Accueil | Articles | Éditoriaux | L’identité, clef d’explication principale des bouleversements politiques en Europe

L’identité, clef d’explication principale des bouleversements politiques en Europe

Le 28 août, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et le Vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, se sont rencontrés à Milan. Issus de deux tendances politiques initialement différentes, ils ont su, face au péril commun à toute l’Europe, se rejoindre sur les thématiques identitaires : « Nous voulons protéger nos frontières. Nous allons lutter contre les politiques pro-immigration d’Emmanuel Macron ».

Le Président français s’en est immédiatement gobergé : « Salvini et Orban ont raison de me désigner comme leur opposant principal », a-t-il déclaré lors de sa visite au Danemark, pendant laquelle il s’est moqué des « Gaulois réfractaires » et a déclaré que « le vrai Danois n’existe pas ».

Jamais le clivage n’avait été aussi clair. D’un côté les progressistes, qui prônent l’ouverture en tout (frontières, économie, mœurs…), qui détestent les identités, les peuples et les traditions. De l’autre les populistes, qui ont compris que la parenthèse de l’idéologie du vivre-ensemble s’était refermée. Sont revenues les limites, claires et précises, qui permettent aussi bien de désigner l’ennemi que de savoir qui nous sommes.

Si Macron accepte avec autant d’empressement ce statut d’opposant principal, c’est parce qu’il est déjà à bout de souffle. En France, il a réussi l’exploit de battre le record d’impopularité de Hollande à la même période. Sur la scène européenne, ses alliés se font bien rares : Merkel, qui a ouvert son pays à plus d’un million de migrants, directement responsable des viols de Cologne, de l’attentat du marché de Noël à Berlin, du meurtre de Chemnitz, et le nouveau Premier ministre espagnol socialiste Pedro Sanchez, qui ne résistera pas bien longtemps à la pression migratoire qui s’intensifie.

Car le fait est que la ligne pro-immigration est devenue intenable. Dans les pays scandinaves, même la gauche souhaite arrêter les frais. À l’Est, les dirigeants, Orban en tête, sentent le vent tourner et, soit par opportunisme, soit par conviction – qui était auparavant indicible à cause du politiquement correct –, adoptent de plus en plus librement un discours identitaire. Au Sud, le charismatique Salvini a pris la tête du mouvement populiste, porté par le réveil des peuples.

Outre-Atlantique, c’est Trump qui a été élu, contre 15 autres candidats républicains puis contre Hillary Clinton, sur un programme fermement identitaire, anti-immigration et refusant de céder à la gauche en s’excusant. En Australie, Scott Morrison vient de devenir Premier ministre : il est l’homme qui a mis en place la politique du NO WAY, contre les vagues de clandestins débarquant sur son sol. Son concurrent direct pour le poste n’était autre que le Ministre en poste de l’immigration.

La semaine dernière encore, le ministre de l’Intérieur allemand a déclaré que « l’immigration était la mère de tous les problèmes  ». Hier, c’était le parti des Démocrates Suédois qui réalisait une forte progression en obtenant 17,8 % des voix. L’année qui vient de s’écouler montre que le populisme identitaire n’est pas un accident fait de cas isolés, mais bien une tendance, une lame de fond, qui s’inscrit dans la durée.

Macron se fait le chef d’un camp qui a déjà perdu. Si l’on ne peut pas dire que l’Histoire a un sens, elle connaît en tout cas des phases, et, comme l’a prédit le géopolitologue Samuel Huntington, le XXe siècle était celui des idéologies, le XXIe sera celui des identités.

Thierry Dubois

Dans la même catégorie

Inséparables ?

Dans son discours de vendredi dernier, Emmanuel Macron a présenté sa « loi contre le séparatisme » qui doit être débattue au Parlement en décembre. Un texte présenté par le service communication du Président comme une réponse à « l’islamisme », mais dont l’intitulé se...

Pourquoi Trump peut encore gagner 

Il se manifeste à peine un peu plus de prudence que lors de la dernière élection présidentielle américaine. Pour autant, presque tous les analystes et journalistes français veulent croire à une défaite de Donald Trump. Mais pour qu’il y ait défaite du candidat...

Reconquérir notre territoire : la liberté par l’enracinement

Trois phénomènes récents et graves concourent à déposséder les Français de leurs villes. D’une part, la progression électorale d’EELV dans les villes, conséquence de la gentrification, soit l’embourgeoisement urbain aux dépens des classes moyennes intermédiaires et...

Montée des tensions avec la Turquie : prémices d’une Europe qui se défend ?

Les visées impérialistes de la Turquie d’Erdogan ne font plus de doute. Après avoir annexé une portion de la Syrie, envoyé des troupes en Libye, elle tente de s’accaparer des gisements pétroliers dans les eaux territoriales grecques et chypriotes. La transformation de...

Sainte-Sophie transformée en mosquée : pleurnicher ne sert à rien

La transformation la basilique Saint-Sophie en mosquée a fait couler beaucoup d’encre. Le pape s’est dit « très attristé », ce qui est faible au regard de l’enjeu de reconquête affirmé par le président Erdogan. En effet, le président de la Turquie a remis clairement...

Ce n’est pas le hasard qui a tué Axelle, Philippe, Thomas ou Mélanie

« Pas de récupération ! » C’est le mot d’ordre que l’on entend après chaque drame touchant un Français ou un Européen. Parfois, ce sont les parents des victimes eux-mêmes qui le répètent. Poussés par la pression sociale, les médias ou leurs idées politiques, « ils ne...

Rues débaptisées, histoire défigurée !

La réponse à Black Lives Matter, vient d’expliquer Emmanuel Macron, ne sera pas le déboulonnage : « Plutôt que de déboulonner, je vous propose de construire ». Cent noms de soldats africains ont été référencés par la secrétaire d’Etat aux Armées, Geneviève...

La réponse cinglante de la France qui souffre à ceux qui voudraient la culpabiliser

Depuis quelques semaines, on entend moins les jérémiades du comité Adama et de leurs amis indigénistes. La manifestation place de la République le 13 juin est pour le moment leur dernier rassemblement d’ampleur. À n’en pas douter, l’action percutante de Génération...