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Le problème n’est plus celui des « revenants » du djihad mais des « sortants » !

En 2016, le spécialiste du djihad David Thomson avait publié un ouvrage intitulé « Les revenants : ils étaient partis faire le djihad, ils sont de retour ». Ce néologisme « revenant », servant à désigner les djihadistes partis de France pour rejoindre les théâtres d’opération irako-syriens s’est depuis imposé, jusqu’à faire son entrée dans la nouvelle édition du Larousse en 2018.

Malheureusement, l’évolution des menaces est de plus en plus rapide. Aujourd’hui, ce n’est plus tant le phénomène des « revenants » qui pose problème (l’essentiel des djihadistes qui devaient revenir sont déjà revenus, les autres vont mourir ou être condamnés sur place, et parmi eux seule une petite minorité reviendra en France) mais celui des « sortants ». Ce nouveau terme sert à définir tous ces revenants qui ont été condamnés à de la prison à leur retour en France et vont prochainement retrouver la liberté.

Le 28 mai 2018, le procureur de Paris François Molins a déclaré sur BFM TV qu’environ « une vingtaine de détenus » pour terrorisme sortiraient de prison au terme de leur peine en 2018. Un nombre identique de détenus pour terrorisme sont libérables en 2019, a ajouté le magistrat. « On court un risque majeur qui est celui de voir sortir de prison à l’issue de leur peine des gens qui ne seront pas du tout repentis, qui risquent même d’être encore plus endurcis compte tenu de leur séjour en prison », a relevé le magistrat.

Le président du Centre d’Analyse du Terrorisme (CAT), Jean-Charles Brisard, a dévoilé à RTL.fr que parmi les djihadistes jugés pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, 59 % seront libérés avant 2020. Une quinzaine d’entre eux ont déjà été libérés, surtout entre 2016 et 2017, précise le spécialiste qui a eu accès aux documents.

Jean-Charles Brisard s’est étonné de peines si courtes, alors que la criminalisation des retours de zone irako-syrienne avait été mise en avant. Selon lui, seulement 6 ont été jugés aux assises, les autres en correctionnel. Condamnés en France, au cours de la précédente décennie, à de lourdes peines pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », ils sont environs 500, à être libérables d’ici à 2020. Quelque 1 500 prisonniers de droit commun soupçonnés de s’être radicalisés derrière les barreaux, viennent s’y ajouter.

La prison n’est plus seulement l’école du crime elle est aussi celle du djihad.

Un parallèle peut être dressé avec la situation algérienne lors des années 90. De nombreux algériens étaient partis faire le djihad en Afghanistan puis étaient revenus dans leur pays d’origine. Durant la guerre civile qui a ensanglanté l’Algérie ensuite, ce sont ceux qu’on appelait « les Afghans » qui ont structuré les groupes terroristes responsables des massacres et des tueries à grande échelle en important des techniques de combat grâce à leur expérience. L’influence fut si importante qu’on parla à l’époque de « machine de guerre afghane ». Sans réaction du pouvoir politique, nous nous dirigeons malheureusement à toute allure vers la découverte sanglante de la machine de guerre syrienne.

Jérôme Barbet

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