Buenos-Aires. Elle a été fondée par quarante Aveyronnais. Ils ont amené les jardins à la française, les platanes et l'agriculture douce. Une vieille mémé fait au four (pas le micro-ondes) la meilleure escalope milanaise au fromage du monde. Escalopa suiza que cela s'appelle. C'est une ville prospère avec un beau cimetière et une belle caserne, de beaux silos et une ligne de chemin de fer. C'est une ville où l'on a envie de s'appeler Prosper...
- Et le cimetière où tu m'as retrouvé ?
- Aux côtés d'Audiard, Boudard et Jeanson ? La porte du paradis. On est plus en France ici qu'à Barbès ou Chapelle.
- C'était donc ici le grand Sud !?
- Pour toi qui n'avais plus un poil sur le caillou, c'était plus l'Argentine tourangelle que la Calédonie ou la Patagonie. La Patagonie, c'est fait pour des grands mecs aventuriers comme Raspail ; faut une tète de lord... Mais pour des petits ronds comme toi, rien ne vaut le bonheur de Pigüe. Comme tu dirais, la pampa c'est pour les troisièmes ponctions...
- Il ne manque plus qu'un Chardonne, alors.
- Réincarne-toi, Chéri-Bibi.
- Et Nicolas Bonnal ?
- Il a sauté sur une bombe sexuelle à Mendoza. C'est la saison des amours. Et de l'humour...
Il effectue donc des vols de reconnaissance et des frappes chirurgicales dans le grand-Ouest argentin ?
- Si tu veux rester sobre, oui.
- Je me souviens de ses premières chroniques du troisième oeil il y a plus de dix ans. C'était d'un chiant...
- A l'époque, il se prenait pour Guénon, il ne marchait pas sur tes plates-bandes... Après il a compris le bonheur d'écrire.
- Bien sûr, On écrit pour le plaisir, pas pour le message. Il aime bien les Argentines alors ? On dirait des petites Gitanes, parfois, avec leurs petits culs et leurs beaux cheveux noirs. Comme dirait Bonnal, Carmen veut dire vers en latin, jardin on andalou... O escritor, ta plume n'est pas en or...
- Les Gitanes ont eu ton poumon, elles ont eu le coeur de Bonnal.
- Tout cela me laisse pensif... Tu m'excuseras, avec ce qui vient de m'arriver, et qui m'en a bouché un coin, même si nous débouchons une deuxième bouteille de Cabernet-Sauvignon, je n'ai plus envie de faire des enjeux de mots. Je veux juste l'adresse des îles Fortunées, pour moi et pour ma petite grande âme.
- Tu cherches le passage des Thermopyles Duracell.
Dessine-moi Pigüe.
- Yawohl, mein petit prince. Il y a deux grands axes, on se croirait à Brasilla, Une église avec un beau retable, une gentille population avec pas mal de blonds, de gentils bois et une superbe colline inspirée.
- Inspirée ? Comme celle de Barrès ?
- Yawohl, mein Führer de vivre. C'est un mirador, et il y a des vents qui soufflent comme à Vézelay.
- Vézelay, ce n'est pas dans l'Aveyron.
- Ah pon ? Elle est à trois kilomètres de la ville, qui fait elle-même 14 000 habitants. C'est une colline où chantent les pierres. Mais che me tais : bière qui roule n'amasse pas mousse.
- Elle est bourrée de voitures françaises cette ville. Je ne vois que Peugeot qui poudroie et Renault qui rouloit...
- L'Argentine est française, métaphysiquement française. Il faut découvrir les pampas. Pampa veut dire plat en quechua.
- Ah oui, toujours les sornettes du mage Enculos Bonnal qui se prend pour Favre d'Olivier...
- Ach, ne critique pas les absents, mon foyou, comme tu l'as si bien fait au cours de ton existence verbale.
- L'existence verbale, ça fait souvent mal.
- Bonnal a d'ailleurs décidé de moins parler d'amour et de plus souvent le faire.
- Moi, je ne peux pas, j'ai un rendez-vous avec les patrons là-haut. Je dois arriver aussi pur que Blanche-neige au purgatoire.
- T'affole pas, ils ont des pastiches au purgatoire. Tu vas rester là quelque temps et ils vont te conduire en cabriolet au paradis des bons mots.
- Les paroles gelées de Rabelais.
- Je soufflerai dessus, moi. Hörbiger.
- De paroles gelées. ils s'appelaient comment les Français qui sont venus ici ?
- Tu sais que Mitterrand est venu ici en 87 ? Il était drôle ce Mitterrand. Il croyait que c'était la terre qui fait l'homme, alors que c'est l'homme qui fait la terre.
- C'est pas la terre qui prend l'homme, c'est l'homme qui prend la terre... Bon, ces noms alors ?
- Arlabosse, Boudou, Cabanettes (le chef du groupe des quarante familles), Delbrolle, Loustalot, Roubellec et Salers... plus quelques dizaines d'autres.
- Plus français que ça tu meurs... Hörbiger ça fait un peu métèque, non ?
- Aber Heimat fand ich nirgends...
- Encore du Nietzsche... Toujours cette Grèce intellectuelle... et il n'y a ren à par ta colline inspirée ?
- Bonnal avait parlé de la sierra del Tandil. On dit qu'il y en a une plus belle tout près d'ici, la sierra de la Ventana, la chaîne de la fenêtre qui chante à chaque matin des magiciens.
- Oh oh mais ça m'intéresse... la Touraine prends garde, la Touraine prends gade, de te laisser abattre...
- Wo ist Alberto ?
- ??
- Un serveur qui bosse avec son père. Alberto est un père de famille de vingt ans, un beau gaucho typiquement argentin. Il nous a promis de nous marier avec des beautés locales.
- Et la pharmacienne ? Celle dont Bonnal me disait dans un rêve qu'elle était blonde aux yeux noirs dans des habits anciens et qu'elle portait une fleur de lys autour du cou ?
- Elle est là au coin de la rue. Mais s'il n'y prend pas garde, il deviendra un Homais... De toute manière, il a une tonalité trop moqueuse dans la voix pour se voir un avenir...
- A l'époque il avait une petite amibe dans l'oeil. Je l'avais emmené aux Halles en voiture, on s'était paumés au milieu des dealers nègres. Dieu est plus français en Argentine. A quoi on joue ?
- Au tarot. Il vaut mieux jouer au tarot à Pigüe qu'avec des tarés à Paris. Bon je te laisse reposer en paix, ADG. Lebt wohl.
- Hörbiger et paix. Tu diras ma tendresse aux lecteurs du Libre Journal.
* Quelques semaines avant de nous fausser compagnie, ADG, avec qui nous rompions le pain en compagnie de Redon, m'avait confié (et Redon aussi comme d'ailleurs Jean Raspail et Bruno Gollnisch) que la chronique du Libre Journal qu'il lisait avec le plus de jubilation était ce journal d'Errances où Nicolas Pérégrin parle si souvent de Nicolas Bonnal et réciproquement avec tant de vérité que l'on croirait qu'il s'agit du seul et même homme. C'est dire avec quel bonheur je publie aujourd'hui ce texte qui montre qu'ADG, absent pour des raisons indépendantes de notre volonté, n'est pas perdu pour tout le monde et en tous cas, ni pour Bonnal ni pour Pérégrin ni pour nous. S. de B.
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