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Le cycle infernal des violences urbaines

Le débat public qui a fait suite à l’affaire Théo, et notamment la mise en cause du mode de fonctionnement de la police dans les quartiers sensibles, est absolument fascinant. Non pas qu’il s’y dise quoi que ce soit de véritablement original, mais à cause de son absence totale de perspective historique.

Remontons donc dans le temps. Suite aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Kacher, les Français descendent par millions dans la rue proclamer leur refus de céder au terrorisme et, à cette occasion, dressent des lauriers à leur police. RAID et GIGN sont encensés comme des héros, mais même les flics du quotidien, les CRS, les agents de police-secours, les baqueux, les pervenches, sont félicités, aimés, soutenus. Le chanteur Renaud, connu pour ses positions soixante-huitardes et libertaires, alla même jusqu’à écrire une chanson intitulée « J’ai embrassé un flic ». Cet amour pour la police a été encore renforcé par les attentats du 13 novembre 2015, et les flics de la BRI ou de la Bac parisienne qui ont mit fin au massacre du Bataclan furent célébrés.

Printemps 2016. Pour protester contre la loi El-Khomri, la gauche d’opposition organise de grandes manifestations. Comme souvent, ces manifestations sont rejointes par des Black Blocs, Antifas, et autres casseurs d’extrême-gauche. Ceux-ci se livrent aux habituels cassages de vitrines, destructions d’abribus et affrontements avec la police. Les débordements ne furent ni plus ni moins violents qu’ils ne l’ont déjà été maintes et maintes fois dans l’histoire récente, et la répression policière ne donna lieu à ni plus ni moins de bavures que par le passé. Ces débordements et bavures furent certes largement filmées et diffusés sur les réseaux sociaux, mais à part ça, on ne peut pas dire que les violences autour du mouvement de protestation contre la loi Travail aient eu quoi que ce soit d’exceptionnel. Pourtant, les manifestations ont pris un tour anti-policier extrêmement affirmé. « Tout le monde déteste la police » est devenu un slogan largement repris, le débat public s’est focalisé sur les violences policières, et le syndicat Info’Com de la CGT a publié une affiche anti-policière objectivement ignoble.

Octobre 2016. Deux patrouilles de police sécurisent un carrefour à la frontière de la commune de Viry-Châtillon et de la cité de la Grande Borne. Un matin, les policiers sont attaqués par une vingtaine de racailles qui jettent des cocktails Molotov sur les voitures, dans le but évident de brûler vifs les policiers. Certaines racailles tentent même de bloquer les portières des voitures pour empêcher les fonctionnaires de sortir. Bilan, quatre policiers brûlés, dont deux très grièvement. Un jeune adjoint de sécurité restera des semaines dans le coma. Suite à cette agression, la police nationale est secouée par un mouvement social d’ampleur. Sans passer par les syndicats, les flics de base descendent dans la rue exprimer leur ras-le-bol face à la violence dont ils sont l’objet et au manque de moyens. La France entière communie dans la solidarité avec les policiers qui souffrent et sont largement méritant. Même Joey Starr, pourtant auteur de morceaux de rap anti-flics dans sa jeunesse, a publié un message de soutien aux policiers.

Février 2017, Aulnay-sous-Bois. Une patrouille de police contrôle des dealers. Un habitant de la cité, Théo, s’interpose. Il porte des coups aux policiers, se fait interpeller. L’interpellation est extrêmement violente et le jeune Théo est victime d’un coup de matraque télescopique qui provoque une fracture anale de dix centimètres. Que la pénétration anale ait été volontaire ou non[1] n’est pas le sujet. Plusieurs banlieues s’embrasent. Les violences connaîtront leur apogée le samedi 11 février, à Bobigny : la manifestation contre les violences policières vire à l’émeute, des magasins sont pillés, le Conseil Général de Seine-Saint-Denis ravagés. La violence des affrontements fera dire à des témoins que « c’était Bagdad ». Après Bobigny, les violences urbaines vont perdurer quelques temps, se propager à d’autres communes, en Île-de-France et ailleurs, avant de s’éteindre. L’extrême-gauche, par contre, tente de récupérer le mouvement : des manifestations sont organisés, à Barbès ou à République, et donnent systématiquement lieu à des débordements. Un mouvement lycée, mi-anar, mi-racaille, bloque ders lycées, provoque des troubles dans les transports en commun, donne lieu à des violences. Au moins un magasin a été pillé lors de ce mouvement[2].

A nouveau, le débat public se focalise autour des violences policières. « Flics, violeurs, assassins ». La police est brutale, violente, raciste. Son action dans les quartiers sensibles est une oppression coloniale, la violence de la racaille n’y est que la réponse.

Bref. Nul doute que d’ici quelques mois, des policiers seront à nouveau victime de l’ultra-violence (de la racaille, de terroristes islamistes, peut-être même de l’extrême-gauche) et qu’à cette occasion, le débat public tournera autour des pauvres policiers qui sont victimes du manque de moyen. Et qu’après encore quelques mois, une autre bavure policière donnera lieu à un autre moment de haine anti-flic. Et qu’après quelques mois…

La France est entrée dans un cycle malsain. A chaque attentat, à chaque fait-divers ultra-violent, à chaque bavure, elle s’indigne, s’insurge, proteste.

Mais les bonnes consciences peuvent bien s’indigner, les médias protester et les gens mettre des bougies à leurs fenêtres, rien n’y fait. La violence s’est durablement installée en France, et cela semble bien partie pour durer.

Plutôt que de se lamenter sur les conséquences de cette violence, peut-être serait-il temps de s’interroger sur ses causes.

Gabriel Florent

[1] A l’heure où nous écrivons ces lignes, il semble que l’enquête s’oriente vers un geste accidentel.

[2] Cela n’a pas été signalé par la presse à notre connaissance, mais un Intermarché du 9e arrondissement a été pillé par une quarantaine de racailles le 23 février.

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