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Le dimanche 15 juillet, l’équipe de France de football remporte sa deuxième victoire lors de la Coupe du monde. Le journal télévision de nuit « Soir 3 », diffusé par France 3 à minuit, en fait naturellement son sujet principal. La présentatrice ouvre son JT en plantant le décor, indiquant notamment que la capitale connait « comme en 98, les mêmes scènes de bonheur et de communion ». Deux minutes plus tard, elle « propose d’aller prendre le pouls de la foule rassemblée sur les Champs-Élysées », donnant la parole à un journaliste sur place.

Celui-ci dit les choses telles qu’il les voit : « Il n’y a plus de foule, la fête est pour le moins gâchée, elle est à l’heure où je vous parle totalement terminée. » Des « groupes ont agressé les forces de l’ordre […] et très rapidement la situation a dégénéré… » Mais nous n’en saurons pas plus. « On reviendra vers vous », promet la présentatrice en le coupant. Il sera révélé le lendemain, dans un communiqué du syndicat Force Ouvrière, que le direct a été interrompu « parce qu’il a exagéré l’ampleur des violences et qu’il aurait dû évoquer ‘l’atmosphère de liesse…’ qui n’existait plus depuis près de deux heures ! »

Il est à peine minuit, un dimanche, le soir d’une victoire attendue depuis 20 ans, et pourtant cela fait 2h déjà que les Français désertent les rues au lieu de faire la fête. Pire, voulant couvrir cette réalité, les médias tentent de minimiser les violences. Il faut les comprendre : 2018, c’est l’échec de la France black-blanc-beur qu’ils nous avaient vendue.

C’est d’abord un échec car ces violences sont révélatrices de l’état d’esprit d’une partie importante de la jeunesse issue de l’immigration. Quelle différence entre la victoire de la France au mondial, la défaite de l’Algérie quel que soit le sport, et la mort d’un criminel issu des banlieues refusant son arrestation ? Aucune, puisque pour eux tout est prétexte à l’émeute, au pillage et à l’expression sans complexe de la haine des Français. Des scènes de violence filmées à Paris ou d’autres grandes villes, des devantures de magasins fracassées pour pouvoir y voler, et de nombreux cas d’agressions sexuelles se sont depuis fait jour.

C’est aussi la débâcle du mythe black-blanc-beur de 1998, car cette équipe 2018 est plutôt black-blanc. En refusant de sélectionner des éléments perturbateurs tels que Benzema ou Nasri, Deschamps s’est bien sûr exposé aux habituelles accusations de racisme…

Mais pourquoi tant de joueurs d’origine africaine, 16 sur 23, au point que plusieurs médias étrangers ou non ont parlé de la France comme de la « sixième équipe africaine » ? C’est Willy Sagnol, ex-joueur de l’équipe de France, qui avait donné la réponse en novembre 2014, alors qu’il était entraîneur de Bordeaux. Il avait déclaré, provoquant une polémique : « L’avantage du joueur, je dirais typique africain : il n’est pas cher, généralement prêt au combat, on peut le qualifier de puissant sur un terrain. »

Et les centres d’entraînement en France, notamment dans le football, favorisent justement les jeunes sportifs d’origine africaine, car ils arrivent à maturité physique plus tôt et impactent plus dans le jeu dès leur adolescence. Ils sont pourtant, comme Sagnol l’avait fait remarquer, moins techniques, disciplinés et pourvus en intelligence de jeu, qualités qui éclosent avec l’âge. L’exemple typique est Antoine Griezmann, l’« homme du match » de la finale 2018 : dans sa jeunesse, déjà talentueux, il est refusé par plusieurs clubs français en raison de son physique jugé trop « fragile ». C’est un club espagnol qui lui donnera sa chance et lui permettra de devenir la superstar actuelle.

Enfin, 2018 est un aveu : 1998 n’était qu’une illusion. La première victoire avait permis aux médias une intense propagande en faveur de l’immigration et du multiculturalisme, propagande renouvelée au cours de ce dernier mondial. On a même pu entendre que c’était l’immigration qui nous avait apporté la victoire, alors que tous ces sportifs furent bien sûr formés en France, par le savoir-faire français, qui est un de ceux qui exporte aujourd’hui le plus de footballeurs de classe internationale.

C’est également oublier, et tout à fait sciemment, que l’autre finaliste, la Croatie, pays de 4 millions d’habitants, avait une équipe intégralement constituée d’Européens de souche. Déjà, lors de l’Euro en 2016, l’Islande avait fait sensation en parvenant jusqu’en quarts de finale, alors qu’il s’agit d’une petite île de 350.000 habitants dont l’équipe ne compte aucun joueur issu de l’immigration. La diversité de l’origine des joueurs n’est donc pas un gage de victoire, comme l’ont illustré la victoire de l’Espagne ou de l’Italie en 2010 et 2006. En faire l’éloge alors que dans le même temps, des jeunes issus de l’immigration manifestent massivement leur hostilité à la France est pour le moins audacieux et malhonnête.

D’ailleurs, nul ne s’y trompe : ni France 3, qui en censurant les violences a tenté de protéger un narratif qui a fait long-feu, ni les Français. S’ils ont bien sûr soutenu l’équipe de leur pays en participant à un engouement populaire, ils sont très vite revenus à la réalité.  Alors qu’en 1998 Jacques Chirac avait bénéficié d’un état de grâce consécutif à la victoire, Emmanuel Macron n’en profite pas du tout. Un sondage Odoxa paru au cours de la semaine indique même une baisse de deux points dans l’opinion, 61 % des Français trouvant qu’il ne fait pas un bon président.

Tandis que 1998 avait permis de vendre la fable d’une assimilation réussie, cette victoire 20 ans après démontre avec force qu’entre la lucidité des Français et la violence des jeunes immigrés qui ne se reconnaissent pas dans la communauté nationale, le roman black-blanc-beur touche à sa fin.

En cela, 2018 est bien la fin d’un mythe.

Thierry Dubois