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La coalition gouvernementale à la tête de la Belgique depuis 4 ans n’aura pas résisté au désaccord interne sur le pacte de l’ONU sur les migrations – aussi appelé « pacte de Marrakech ». Le premier ministre Charles Michel (francophone – Centre droit) a dû présenter sa démission à la suite de celle de ses ministres de la NVA (néerlandophones – Nationalistes conservateurs). Nous pourrions croire que c’est une nouvelle fois le débat communautaire qui a provoqué cette crise au pays du surréalisme politique. Or, c’est l’immigration qui a bouleversé le jeu politique belge pour la première fois de son Histoire. Et il y a deux leçons à en tirer.

Tout d’abord que les ministres de la NVA perçoivent le caractère contraignant à terme de ce pacte supranational bien que les politiciens et les médias pro-immigration affirment le contraire. Le secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations démissionnaire de la NVA, Théo Francken, sait qu’un tel pacte n’est pas sans conséquence sur l’avenir du pays, et sur celui du continent en général. Dans son livre « Continent sans frontière », paru récemment, il décrit le système de l’intérieur et les rouages de l’immigration massive et provoquée. Au fur et à mesure des chapitres, il explique les causes des pressions migratoires qui s’exercent sur l’Europe, la raison de la docilité européenne face à ce phénomène et les raisons de l’impuissance des politiques européens. L’une d’entre elle est la Convention européenne des droits de l’homme consacrée pendant la guerre froide par les pays occidentaux pour répondre à la menace soviétique et aux méthodes qu’utilisaient les partis communistes pour arriver au pouvoir dans les pays de l’Est. En 1950, personne n’aurait cru cependant que son article 3, à savoir que « nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » – aurait été utilisé par les immigrationnistes une trentaine d’années plus tard, dans le but de faire plier les gouvernements face à l’immigration clandestine.

En 1989, c’est l’affaire Soering qui ouvre le bal de l’application indirecte d’un pacte supranational de principes sur le droit national. Dès lors, les juges européens n’ont eu de cesse de donner raisons aux immigrés visés par des mesures d’expulsion, à partir du moment où leur retour dans leur pays d’origine pouvait représenter un risque de « torture, de peines ou de traitements inhumains ou dégradants ». Signer un tel pacte signifie ouvrir une boite de Pandore et les nationalistes flamands le savent. Enfin, l’intransigeance du Premier ministre belge pour signer ce pacte coûte que coûte, au détriment de l’unité bien fragile du pays et avec le risque de provoquer une crise politique majeure comme elle a fini par survenir, prouve bien que ce pacte est tout sauf symbolique.

La deuxième leçon à tirer de cette crise politique chez nos voisins c’est l’identitarisation du nationalisme flamand. En effet, les nationalistes flamands sont connus pour leur consensus concernant l’évolution institutionnelle du pays entreprise il y a maintenant un demi-siècle. Or c’est sur le thème de l’immigration que les nationalistes ont montré une intransigeance surprenante. C’est la preuve que le thème de l’identité a gagné le mouvement flamand qui était, jusqu’alors, animé par des revendications culturelles, politiques et sociales, des tranchées de 14-18 à nos jours. « Comment un mouvement national d’un peuple peut-il être autre chose qu’identitaire ? ». C’est par cette question dans un article publié dans «  ‘t pallieterke » que Jurgen Ceder, ancien sénateur du Vlaams Blok, appelle les militants flamands à embrasser la cause de l’identité. Selon lui, l’identité est le nouveau carburant du mouvement flamand qui lui permettra de parler aux jeunes générations touchées de plein fouet par la mondialisation et l’immigration de masse. « Il ne sert à rien de surveiller les postes de garde aux frontières francophones, alors que la Flandre perd rapidement ses rues, ses quartiers et ses villes. » On ne saurait être plus pragmatique ! Et son souhait est en train de se réaliser. Pour la première fois depuis des dizaines d’années en Belgique, 10 000 citoyens flamands (cf : la communauté flamande représente environ 6 millions d’habitants) se sont rassemblés devant les institutions européennes à l’appel des principaux mouvements et partis nationalistes flamands, pour dénoncer le pacte maudit de Marrakech.

Ce que les débats institutionnels n’ont jamais réussi à faire, le thème de l’immigration l’a fait : la grande union des droites flamandes. Car, toujours selon Jurgen Ceder : « Il a toujours été question des Flamands, de leur langue, de leur culture, de leur individualité, de leur passé et de leurs traditions, de leur territoire et de leurs frontières, de leur mot à dire dans leur propre pays. ». Bref, il a toujours été question de leur identité. Et lorsque le rédacteur en chef d’un grand journal belge écrit : « L’enthousiasme identitaire, qui gagne toute l’Europe, submerge la rue de la Loi (siège du gouvernement) », nous ne saurions que lui donner raison : nous sommes enthousiastes pour l’avenir.

François Vandenberghe