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MUSIQUE : Deux soirées de lumière aux Champs Élysées
 


Le 07 Décembre 2005


Par Georges PIERRETTE




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   La Philharmonie de Saint Pétersbourg à Paris : l’éblouissement
Le théâtre des Champs Élysées, ce dimanche 20 novembre dernier, abritait un de ces concerts qui marquent, surtout le pauvre parisien, condamné à un ordinaire symphonique plus ou moins prestigieux. Youri Temirkanov était donc en visite dans la capitale avec son prestigieux orchestre. Programme exclusivement consacré à Rachmaninov. La transcription pour cordes de Vocalise opus 34 n°14, menue pièce de 6 minutes 40, pulvérisa à elle seule et renvoya bien loin la pâle et terne sérénade pour cordes de Tchaïkovski, donnée par notre Orchestre National et Kurt Masur trois jours avant… Le son de l’orchestre est plein, la cohésion des cordes telle qu’on n’entend qu’un son par pupitre, mais c’est surtout l’intelligence quasi réflexe de l’ensemble qui fait que l’instrument obéit au doigt et à l’œil de son chef permanent. Une immense leçon d’orchestre en moins de 7 minutes…

La joie absolue continuait avec le 3ème concerto pour piano. Denis Matsuev, pianiste russe de trente ans, montre ses immenses qualités de virtuose, même si on aurait apprécié plus de lyrisme dans son jeu. Souhaitons qu’il mûrisse avec l’âge. Mais le plus époustouflant dans ce concerto fut le naturel avec lequel le chef accompagne – on aimerait dire « seconde » – le pianiste. L’interprétation paraît improvisée de part et d’autre, tant cela semble naturel, un peu à la manière de ces groupes de jazz, habitués à une longue complicité et qui suivent le soliste à la moindre inflexion. À ceci près qu’il s’agit ici d’une partition écrite, très élaborée, et d’un ensemble de 80 musiciens… Du grand art de direction là encore.

L’éblouissement se poursuivait avec les Danses symphoniques opus 45, œuvre assez peu connue du compositeur russe, datant de 1940 et créée à Philadelphie le 3 janvier 1941, donc de sa période américaine. Œuvre de facture classique avancée, oscillant entre Prokofiev et Janacek, avec des avant-goûts de (bonne) musique de film. Œuvre superbe rendue à la fois avec virtuosité et lyrisme par le chef qui donnait par instant l’illusion de faire jaillir la musique de ses mains…

Quelques bis russes, que nous n’avons pas tous identifiés, terminaient ce concert en apothéose. On sort littéralement abasourdi, saoulé, d’une telle expérience musicale qui se grave pour longtemps au plus profond de l’âme.

Le dernier Schubert sous les doigts de Michel Dalberto

Au lendemain de cette fascinante soirée, le pianiste Michel Dalberto nous offrait une performance rare : jouer dans la même soirée les 3 dernières sonates de Schubert et les derniers impromptus, opus posthume, D.946. Expérience plus coutumière à Vienne qu’à Paris (les trois dernières sonates de Beethoven y sont parfois jouées ainsi, sans parler d’une intégrale des 5 concertos de Beethoven dans la même journée, en deux concerts).
Si nous pouvons émettre quelques réserves sur les impromptus, joués en début de soirée, quant à la cohésion et à la netteté du jeu – mais pas quant à l’intention artistique évidente, – cette pénible impression – due sans doute en grande partie au temps pour le pianiste de s’habituer au piano du théâtre – disparut heureusement dès la sonate D.958 qui fut restituée dans toute la complexité de sa construction fascinante, très clairement – quelqu’un a qualifié ce jeu de « technique de piano française », ce qui ne nous semble pas faux et loin d’être négatif. Après l’entracte, le meilleur restait à venir puisque les deux dernières sonates nous semblent encore plus belles : d’abord la sonate D.959 avec notamment son andantino en forme de marche lugubre, si poignante, et son « gouffre » central simplement désespéré. Un modèle d’interprétation à la fois retenue et prenante. Pour finir, la sublime sonate D.960 fut profondément distillée. L’artiste prend son temps et laisse vivre ce prodigieux organisme musical, notamment dans le long mouvement initial soigneusement respecté dans son architecture et dans toutes ses respirations. Expérience là encore émouvante de ces quelque 20 minutes d’un voyage intérieur qui semble ne pas finir. Le reste de la sonate fut à l’avenant, même si on aurait souhaité entendre le scherzo et l’allegro final moins précipités.
Une nouvelle soirée éblouissante, donc, mais avec toute la profondeur souriante et désespérée d’un Schubert fauché par la maladie à 31 ans. Il fut difficile, après de telles fêtes musicales, de retrouver le lendemain le National et son honnête kapellmeister, dans la suite de la série Tchaïkovski, si terne que nous n’avons pas souhaité en rendre compte…



















 
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