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TRIBUNE LIBRE : Petit Vade-mecum de l’anticapitalisme concret…
 


Le 28 Février 2005


Par Pierre CHATOV




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  Dans les dîners en ville, personne, ou presque, n’avouera jamais être un ultra-capitaliste avide de toujours plus de libéralisme… Car ce n’est pas « tendance », ce n’est pas « moralement correct » et ainsi même les personnes exerçant des professions qui font d’elles les vecteurs zélés de la boulimie mercantile (publicitaires, responsables de marketing, analystes en intelligence économique, cadres commerciaux…) prétendront toujours s’inquiéter et même souffrir des excès et dérives du système qu’elles servent pourtant avec tant d’ardeur… Tel est le discours dominant… Vivez comme de parfaits bourgeois matérialistes mais conspuez le MEDEF et le G8 et vous serez béni des foules, marqués du sceau purificateur de la bonne conscience gaucho-compatissante !
La France n’est pas le pays de Tartufe pour rien.
Ce qui est beaucoup plus rare par contre c’est l’anticapitalisme concret, « appliqué » pourrait-on dire, c’est à dire une attitude cohérente de lutte contre les tares du système, lutte ne se limitant pas au discours et aux dénonciations vertueuses de fins de soirées.
Vivre selon ses principes et non se borner à les énoncer componctieusement, on en revient toujours là.

Mais comment appliquer concrètement au quotidien son refus de la logique capitaliste et de ses fausses valeurs ?
Dans le cadre individuel, auquel nous nous limiterons dans cet article, la principale forme que peut revêtir cette mise en pratique de ses choix idéologiques est la limitation et l’encadrement drastique de ses attitudes consuméristes. Il convient en tout premier lieu de dominer ses désirs matérialistes, cette triste névrose de la possession dans laquelle on cherche piteusement des compensations « sonnantes et trébuchantes » à toutes ses faiblesses et tous ses manques.
Attention, il n’est pas question ici de prôner un ascétisme qui n’est atteignable que par des Saints mais simplement de promouvoir la raison et la mesure dans ses rapports avec l’acte d’achat. Lorsque l’on gagne de l’argent par son travail, il est bien évidemment normal de le dépenser ou de l’épargner mais ces deux attitudes doivent être soumise à un but conscient et si possible constructif et élevé, pour soi bien sûr, mais aussi pour la communauté (l’un ne pouvant s’épanouir sans l’autre…). L’un des drames de la modernité est justement « l’autonomisation » de l’achat et de l’épargne qui ne sont plus subordonnés à des projets mus par des valeurs mais qui s’autojustifient, trouvant leur propre logique interne et finissant par fonctionner en circuit clos.
L’épargne pour l’épargne. L’achat pour l’achat, l’action d’acquérir elle même apportant plus de satisfaction que le bien concerné qui devient secondaire. L’argent nourrit l’argent, la consommation engendre de nouvelles consommations. L’existence vide de sens passe de hochets en hochets pour se donner l’illusion de l’action.

Il est donc impérieux de circonscrire ses pulsions matérialistes et de placer l’acte d’achat sous le signe du « besoin mesuré » et non du « désir fantasmé » généralement artificiellement généré par les sirènes médiatiques.
Il ne serait bien évidemment ni réaliste ni même souhaitable de refuser toute concession à l’hédonisme. Mais même dans cette optique de l’acte de plaisir il convient de privilégier la démarche sociale et communautaire sur l’étroitesse égoïste de la pure satisfaction individuelle.
Ainsi on préférera inviter un camarade au restaurant plutôt qu’acquérir un quelconque gadget technologique déjà inutile et bientôt démodé… on privilégiera également la sortie entre amis au cinéma ou au théâtre plutôt que le renouvellement complet d’une garde-robe pourtant quasiment neuve… on partagera quelques verres dans divers estaminets en discutant de souvenirs et de projets plutôt que s’auto-lobotomiser par des nuits passées sur un nouveau jeu vidéo… etc… etc… sans oublier bien sûr le plaisir précieux et nécessaire du don militant.

De nombreux autres actes, aussi modestes qu’efficaces et symboliquement forts, méritent d’être quotidiennement accomplis par le militant identitaire refusant le moule de la modernité libérale :
- faire avec soin le tri sélectif des déchets domestiques.
- privilégier les achats chez les artisans, sur les marchés, dans les brocantes…
- encourager la production biologique européenne.
- se renseigner pour connaître les établissements où travaillent ou qui sont tenus par des camarades afin de favoriser l’émergence de « réseaux » au sein desquels l’argent dépensé bénéficie, à un degré ou à un autre, à la communauté militante.
- partir en vacances plutôt dans la chambre d’hôtes dont a la charge un camarade plutôt que dans un cloaque à touristes en bermudas appartenant à une multinationale du loisir préfabriqué.
- Acheter son vin ou son champagne (par correspondance si besoin est…) auprès d’un producteur « ami » plutôt que dans l’anonymat lugubre du supermarché du coin… etc … etc…

Militer est un effort quotidien et continu.
Attendre le grand soir est une chose.
Agir sur le réel en est une autre.



















 
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