Conformisme des méthodes, sclérose des structures, indigence patentée, l’enseignement public suscite de nombreux rejets de la part des parents. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à pointer du doigt les dysfonctionnements chroniques du système éducatif et la faillite de l’apprentissage de la lecture. Et les grèves répétées des professeurs ne font que renforcer cette réaction négative…
Des solutions alternatives existent à travers des établissements privés, généralement hors contrat (ceux sous contrat suivent les programmes officiels et ne sont donc pas toujours pleinement satisfaisants !) mais aussi en choisissant d’enseigner à la maison.
Pourquoi ne ferait-on pas cours à ses enfants soi-même ? L’article L.131-2 du Code de l’éducation stipule en effet que « l'instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissement ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l'un d'entre eux, ou toute personne de leur choix ». Rappelons que l’école est obligatoire de 6 à 16 ans en France.
L’école à la maison est un mouvement né aux Etats-Unis dans les années 70 (on appelle cela le « home schooling »). Jusque dans les années 80, l’enseignement à domicile était la plupart du temps clandestin parce que non reconnu légalement. Pourtant, il n’a cessé de progresser depuis la création d’associations en faveur de ce nouvel art d’apprendre.
D’après certaines estimations, le nombre des enfants concernés aux États-Unis est passé d’environ 50 000 au milieu des années 80 à un million actuellement. Ils ne représentent au mieux que 3 % des enfants en âge d’être scolarisés mais leur nombre est en forte croissance. L’école chez soi est actuellement la forme d’éducation privée la plus répandue aux États-Unis, après l’enseignement privé catholique.
L’argument le plus souvent cité pour justifier le choix de l’école à la maison fut à l’origine d’ordre religieux. Mais de plus en plus entre en jeu le niveau d’éducation des établissements publics jugé insuffisant. A cela s’ajoute l’inquiétude face à
l’insécurité grandissante dans les écoles, le respect du rythme naturel de l’enfant, le désir de resserrer les liens familiaux et la supériorité de l’enseignement individualisé, « sur-mesure » pourrait-on dire. Et d’après les rares études à grande échelle réalisées aux États-Unis, les enfants éduqués à la maison auraient plutôt tendance à obtenir, lors des évaluations, des résultats bien supérieurs à la moyenne des élèves américains.
Au Canada, en Scandinavie et en Grande-Bretagne, cette solution originale rencontre des adeptes depuis plusieurs années ; de l’autre côté de la Manche, on estime à 150 000 le nombre d’enfants instruits à domicile, soit 1,5 % des élèves. En France, même si les médias s’intéressent de près à cette nouvelle tendance, rares sont ceux qui sautent le pas. En dépit de chiffres fantaisistes, il n’y aurait pas mille familles concernées par une véritable démarche de scolarisation à domicile. S'il arrive parfois que des parents hésitent à se séparer de leurs enfants en bas âge et pensent être en mesure de leur enseigner eux-mêmes la lecture, l’écriture et le calcul de niveau primaire, l'expérience ne se poursuit guère au-delà…
Le gouvernement français encourage cette alternative (tout en l’encadrant) pour les populations marginales (gitans), les enfants accidentés ou gravement malades, ainsi que les enfants handicapés pour lesquels il n’existe pas toujours de structure adaptée. Hors ces situations particulières,
on dissuade le plus souvent tout parent désireux de tenter l’expérience. Hyperactivité ou précocité, échec scolaire, compétition et stress, peu importe, ce serait à l’enfant de s’adapter ! Les services sociaux mettent en garde également au sujet de la dé-socialisation possible de l’enfant. Bref, pour qui souhaite se lancer, le parcours du combattant commence…
Théoriquement (et pratiquement, dans la plupart des cas), le prélude administratif est simple : une déclaration annuelle doit être adressée en recommandé avec accusé de réception à l'inspection académique, ainsi qu’à la mairie, 15 jours au moins avant la rentrée ou moins de 15 jours après le retrait de l'enfant de l'école ; l’inspection académique doit fournir l'attestation de déclaration d'instruction en famille et un double de ce document sera envoyé à l’organisme de prestations familiales.
La mairie peut solliciter une rencontre pour comprendre les motivations des parents, dans le strict respect des choix de chacun ; un rapport sera adressé à l’inspecteur d’académie. Cette enquête peut être renouvelée tous les deux ans.
En fin d'année scolaire, l’inspecteur d’académie peut demander à évaluer le contenu des connaissances de l’enfant, dont le contenu est fixé par décret. En outre, il peut diligenter une enquête en cours d’année afin de vérifier que l’instruction dispensée correspond bien à ce qui est stipulé dans l’article L. 122-1 (qui pourrait être légèrement modifiée par la prochaine loi Fillon) : « le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle et d'exercer sa citoyenneté. Cette instruction obligatoire est assurée prioritairement dans les établissements d'enseignement. » Cette enquête pourra avoir lieu au domicile des parents.
Il est impératif de procéder à ces démarches auprès des organismes publics car toute contravention à la loi est punie de six mois d'emprisonnement et de 7 500 € d'amende, et le fait de ne pas communiquer en mairie que l’enfant sera instruit à domicile est également passible d’une amende.
Une fois les formalités accomplies, reste le plus important : imaginer un projet éducatif complet, construit avec patience et en cohérence avec le projet de vie familial, lui-même s’inscrivant dans un projet de société global. Bref, un véritable engagement de la part des parents, qui doit correspondre à une véritable motivation.
L’essentiel est de permettre à son enfant de grandir, psychologiquement, affectivement, spirituellement, socialement, autant que physiquement et intellectuellement. Pour ne pas l’isoler et lui conserver une vie sociale indispensable à son épanouissement, il faut bien entendu maintenir et développer les activités extérieures, sportives, artistiques et les loisirs en compagnie d’autres enfants.
Pour aider ceux qui souhaitent expérimenter la scolarisation à la maison, il existe des groupements de parents, des associations (
http://cise.asso.fr/) et bien sûr, des livrets scolaires et du matériel pédagogique adaptés. Certaines méthodes alternatives comme « Montessori » (
http://www.montessorienfrance.com/) permettent de se « mettre à niveau » et diffusent des aides en ligne pour les cours basiques. Autre piste, l’enseignement à distance : cours par correspondance du CNED, cours dispensés sur Internet…
Pour les petites classes, seul de bons manuels suffisent (nous recommandons la méthode Boscher pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture), ainsi qu’un peu d’imagination pour éveiller la curiosité des plus jeunes. Plus tard, il sera indispensable d’investir dans du matériel informatique, des logiciels (langues vivantes, mathématiques, sciences…) et une connexion Internet. Sans oublier la fréquentation des bibliothèques locales, le décryptage des médias et la fréquentation (via des mémoires, enquêtes, etc…) des entreprises, artisans et professionnels de la région. Car il ne faut pas oublier l’orientation professionnelle…
Un travail que seul un parent (père ou mère, mais aussi aïeul, cousin, oncle… voire ami proche) sans emploi ou à mi-temps peut assumer. C’est sans doute une des raisons du nombre limité de familles qui font aujourd’hui la classe à leurs enfants.
En fait, la scolarisation à la maison est à peu près aussi développée que le télétravail, que méconnaissent tout à fait le ministère du travail et l’ANPE : point zéro pour deux volets d’une même solution apportant plus de confort psychologique et matériel, aux enfants comme aux parents ; une qualité de vie indispensable au bien être de la famille… Alors, pour celles et ceux qui se sentent les épaules suffisamment solides et qui disposent de temps, il ne faut surtout pas hésiter à vivre cette aventure pédagogique ! La transmission de nos coutumes, de notre culture, de nos idées, libérée du carcan de l’intolérance, des préjugés et des contrevérités, est sans doute à ce prix…
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