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FEVRIER 2005 : Pour ou contre les 35 h ?
 


Le 27 Février 2005


Par JB SANTAMARIA




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  Il y a peu l’actualité concentrait ses feux sur un aspect de l’éternelle question sociale. Tentons de l’aborder selon notre « méthode identitaire ».
Si je ne m’abuse un des préceptes cisterciens enjoignait à peu près ceci : « Si un matin tu te surprends à te plaire à ton travail, quitte-le et pars. ». Morale exigeante. Certes, la morale monacale n’est pas applicable à tout un chacun, c’est plutôt une référence.
Quant à notre propos, notons seulement la chose suivante : on peut mener dignement une vie d’homme sans « travail » ou en le positionnant simplement à plus juste place. Ainsi, Hector, Camille Claudel, Van Gogh ou Saint Louis ont mené une vie pleinement humaine sans « travailler » pour autant.

L’imaginaire européen, à côté de celui du bourgeois industrieux, tenace, ingénieux a fait fleurir mille autres modèles d’homme accompli. Seule la victoire incontestée de la techno-science et du mode de vie « bourgeois » a quelque peu occulté d’autres possibles humains.
Précisons d’emblée qu’il ne s’agit pas ici de crier haro sur le bourgeois, le capitalisme, la libre entreprise au nom de la dimension « sociale » ou aristocratique du Bloc Identitaire, mais de faire la part des choses dans un dossier non pas « économique » mais proprement politique. Politique parce qu’il concerne la Cité dans son ensemble, toutes ses composantes sociales. Plus largement la question des 35 h s’ouvre sur la place du travail, de l’économique dans cette Cité et dans une vie d’homme heureux au sens aristotélicien du terme, soit conforme à la vie bonne.

Si le Bloc adopte concrètement une position déterminée, ici au profit du statu quo légal sur les 35 h, il le fait de manière politique ; non pas au profit de tel ou tel « groupe de pression » mais au nom de l’intérêt général. La dimension sociale du Bloc n’est pas une déclaration de guerre au libéralisme économique, voire politique, mais une mise en perspective du travail et de l’économique avec d’autres valeurs et vertus nécessaires à la Cité et à l’homme. Il ne s’agit pas d’en finir avec la « question sociale » pour promettre une société sans classes dans un Etat organique. Etat où, d’un coup de baguette, la Cité serait expurgée de ses conflits sociaux. Il s’agit seulement d’instaurer une méthode proprement politique d’affronter les éternels et sans doute indépassables conflits internes entre riches et pauvres, entrepreneurs et passifs, etc.
Bornons nous à opérer les rappels factuels - « objectifs » - suivants : les 40 h datées de 1936, sont appliquées en réalité bien plus tard. Depuis 70 ans la productivité - fruit conjoint du travail de l’ouvrier, de l’ingéniosité de l’ingénieur et de l’audace de l’entrepreneur - a été plusieurs fois multipliée. Pendant ce temps, le temps de travail ou le salaire n’ont pas été corrigés par ce même coefficient multiplicateur.

Donc, « objectivement », on peut constater une autre affectation du surproduit engendré. Cela pose donc le problème plus général de la répartition des bénéfices de la productivité accrue. Ce surproduit est aujourd’hui largement orienté au profit du secteur financier au détriment de la sphère productive : entrepreneurs comme ouvriers.
Plus largement cela pose la question des fins de l’économie : le but recherché est-il d’atteindre partout le niveau moyen de consommation des E.U ? Mais nous connaissons tous (rapport du MIT de 1972) les limites écologiques ou simplement morales de la société de consommation. Certes la production n’est pas un phénomène maîtrisé, mais le volontarisme et le décisionnisme ne constituent-ils pas l’essence du politique ?

C’est au nom de ces impératifs « extra-économiques », relevant du bien commun que nous sommes amenés à limiter l’hégémonie de l’économie au sein de la Cité actuelle. Parce que nous pensons que le temps « libre » permet au citoyen de militer ; que ce temps libre lui permet d’être autre chose qu’un homo economicus, par exemple ermite, guerrier, ou poète.
Nous pensons que le combat pour la défense et l’illustration de l’identité européenne passe par cette relativisation du travail, nous gardant de son mépris ou au contraire de sa valorisation excessive. Ce combat est mené conjointement partout en Europe et dans le monde à l’occasion d’un sursaut identitaire. Que l’on ne nous refasse pas le coup du tollé des 40 h au nom de la compétitivité de la France. D’ailleurs longtemps les modèles rhénan ou japonais ont assuré de paire stabilité sociale et performance économique.

Nous ne rivalisons pas sur le plan du travail mécanique avec d’autres pays dans le cadre du marché planétaire. La seule solution est donc de viser l’objectif de travailleurs formés à un haut niveau, insérés dans le seul tissu social solide, celui politique d’appartenance à une civilisation ; cadre qui donne du sens à la vie des producteurs car ils sont avant tout citoyens et fragments incarnés d’une identité.
On a l’habitude d’opposer le pragmatisme anglo-américain à l’idéologisation des problèmes propres à l’esprit français. Tocqueville faisait d’ailleurs remonter cette propension française à la politique de centralisation de la monarchie qui ne laissait aux nobles et à l’élite que la gestion des conflits idéologiques à défaut d’avoir une action sur le déroulement concret des affaires.

Eh bien, pour une fois rompons avec cette tradition française et laissons à chaque niveau se régler pragmatiquement la question du choix entre rémunération et temps libre. Mais pour que ce choix puisse s’opérer au niveau de l’individu et de l’entreprise il faut garantir un cadre juridique légal, national ; cadre seul capable d’assurer un « rapport de force » minimum au profit du plus faible : le salarié. Pour celui-ci, le maintien de la loi sur les 35 heures nous semble donc justifié.



















 
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