Accueil l Qui sommes-nous ? l Notre presse l le Bloc identitaire l Jeunesses identitaires l Editos l IDCartes l Annuaire l Contacts l Nous soutenir

 
 
:: Accéder à toutes les chroniques ::
 
MUSIQUE : Salomé bientôt centenaire
Opéra de Dresde – 27 février
 


Le 07 Mars 2005


Par Georges PIERRETTE




Imprimer l'article

Télécharger au format PDF

  L’opéra de Dresde a retrouvé en 1985 sa prestigieuse salle, la seconde de Gottfried Semper, ouverte en 1878, détruite comme toute la ville en février 1945. Voici bientôt 100 ans, était créée, le 9 décembre 1905, dans cette salle, lieu de nombreuses créations du compositeur, une des œuvres les plus fortes de toute la littérature lyrique, Salomé de Richard Strauss. Une nouvelle production de cet opéra (la 6ème depuis la création) a été commandée pour le centenaire. La création avait donc lieu ce dernier dimanche de février.

L’œuvre

Chose rare dans l’histoire de l’opéra, Strauss décide de reprendre presque mot pour mot une pièce de théâtre, dans sa version allemande, créée peu avant avec succès en Allemagne : la Salomé d’Oscar Wilde. La renommée de l’opéra dépassera largement celle la pièce du sulfureux auteur anglais.
Le sujet est torride, l’oeuvre ramassée en 1 acte d’1h 50 environ. La jeune princesse Salomé (16-17 ans) s’ennuie à la cour de son beau-père Hérode, Tétrarque de Judée, jouisseur libidineux. Elle s’échappe d’une soirée de beuverie pour prendre le frais sur la terrasse du palais. Elle entend alors les imprécations de Saint Jean Baptiste (Iokanaan dans l’œuvre), prisonnier d’Hérode, contre la vie dépravée de sa mère. Pareille austérité la fascine et elle obtient de voir un instant le prisonnier. Elle tombe amoureuse de son corps qu’elle veut toucher, puis de ses cheveux et enfin de sa bouche qu’elle veut baiser. Le prophète la rejette à chaque fois et finit par la déclarer maudite. Hérode survient et propose à la princesse de danser pour lui. Il lui offre tout ce qu’elle voudra si elle accepte. Saisissant l’occasion, Salomé fait promettre au Tétrarque qu’il lui accordera ce qu’elle veut. Suit alors la célèbre danse des 7 voiles dans laquelle Salomé, excitée par le désir inassouvi que le prophète a fait naître en elle, se livre à une danse érotique retirant un à un tous ses voiles. La princesse demande alors qu’on lui apporte sur un plateau d’argent… la tête de Iokanaan. Hérode prend peur, craignant malgré lui cet homme de Dieu. Mais Salomé s’entête dans sa demande. Du fond de la citerne qui enfermait le prisonnier jaillit la tête du supplicié sur un plateau. Les 20 minutes de la scène finale sont un immense monologue d’amour entre Salomé et cette tête. Salomé baise enfin cette bouche qui vivante s’était refusée à elle. Hérode effrayé fait tuer la princesse.
Le ressort psychologique de l’œuvre est le rapport Éros – Thanatos. Salomé le dit elle-même, la frontière est mince entre le mystère de l’amour et celui de la mort… Seule la musique terrible de Strauss peut faire passer un mythe aussi puissant.

Une mise en scène insignifiante

Des semaines avant le lever du rideau, un battage médiatique nous promettait, comme toujours, une vision qui renouvelait la « lecture de l’œuvre » par Peter Mussbach. En fait, nous n’avons rien relu du tout. Aucune vraie direction d’acteur, des contresens grossiers, des situations comiques involontaires (Salomé saute au cou de Iokanaan, se suspendant à lui comme une guenon à un arbre, entourant son bassin de ses jambes – fou rire garanti !) Rien qui vaille la peine de s’arrêter sur cette production largement huée. Mais Salomé, comme tous les chefs d’œuvre, est de taille à résister à de pareilles entreprises de démolition. Par bonheur le décor géométrique sobre (une piscine, paraît-il…) ne nuira pas. On n’en demandait pas plus. C’est du côté musical qu’on attendait beaucoup et qu’on fut heureusement comblé.

L’interprétation

Ken Nagano a fabuleusement dirigé et enregistré la version française à l’opéra de Lyon en 1990 (cf. discographie) ; il est chez lui dans l’œuvre, ciselant chaque détail comme de la musique de chambre, un prodige avec un orchestre de plus de 100 musiciens. La Staatskapelle de Dresde est un des plus beaux instruments du monde. Née en 1548 ; elle est le plus vieil orchestre du monde. Un de ses chefs célébrera ses 300 ans en 1848, un certain Richard Wagner… Les sonorités et la souplesse de cet orchestre de fosse et de concert (comme la Philharmonie de Vienne) sont en soi fabuleuses. Une fête côté orchestre donc. Sur scène les joies sont un peu plus mitigées, mais ne boudons pas les plaisirs. Evelyn Herlitzius n’est pas une grande Salomé, ni de tous les temps, ni même actuelle. On peut s’étonner qu’on lui ait confié ce rôle pour une entreprise de prestige. Mais l’oreille s’habitue à cette voix qui bouge fortement (grand vibrato assez gênant). La direction d’acteur absente et le costume dont on l’a affublée (maillot moulant et jupe en houppe de cygne blanc et rosé, chevelure blonde « à la Marilyne ») ne la servent pas non plus. Elle se tire donc d’affaire avec les honneurs. Rappelons aussi que le rôle est écrasant, au point qu’une des pionnières s’y est cassé la voix. Mais Mme Herlitzius est rompue à ces rôles lourds puisqu’elle était la Brunnhilde de Bayreuth depuis quelques étés déjà.
Iokanaan est le grand Wotan actuel, de Bayreuth et d’ailleurs : Alan Titus. À l’aise dans son rôle d’un bout à l’autre, il parvient à juguler l’indigence dramatique du metteur en scène. Il déambule dans une combinaison de travail blanche jusqu’à sa décapitation : on enfouit le corps dans un linceul qui reste sur scène. Point de tête, point de plateau… Hérode est magnifiquement campé par Wolfgang Schmidt, un des grands Siegfried de Bayreuth et d’ailleurs. Il incarne en frac, chemise et nœud papillon noirs, le potentat débauché et lubrique à souhait. Vocalement sans reproche, il donne la réplique à Salomé ou à sa femme avec une aisance dramatique naturelle.
La mezzo tchèque Dagmar Peckova est Hérodiade, sa femme, drapée dans une robe à traîne noire, chignon brun strict. Parfaite aisance vocale et présence dramatique.
Les nombreux seconds rôles sont tous à la hauteur, Naraboth capitaine syrien de la garde qui se tue par amour pour Salomé sous ses yeux, les 5 juifs qui se chamaillent sur la possibilité pour un prophète de voir Dieu, tout ce monde est à sa place.

Salomé est une tragédie antique, ramassée, puissante, exigeante. Elle pratique, ou tente de pratiquer, la catharsis ou purification des passions par leur exacerbation sur scène. La musique est d’une telle puissance et d’une telle folie qu’on sort d’une bonne représentation de Salomé totalement vidé. Wagner régénère, ce Strauss-là épuise. Après un dernier essai dans cette voie de la démesure (Elektra, à nos yeux mythiquement en deçà de Salomé), le compositeur tirera les conclusions de cette escalade du son et tournera le dos à cette esthétique pour amenuiser ses moyens et humaniser ses sujets.

Prochain article : une évocation historique autour de Salomé et une discographie.



















 
:: Accéder à toutes les chroniques ::

Qui sommes-nous ? l Notre presse l Communiqués l Bloc identitaire l Jeunesses identitaires l Annuaire l IDCartes l Contacts l
Nous soutenir l Editos l Chroniques identitaires l Interviews l Culture l Cadre de vie